27/05/2010 à 10h:58 Par Jean-Michel Meyer
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Les concessionnaires (ici à Cotonou) ont réduit leurs stocks et augmenté les prix. Les concessionnaires (ici à Cotonou) ont réduit leurs stocks et augmenté les prix. © APA

Des groupes comme CFAO et Optorg ont subi la crise de plein fouet. Ils en ont profité pour se restructurer sans rien sacrifier de leurs projets de développement. En attendant la reprise, annoncée pour la mi-2010...

Fin de la panne ? Sans doute. Mais si le marché africain de l’automobile repart en ce début d’année après avoir subi l’impact de la crise mondiale qui s’est fait sentir à partir du deuxième trimestre 2009, il tourne encore à faible régime depuis le début de 2010. Son véritable redémarrage sur le continent est attendu pour la seconde partie de l’année. « Les marchés d’Afrique subsaharienne restent ralentis, même si quelques signaux favorables laissent envisager une amélioration possible au cours des prochains mois », a déclaré, le 27 avril, Richard Bielle, le président du directoire de CFAO, commentant les résultats du groupe pour le premier trimestre 2010. Des signes réconfortants pour le distributeur français, coté à la Bourse de Paris depuis le 3 décembre 2009, et dont l’automobile est le premier métier. Le secteur a en effet représenté 56 % des 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires du groupe l’an passé.

À l’instar de CFAO, tous les acteurs de la distribution automobile en Afrique attendent des jours meilleurs après l’été et pansent leurs plaies après avoir traversé une période catastrophique. Les ventes de véhicules du groupe français ont ainsi reculé de 11,3 % entre le premier trimestre 2009 (401,1 millions d’euros) et les trois premiers mois de 2010 (355,9 millions d’euros). Pourtant l’espoir renaît. « Tout en restant inférieures à celles du premier trimestre 2009, qui constituait une base élevée, les ventes de la division automobile progressent par rapport au dernier trimestre 2009 », insiste Richard Bielle.

L’optimisme est de rigueur

Constat identique auprès d’un autre poids lourd africain, Optorg, filiale de l’ONA, le conglomérat marocain en pleine réorganisation. « Repli de la distribution automobile et des biens d’équipement en Afrique, fortement impactée par la crise, en particulier au Gabon, au Cameroun et en RD Congo », note, de manière télégraphique, le communiqué sur les résultats annuels de l’ONA pour 2009, publié le 30 mars. Outre le royaume chérifien, Optorg est présent en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale à travers ses deux filiales : Tractafric Equipment, qui distribue la marque Caterpillar dans une dizaine de pays africains et réalise 60 % du chiffre d’affaires d’Optorg, et Tractafric Motors, représentant près d’une quinzaine de marques d’automobiles (Mercedes, BMW, Chrysler, Dacia, Dodge, Hyundai, Mazda…) et de véhicules industriels (forestiers, miniers, travaux publics…).

Le groupe reste discret sur l’impact de la crise sur ses activités, même si les ventes de véhicules industriels ont sans doute le plus souffert. Mais chez Optorg aussi l’optimisme est de rigueur. « En 2010, nous avons de bons espoirs, notamment celui de retrouver des marges commerciales normales », explique Philippe Oberman, le directeur général de Tractafric Motors, qui a réalisé 175 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009 (+ 9 %).

Les distributeurs espèrent d’autant plus rebondir avec la reprise du marché qu’ils ont profité de la crise pour se restructurer et continuer malgré tout à se développer. En 2009, Optorg mettait « à profit le ralentissement de l’activité de distribution de véhicules en Afrique pour optimiser les processus commerciaux, les besoins en fonds de roulement et la logistique », notait la filiale de l’ONA mi-2009. « Nous nous en sommes bien sortis durant la crise grâce à nos nouvelles implantations en Afrique de l’Ouest, au Cameroun et au Gabon en 2009 », explique aussi Philippe Oberman. D’ici à la fin de 2010, Tractafric Motors, déjà actif en Côte d’Ivoire, aura lancé treize nouvelles implantations au sud du Sahara (Mali, Sénégal, Ghana, Togo…). Et pour se placer sur le terrain des low cost, en vogue sur des marchés déprimés, Tractafric a par ailleurs créé une filiale, Tiger Motors, dédiée aux véhicules chinois (Cherry, JAC et ZX).

De son côté, CFAO a réduit ses stocks, passés d’une valeur de 775 millions d’euros à la fin de 2008 à 616 millions fin 2009. Le groupe a aussi lancé des plans d’économie et rationalisé son portefeuille d’activités avec l’arrêt d’une unité d’assemblage de cyclomoteurs au Burkina. De plus, le distributeur a jonglé l’an dernier entre « la forte hausse du yen [+ 17 %, NDLR], principale devise d’achat de la division automobile, et les dévaluations importantes de nombreuses monnaies de vente locales [de 11 % à 25 %, NDLR], notamment en Algérie et en Afrique anglophone comme au Nigeria, au Kenya et au Ghana », expliquait Richard Bielle le 20 mars lors de la présentation des résultats annuels du groupe.

Pris en tenaille, CFAO a augmenté ses prix pour compenser les variations monétaires. Ainsi, son activité automobile a chuté de 19,4 % en 2009, rétrogradant de 1,8 milliard d’euros en 2008 à 1,45 milliard d’euros. Dans le même temps, la baisse a été plus ample encore en volume, avec des ventes en recul de 22 %, passant de 85 630 véhicules commercialisés en 2008 à 66 728 unités l’an passé.

Mesures anti-importations

Dans ce contexte, le groupe a mieux résisté en Afrique francophone (CFAO y annonce 47 % de part de marché) que dans la partie anglophone du continent et au Maghreb. Après un quasi-doublement des ventes entre 2006 et 2008 en Algérie, premier marché du groupe, l’activité de CFAO y a marqué un coup d’arrêt (– 1 % en 2009), affectée par une diminution du dinar de 11 % début 2009. Une contraction du marché algérien qui s’est amplifiée au second semestre avec les mesures anti-importations du pays – interdiction des crédits aux particuliers, paiement des importations par lettres de crédit, nouvelles taxes. Un dispositif qui produira encore ses effets pénalisants pour les distributeurs en 2010. « Nous n’avons aucun signe que la politique algérienne vis-à-vis des importations change à court terme », relevait en mars Richard Bielle.

Une atonie qui se retrouve au Maroc. Le marché des véhicules utilitaires (pick-up) et des camions a reculé de 25 % en 2009, « en raison de la crise et d’un resserrement des crédits », analyse le président du directoire de CFAO. Une situation difficile qui affecte encore plus les distributeurs de marques asiatiques. Fin avril, le Groupement des importateurs de véhicules pour l’équité tarifaire (Givet), qui représente une vingtaine de marques, est remonté au front pour contester les effets du démantèlement douanier entre l’Europe et le Maroc. Dans ce cadre, les droits d’importation sur les modèles européens seront nuls en 2012, et de 17,5 % pour les véhicules d’autres horizons. « C’est notre existence même qui est en jeu », s’est inquiété Adil Bennani, président du Givet et directeur général de Toyota Maroc.

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