30/03/2010 à 18h:09 Par Cheikh
 Yérim Seck
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C’est par cette expression audacieuse, alliance de deux concepts antinomiques, que l’on pourrait désigner les putschs perpétrés au cours de ces dernières années en Afrique de l’Ouest. Orchestré officiellement pour mettre fin à une situation de péril pour la démocratie, le « coup d’État démocratique » marque un nouveau départ, suivi d’une remise à niveau de la Constitution, de l’organisation d’élections équitables et de la remise du pouvoir à un civil élu. Amadou Toumani Touré en a donné un premier et parfait exemple au Mali, en 1992.

Si elles ne le reconnaissent pas, l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), en principe opposées à « toute forme de transmission du pouvoir en dehors des urnes », le tolèrent peu ou prou. Comme en atteste leur attitude au lendemain du renversement, le 18 février dernier, du chef de l’État nigérien, Mamadou Tandja, qui s’était mué en véritable autocrate. La junte qui l’a déposé n’a eu aucun mal à justifier son geste par la nécessité de restaurer la démocratie bafouée et de sauver le pays d’une crise politique majeure qui risquait de le faire basculer dans la violence.

Si pareils arguments sont recevables, ils ne doivent pas faire perdre de vue qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, et que le contact avec le pouvoir peut tourner la tête à un putschiste bien intentionné au départ.

À preuve, un autre coup d’État qui se disait démocratique, perpétré le 23 décembre 2008 en Guinée, au lendemain de la mort du président Lansana Conté. Propulsé au pouvoir avec le soutien de la population et de la classe politique, et la complicité passive de la communauté internationale, Moussa Dadis Camara, chef de la junte, a mal tourné. Décidé à confisquer le pouvoir, il a plongé le pays qu’il était censé ramener à la démocratie dans la désolation et le chaos : la répression d’une marche pacifique de l’opposition a fait au moins 150 morts et des viols à grande échelle.

Il a fallu un autre « coup d’État démocratique », mené en douceur contre « Dadis » par son ministre de la Défense, Sékouba Konaté, à travers l’accord de Ouagadougou du 15 janvier 2010, pour que la Guinée s’engage sur le chemin de la démocratie avec un gouvernement d’union nationale dirigé par un Premier ministre issu de l’opposition, un Conseil national de transition, et la renonciation publique des militaires à se présenter à la future présidentielle fixée au 27 juin prochain.

Il y a du bon, comme du mauvais, dans « le coup d’État démocratique ». Autant le renversement de Maaouiya Ould Taya, le 3 août 2005, par Ely Ould Mohamed Vall, a été salutaire, autant celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi – élu à l’issue du processus démocratique initié par Vall –, orchestré le 6 août 2008 par Mohamed Ould Abdelaziz, marque un regrettable retour en arrière.

La démocratie a bon dos pour justifier des aventures quelquefois dictées par de triviales ambitions personnelles. Rempart contre la dictature, forme d’exercice du droit de résistance à l’oppression, le « coup d’État démocratique » est à manier avec une grande prudence. 

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