13/04/2010 à 15h:23 Par Georges Dougueli
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La ministre à Abuja, le 6 avril. La ministre à Abuja, le 6 avril. © Emmanuel Wole/AFP

Pour la deuxième fois dans le monde, une femme a été nommée ministre du Pétrole. Un poste stratégique pour Diezani Allison-Madueke, brillante architecte nigériane de 49 ans dont la mission sera double : pacifier le Delta du Niger et relancer la réforme du secteur pétrolier.

Après la Norvégienne Thorhild Widvey (2004-2005), elle est la deuxième femme au monde à devenir ministre du Pétrole de l’un des plus gros producteurs mondiaux. Pourtant, pour stratégique qu’il soit, le poste était à sa portée. Elle avait le bon profil et son nom figurait en bonne place sur la liste des candidats crédibles, même si les puissants lobbies du secteur, qui l’ont soutenue, n’y croyaient pas beaucoup. Au point de garder sous le coude, alors qu’ils faisaient le siège du bureau présidentiel d’Aso Rock pour appuyer les candidats au profil consensuel, le nom de Chris Ogiemwonyi, ex-directeur exécutif de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC). Au cas où…

Depuis l’indépendance, ce ministère, qui génère les trois quarts des revenus du pays, a toujours été un club fermé à la tête duquel se sont succédé des hommes généralement issus du Nord et proches des chefs d’État en exercice. Beaucoup plus prudent, l’ex-président Olusegun Obasanjo s’était abstenu, au cours de ses huit ans de présidence, d’y nommer un ministre. Un secrétaire d’État – aux attributions dérisoires – expédiait les affaires courantes, le traitement des dossiers importants revenant aux conseillers du président.

En nommant un ministre du Pétrole, son successeur, Umaru Yar’Adua, était déjà revenu à un organigramme plus classique. Le 6 avril, lors de la formation de son premier gouvernement, le président par intérim, Goodluck Jonathan, est allé plus loin en confiant le poste à une femme, qui plus est, grande première, originaire de la zone pétrolifère du Delta du Niger. Lui-même premier chef de l’État issu de cette région, il ne sait que trop qu’on attend de lui qu’il y ramène la paix. Car depuis l’apparition du Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (Mend), en 2006, la production de brut du Nigeria a chuté de près d’un tiers et plafonne actuellement à 1,8 million de barils par jour (b/j), contre 2,6 millions trois ans plus tôt. Estimant que le partage des revenus pétroliers est inéquitable, le Mend et plusieurs autres groupes armés opérant dans cette zone, qui contribue pour 80 % à la production totale du pays, sabotent les installations pétrolières, siphonnent le brut dans les oléoducs et se livrent à des enlèvements d’employés étrangers avec demande de rançon.

La pacification du Delta du Niger incombe donc en partie à cette « brillante » architecte de 49 ans, native de Port Harcourt (River) et formée aux États-Unis et en Angleterre. Avec pour seule expérience celle de directrice du département des affaires externes du groupe anglo-néerlandais Shell, elle est appelée dans le gouvernement de Yar’Adua en 2007. Malgré un profil plus technocratique que politique, elle fait bonne impression au ministère des Mines et de l’Acier. Fera-t-elle aussi bien aujourd’hui à un poste pour le moins exposé et sensible ? « Elle va pouvoir s’appuyer sur l’expérience de son époux, l’amiral Allison Madueke, ancien chef d’état-major de la marine, plusieurs fois gouverneur, considéré comme étant l’un des poids lourds politiques de la région », suppute un journaliste de Lagos.

Pour parvenir à une augmentation des revenus pétroliers, comme le souhaitent les 150 millions de Nigérians, la ministre devra relancer la réforme du secteur, dans l’impasse depuis août 2008. La bataille qui oppose les ONG aux lobbies du pétrole et de l’énergie a en effet empêché l’adoption du Petroleum Industry Bill par le Parlement. On s’attend donc à voir Diezani Allison-Madueke ferrailler pour faire accepter cette loi par les populations du Delta, qui critiquent l’absence de dispositions liées à la protection de l’environnement, déjà gravement pollué. Pour les riverains des puits pétroliers, l’État fédéral n’a jamais pensé qu’à accroître ses revenus.

Issue du privé et jusqu’ici peu connue de l’establishment d’Abuja, la nouvelle ministre se retrouve donc au cœur du dispositif mis en place par le successeur de Yar’Adua. Si Goodluck Jonathan veut conserver son fauteuil à l’issue de la présidentielle prévue dans un an, il devra se concentrer sur les priorités de l’heure : l’accroissement de l’offre d’énergie – dont le département est désormais directement rattaché à la présidence – et l’augmentation des revenus pétroliers. Qu’il ait choisi, pour relever ce défi, de s’appuyer sur une quasi-inconnue n’a rien de fortuit ; Diezani Allison-Madueke est une femme de tête.

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