31/03/2010 à 19h:11 Par Nicolas Marmié
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Au Press Club, à Paris, le 25 mars. Au Press Club, à Paris, le 25 mars. © Vincent Fournier pour J.A.

L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac brûle d’en découdre avec son ennemi intime. Le 25 mars, il a annoncé la création d’un nouveau parti. Objectif : barrer la route à Nicolas Sarkozy en 2012.

De son enfance au Maroc et au Venezuela, Dominique de Villepin a gardé le goût des épices. Sa carrière pimentée en témoigne. Donné pour mort politiquement à plusieurs reprises (dissolution manquée de l’Assemblée nationale en 1997, échec du Contrat Première Embauche en 2006, mise en examen dans la retentissante affaire Clearstream), l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac fait un spectaculaire retour dans l’arène qui verra s’affronter les prétendants à la présidentielle de 2012.

Le scénario – déjà dépassé – d’une réélection confortable de Nicolas Sarkozy, qui continue à faire planer le doute sur ses intentions, pourrait être bouleversé par son ennemi intime. Voire tourner au roman noir, avec son lot de suspense et son cortège de duels fratricides qu’affectionne la droite française. Autant de rebondissements dont la presse internationale se délecte par avance…

« Qui sème la division récolte l’opposition. » À l’évidence, Dominique de Villepin n’a cure des conseils stratégiques des ténors de sa famille politique – l’UMP –, inquiets de voir s’installer la dissidence dans la majorité, avec son corollaire fatal : la dispersion des voix au premier tour de l’élection présidentielle. Comme à son habitude, l’ancien Premier ministre a foncé, sabre au clair et pied au plancher. Le 25 mars, « le hussard de la République » a dégainé un véritable discours-programme en annonçant la création de son propre parti, qui devrait voir officiellement le jour le 19 juin, lendemain de la date anniversaire du célèbre appel du général de Gaulle. Son carburant ? « Le gaullisme », assure l’intéressé, qui veut « revenir aux fondamentaux de la France » après le cinglant revers électoral du parti présidentiel aux élections régionales. Sa destination ? Le palais de l’Élysée, dont il a été le secrétaire général (1995-2002), reconstruit sur les ruines de la maison Sarkozy.

Dauphin contrarié

Anciennes et récurrentes, la rivalité, l’hostilité, voire la haine que se vouent le président de la République – dont la cote de confiance est en chute libre – et le dauphin contrarié de Jacques Chirac pourraient finir en drame pour l’actuelle majorité. Avec une éloquence que même ses plus farouches adversaires lui reconnaissent, Villepin bombarde le bilan de Nicolas Sarkozy tout en ouvrant la perspective d’un « changement politique ». Toujours hâlé, de retour d’un séjour en Chine qui lui a permis de confirmer sa stature internationale, il assène sans ambages que l’exécutif fait fausse route. Florilège : « J’ai entendu le message de défiance, d’exaspération, de sanction des Français » ; « les Français souffrent. Ils sont fatigués des combines », « huit cent mille gardes à vue par an, est-ce digne d’un pays démocratique ? » ; « la justice française ne respecte pas les critères démocratiques européens ». Et de dénoncer « l’anarchie parlementaire » et « la politique d’accordéon » menée par Sarkozy : « On appuie sur des touches : burqa, sécurité, et, hop ! on voit les sondages monter. » Au niveau international, la France est « moins présente, moins indépendante », et devrait réviser sa stratégie en Afghanistan, estime l’ancien chef de la diplomatie, chantre de l’opposition de la « vieille Europe » à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Gibier devenu chasseur

Le poète énarque a réservé son estocade à la « politique du rabot », dans une allusion cruelle à la petite taille de Nicolas Sarkozy. Dénonçant « la dispersion des réformes tous azimuts », il vilipende le démantèlement des services publics. Lui qui avait déjà diagnostiqué, à la fin de 2009, « un risque révolutionnaire » dans le pays assure avoir appris, avec Jacques Chirac, « à respecter la respiration de la France ».

S’exprimant sans notes devant plus de deux cents journalistes français et étrangers, le procureur du sarkozysme ne s’est pas encore porté officiellement candidat pour 2012, mais sa détermination ne fait aucun doute. Et lorsqu’on évoque son isolement (une dizaine de députés seulement se revendiquent « villepinistes »), il rappelle que l’élection présidentielle est le produit de la rencontre d’« un homme, d’un peuple et de circonstances ». Mais, même chaussé des bottes du général de Gaulle et des mocassins de Chirac (il sait pouvoir compter sur les réseaux économiques, politiques et diplomatiques de ce dernier), l’auteur du Cri de la gargouille a encore du chemin à faire pour jouer les dangereux outsiders.

Le pari présidentiel de cet homme qui ne s’est jamais frotté au suffrage universel, local ou national, et ne représente pour l’instant que lui-même, est jugé audacieux par les uns, suicidaire par les autres. Il dépendra surtout de la dynamique que suscitera son nouveau parti, à droite comme à gauche, chez les électeurs déçus de Sarkozy et chez ceux qui voient en l’ancien chef du gouvernement le meilleur atout pour faire trébucher un président aujourd’hui affaibli et inquiet de la remontée du Front national.

L’ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius a été l’un des premiers à lui souhaiter « bonne chance », tandis que Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, s’est inquiété de la « dispersion » des formations politiques. « Le gibier est devenu chasseur », commente avec gourmandise un parlementaire villepiniste, en référence au « croc de boucher » auquel Nicolas Sarkozy aurait promis de pendre les instigateurs de l’affaire Clearstream. Au moins pour la droite, « l’appel du 19 juin » sonnera, sinon l’hallali, du moins le début des grandes manœuvres pour la campagne présidentielle. 

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