17/05/2010 à 11h:50 Par Alex Duval Smith, au Cap
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File d'attente pour l'achat de billets dans un centre commercial de Soweto. File d'attente pour l'achat de billets dans un centre commercial de Soweto. © Themba Hadebe/AP/SIPA

À moins d'un mois du coup d’envoi, le 11 juin, des questions demeurent sur la réussite économique de la première Coupe du monde en Afrique. Les étrangers viendront-ils en nombre ? Et quel sera l’impact sur la croissance du pays ?

Le pays de Nelson Mandela se divise aujourd’hui entre ceux qui se désespèrent du coût exorbitant du Mondial de football et ceux qui considèrent que les retombées de la compétition se calculeront sur le long terme. L’Afrique du Sud présente la particularité d’être la plus petite économie à organiser une Coupe du monde depuis l’Uruguay en 1930 et le Chili en 1962. Et à un mois de l’événement planétaire, rien n’est gagné.

Les supporters étrangers ne seront pas aussi nombreux qu’attendu. Crise économique mondiale, image contrastée du pays hôte : ils seront autour de 373 000 à venir en Afrique du Sud du 11 juin au 11 juillet, au lieu des 500 000 visiteurs espérés. Ils resteront toutefois plus longtemps – « dix-huit jours en moyenne, contre quatorze d’après les projections initiales », détaille Gillian Saunders, représentante du cabinet de conseil américain Grant Thornton en Afrique du Sud –, dépenseront davantage que prévu – « 30 200 rands [3 070 euros, NDLR] chacun en moyenne contre 22 000 comme nous l’avions d’abord pensé », poursuit Mme Saunders – et assisteront à cinq matchs en moyenne. À titre de comparaison, les visiteurs étrangers avaient suivi 2,6 matchs en moyenne lors de l’édition 2006 du Mondial en Allemagne.

Rares visiteurs africains

Cette défection du public étranger n’est pas sans conséquence sur le secteur du tourisme. Selon des professionnels du voyage, les compagnies aériennes internationales et les groupes d’hôtellerie auraient bloqué leurs billets et chambres les moins chers tout au long de l’année dernière dans l’espoir de les vendre à prix fort en 2010. Afin d’y voir clair, la Commission sud-africaine de la concurrence a lancé une enquête sur le comportement des quatre principales compagnies aériennes assurant des vols internes. Prises à leur propre piège, elles bradent aujourd’hui tous leurs billets pour la période.

De son côté, la Fédération sud-africaine de football a vendu les droits de retransmission télévisée pour 1,7 milliard d’euros, auxquels s’ajoutent 900 millions apportés par les sponsors. Un bémol cependant : plus de la moitié des visiteurs étrangers attendus « n’ont toujours pas de billets », note Gillian Saunders. Et les ventes de billets à des Africains représentent à peine 2 % du total commercialisé : les spectateurs venus du continent ne seraient que 11 300 au lieu des 48 000 que laissaient espérer les premières simulations. De maigres résultats qui soulignent la faiblesse du système de vente de billets sur internet. Le Botswana, avec 1 200 billets, est le pays africain qui a acheté le plus de places, hors Afrique du Sud. Début mars, on ne comptait que 800 demandes émanant du Nigeria, pays qui portait en lui un fort potentiel d’achat. Échec identique en Algérie, avec 500 billets vendus à la fin avril, contre 2 000 prévus. Avec des packages vol-séjour-matchs à partir de 275 000 dinars (2 750 euros), le voyage en Afrique du Sud n’est pas à la portée de toutes les bourses algériennes.

Un coût plus élevé que prévu

Si les supporteurs étrangers restent chez eux, ce sera aux Sud-Africains d’occuper les 1,8 million de places en vente auprès des particuliers (sur 3,2 millions de billets, 1,4 million sont « donnés » aux sponsors). Un sacré manque à gagner. Car les prix de vente dans le pays hôte sont bien moins élevés qu’ailleurs. Pour remplir les stades, des billets disponibles sont commercialisés depuis le 15 avril aux guichets d’une douzaine de points de vente ouverts dans des supermarchés. Ils sont vendus pour la majorité à des prix sud-africains (dits de « catégorie 4 ») : 15 euros. Et l’on peut supposer que parmi eux figurent des places précédemment proposées sur internet à des prix « internationaux » allant jusqu’à 450 euros.

Le casse-tête de la vente des billets est d’autant plus crucial à régler que, au final, la Coupe du monde aura coûté bien plus que prévu : 33 milliards de rands (3,4 milliards d’euros). Si les dépenses se sont envolées, c’est en partie à cause du coût de construction des cinq nouveaux stades. Le budget initial pour celui du Cap – le plus cher – s’élevait au départ à 200 millions d’euros, mais a atteint 460 millions d’euros. à la suite d’allégations d’ententes sur les appels d’offres, la Commission de la concurrence enquête d’ailleurs sur les sociétés qui ont construit les stades et les infrastructures – entre autres, Grinaker, Bouygues, Basil Read, Group Five et Murray & Roberts.

150 000 emplois créés

Certains redoutent que les retombées ne soient pas à la hauteur dans un pays où le chômage touche 40 % de la population. La confédération syndicale Cosatu­ a révélé au début de l’année qu’une société de textile de Durban, engagée par la Fifa pour fabriquer des miniatures de la mascotte Zakumi, avait sous-traité la production des peluches à une société en Chine.

Selon Udesh Pillay, chercheur au Human Sciences Research Council, basé au Cap, il est important de placer les retombées économiques de la compétition dans un contexte de crise économique mondiale. « Si 150 000 emplois ont bien été créés, ils sont provisoires. On ne pourra pas dire que l’événement aura réduit la pauvreté ni, par exemple, accéléré la construction de logements. Néanmoins, la Coupe du monde pourrait apporter de 0,2 à 0,5 point de croissance, et ce chiffre n’est pas négligeable vu que nous sommes en récession », défend-il. « Un consensus se dégage autour d’une progression de 0,5 % environ du PIB, surtout générée par les dépenses des touristes étrangers attendus », note même Nick Price, gérant du fonds américain Fidelity, spécialisé dans les pays émergents. « Les grands projets d’infrastructures sont presque tous terminés et ne représentent plus une opportunité d’investissements, et les secteurs susceptibles de profiter de l’événement (loisirs, tourisme, boissons…) ont déjà vu leurs cours de Bourse intégrer les performances attendues », tempère-t-il.

Néanmoins, comme le détaille la société de gestion DWS, filiale de la Deutsche Bank, l’impact sur la Bourse de Johannesburg « devrait être particulièrement sensible un an après l’événement en raison des retombées permises par les infrastructures ». Soit une progression de la place boursière de plus de 30 % un an après la compétition, à en croire les simulations de DWS sur les Coupes du monde précédentes.

Voir le tableau ci-dessous

Reste que pour Desmond Tutu, l’ex-archevêque anglican du Cap, qui a fortement soutenu la candidature de l’Afrique du Sud, les retombées de la Coupe du monde ne sont pas à calculer en termes économiques : « Il faut voir les choses en grand. Le fait que le monde se rende compte que nous, Africains, sommes capables d’accueillir cette compétition aura des retombées allant bien au-delà de l’économie. »

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