Extension Factory Builder
29/03/2010 à 12h:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les représentants des sept pays du Sahel réunis à Alger, mardi 16 mars. Les représentants des sept pays du Sahel réunis à Alger, mardi 16 mars. © AFP

Les chefs de la diplomatie de sept pays de la bande sahélienne se sont réunis dans la capitale algérienne pour coordonner leurs efforts face à la menace djihadiste.

Alger, hôtel Sheraton, le 16 mars 2010. Une réunion de concertation sur la lutte antiterroriste entre les chefs de la diplomatie de sept pays sahéliens (Algérie, Burkina, Libye, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) doit débuter à 9 heures. Les diplomates algériens chargés de l’organisation ont du mal à cacher leur appréhension tant le contexte est tendu. Alger et Nouakchott sont en froid avec Bamako depuis la décision du gouvernement malien d’élargir quatre membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) pour obtenir la libération de l’otage français Pierre Camatte. Rabat dénonce son exclusion de la conférence, ce à quoi Abdelkader Messahel, ministre délégué algérien chargé des Affaires maghrébines et africaines, réplique, tout en ironie : « J’ai consulté des manuels de géographie et je n’ai trouvé aucune indication laissant entendre que le Maroc avait une frontière avec le Sahel. » La junte de Niamey participe à sa première réunion de haut niveau depuis le coup d’État du 18 février. Un putsch qui a valu au Niger sa suspension des instances de l’Union africaine (UA).

Madrid et Rome, dont des ressortissants sont retenus en otages par Aqmi, sont très attentifs aux décisions prises, et si le Quai d’Orsay et le département d’État ont exprimé leur soutien à l’initiative d’Alger, Paris et Washington s’interrogent sur les contours de la nouvelle stratégie régionale de lutte antiterroriste, sur la place accordée au partenariat avec les Occidentaux et sur le statut de leader régional de l’Algérie, un interlocuteur « pas facile ». C’est donc dans un climat assez lourd que s’ouvre la conférence avec plus d’une heure de retard. Arrivé le matin même, Moussa Koussa, chef de la diplomatie libyenne, est reçu par le président Abdelaziz Bouteflika. Ce n’est pas le cas de son homologue mauritanienne, Naha Mint Hamdi Ould Mouknass. Présente à Alger depuis quarante-huit heures, elle n’a pas eu ce privilège.

Dispositif militaire transfrontalier

À l’ouverture des travaux, Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, précise qu’il s’agit de procéder à « une évaluation exhaustive de la situation dans la région, marquée par la persistance de la menace terroriste et ses connexions avec le banditisme transfrontalier, le trafic d’armes, de drogue et d’êtres humains ». Il appelle à une lutte sans concession et à une « loyauté sans faille » pour définir « une approche commune, en mettant en œuvre des mécanismes de coopération bilatérale et régionale dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité ».

À l’issue de la rencontre, le climat était nettement plus détendu. L’absence du ministre burkinabè, remplacé à la dernière minute par un collaborateur, est oubliée. Le ministre nigérien se félicite de l’accueil qui lui a été réservé et de l’oreille attentive que ses interlocuteurs lui ont prêtée. Quant à Moctar Ouane, chef de la diplomatie malienne, il est tout sourire. Il a été rassuré par les propos de ses hôtes algériens. « Les relations algéro-maliennes sont trop anciennes pour être fragiles », lui a répété le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, qui a offert un dîner aux chefs des délégations. Le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Bamako ? « Une affaire de quelques jours », confie un diplomate algérien. Abdelkader Messahel, cheville ouvrière de la rencontre, est aux anges : le consensus est total, et la mise en œuvre de la stratégie régionale de lutte antiterroriste mise en branle.

En attendant la création d’un mécanisme spécifique, dont la naissance officielle est attendue lors du prochain sommet de chefs d’État à Bamako, annoncé en septembre 2007 et sans cesse reporté, les sept pays ont décidé de réunir à Alger les ministres de l’Intérieur. Cette rencontre, fixée à la première semaine d’avril, sera suivie, quelques jours plus tard, d’une réunion de concertation, toujours dans la capitale algérienne, entre les chefs d’état-major pour la mise en place d’un dispositif militaire transfrontalier. L’interdépendance entre la paix et le développement, ainsi que l’implication des populations locales dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme ont été relevées par les participants. L’Algérie et la Libye, pays les plus riches de la région, se sont engagées à s’impliquer davantage dans le financement d’opérations de développement. En matière de projets structurants, le ministre algérien a rappelé que la route trans­saharienne (Alger-Lagos) est quasiment achevée : « Sur les 4 600 kilomètres, il n’en reste que 200 à réaliser au Niger, pour un coût de 185 millions de dollars. Une réunion de bailleurs de fonds est prévue en avril, à Niamey, pour boucler le montage financier. »

Rendez-vous à Bamako

Malgré le succès de la conférence de concertation, les Algériens ont eu le triomphe modeste. Pas question de fanfaronner sur le statut de « leader régional » au détriment de la « Jamahiriya sœur », généralement peu partageuse en matière d’influence, en particulier au sein de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), que dirige, depuis sa création, en 1998, le Libyen Madani al-Azhari. De même s’agit-il pour Alger de rassurer les « partenaires militaires » américains et français. Si les ministres de la région ont insisté sur « la primauté du principe de la responsabilité des États de la région et leur appropriation de la prise en charge des problèmes et défis » qui se posent au Sahel, il n’est pas question de tourner le dos au partenariat et à l’assistance technique des grandes puissances. « Oui, mais dans un cadre défini, insiste Messahel, sous le triptyque : formation, équipement et renseignement. » D’ailleurs, au moment où se tenait la conférence, des navires de guerre des marines algérienne et française étaient engagés dans des manœuvres communes au large de la baie d’Alger. Des exercices que l’on pouvait voir depuis la plage de l’hôtel Sheraton, au Club des Pins. Autre signe de la volonté algérienne de ménager ses partenaires : le soutien total à l’initiative du président malien Amadou Toumani Touré de réunir chez lui les sept chefs d’État. D’emblée, Mourad Medelci a placé la réunion d’Alger dans le cadre de la préparation du sommet de Bamako. « Cette rencontre, précise-t-il, est une seconde étape après celle qui nous a réunis, en novembre 2008, pour préparer la conférence de Bamako. »

Mais si les Algériens se sont voulus rassurants, ils sont demeurés intransigeants sur la criminalisation des versements de rançons aux preneurs d’otages, « l’une des voies de financement du terrorisme », selon Messahel. Ils ont obtenu des ministres présents que le communiqué final insiste sur la résolution de l’Union africaine et celle du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant sans équivoque cette pratique. Et, pour Alger, satisfaire une revendication en échangeant un terroriste contre un otage équivaut au paiement d’une rançon. Et si, au nom de l’élaboration d’une stratégie commune, les Algériens sont disposés à pardonner « le forfait » de Bamako, ils ne sont pas près d’accepter qu’il se reproduise.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
RD Congo-Angola

Article précédent :
No future 


Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Libye : faible explosion près d'ambassades à Tripoli

Libye : faible explosion près d'ambassades à Tripoli

Une explosion de faible intensité s'est produite samedi dans une rue de Tripoli abritant les ambassades de Grèce, d'Arabie saoudite et d'Algérie, provoquant de légers dégâts, a constat&ea[...]

Tunisie : le pays sur le qui-vive avant un congrès salafiste

Les forces tunisiennes étaient sur le qui-vive samedi de craintes de confrontation avec des militants salafistes jihadistes qui ont maintenu leur congrès à Kairouan dimanche malgré l'interdiction[...]

Manifestation au Caire pour réclamer le départ du président Morsi

Des heurts sporadiques ont éclaté vendredi soir au Caire avec les forces de l'ordre après que plusieurs centaines d'Egyptiens eurent manifesté pour réclamer le départ du président[...]

Tunisie : le gouvernement interdit le rassemblement salafiste de dimanche à Kairouan

Le ministère tunisien de l'Intérieur a finalement pris la décision, vendredi 17 mai, d'interdire le grand rassemblement salafiste prévu dimanche à Kairouan. Explication : celui-ci[...]

Maroc : entre Benkirane et Chabat, c'est l'escalade...

Les relations entre le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, et celui de l'Istiqlal, Hamid Chabat, sont plus détestables que jamais.[...]

Algérie - Tunisie : Sakhr el-Materi et l'affaire du masque de Gorgone

Les tensions entre la Tunisie et l’Algérie ne sont pas seulement dues à la présence de djihadistes à leurs frontières. Le "masque de Gorgone", que la Tunisie doit restituer[...]

L'actualité de la semaine en images

Affrontements en République Démocratique du Congo, visite de Valérie Trierweiler au Mali, immolation par le feu de jeunes tunisiens... Revivez en image avec "Jeune Afrique" les moments forts de la[...]

Maroc : BMCE Bank crée sa banque d'affaires panafricaine

La création de BOA Capital est désormais autorisée. Cette nouvelle banque d'affaires panafricaine sera détenue par Bank of Africa, filiale du groupe bancaire marocain BMCE Bank, et BMCE Capital.[...]

Tunisie : les islamistes radicaux d'Ansar al-Charia défient le gouvernement

La tension est à son comble entre les salafistes d'Ansar al-Charia et les autorités tunisiennes. Par la voix de son porte-parole, le mouvement islamiste radical a annoncé, jeudi 16 mai, qu'il maintenait son[...]

France - Libye : bienvenue à Tripolar !

Argent, sexe, pouvoir... Durant les années Sarkozy et jusqu'à la chute de Kaddafi, plusieurs proches du président français et du "Guide" libyen ont grenouillé en eau trouble.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces