23/03/2010 à 13h:38 Par Cherif Ouazani
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Des praticiens algériens manifestent devant le ministère de la Santé le 10 février 2010. Des praticiens algériens manifestent devant le ministère de la Santé le 10 février 2010. © AFP

Salaires, retraites, logements de fonction... Les mêmes revendications motivent les débrayages dans le service public. Les enseignants ont été interdits de grève, et le gouvernement menace de révoquer les personnels de la Santé, qui sont en service minimum depuis plus de deux mois.

Devant la poursuite du mouvement de protestation, le ministre de la Santé a décidé de passer à l'acte. Le lundi 23 mars, il a décidé de « mettre en oeuvre des mesures prévues par la réglementation du travail », dont une « retenue sur salaire pour l'ensemble des journées de grève et l'envoi de mises en demeure individuelles à l'ensemble des praticiens en abandon de poste », a indiqué un communiqué du ministère."Les mesures de révocation seront entamées contre tout praticien qui n'aura pas rejoint son poste de travail", ajoute le ministère qui "réitère son invitation au dialogue".

Le débrayage des praticiens, spécialistes ou généralistes, aides-soignantes ou professeurs chefs de service, dure depuis près de trois mois. Les revendications portent sur le régime indemnitaire, le statut de la profession et la sempiternelle question du logement. Mais le dialogue de sourds entre les syndicats et le ministère de la Santé, dirigé par Saïd Barkat, n’est pas pour calmer « le front des hôpitaux », lesquels fonctionnent au ralenti, avec un service minimum pour les urgences médicales mais une forte réduction du nombre d’actes chirurgicaux. Précision : les conflits sociaux ne se concentrent pas dans telle ville ou telle région, les nouveaux syndicats autonomes peuvent légitimement revendiquer aujourd’hui une implantation nationale.

Leadership contesté

Signataire, en octobre 2006, du pacte social et économique, avec le gouvernement et le patronat, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) voit son influence baisser au profit de nouveaux syndicats autonomes. Engagée par le pacte à une trêve sociale, l’UGTA a le plus grand mal à retenir ses troupes. Pis : la puissante centrale subit une véritable hémorragie, notamment dans les organisations affiliées, comme la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation (FNTE), jadis son fer de lance, dont les cadres et les militants sont partis rejoindre les « petits syndicats qui montent » : le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest), la Confédération des lycées d’Algérie (CLA) ou encore l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef). Autant d’organisations récentes qui ont réussi à contester le leadership de l’UGTA, s’imposant comme les interlocuteurs de la tutelle.

 Le dernier conflit social en date a touché le monde de la presse. Il s’agit des pigistes de la radio publique. Lassés de leur statut de cachetiers, ils entendent arracher à leur direction des contrats à durée indéterminée (CDI). « Nous avons la même charge de travail que nos confrères titulaires et les mêmes contraintes en termes de volume horaire, confie l’un des protestataires, mais pas les mêmes avantages. » Le bras de fer avec la direction prend une nouvelle tournure quand les pigistes décident d’occuper, le 7 mars, la salle de rédaction de Radio El-Bahdja, station régionale d’Alger et de sa grande banlieue. « Une action illégale », selon les termes de l’employeur, qui vise à « perturber le travail du service public de la radio ». Le wali d’Alger fait appel à la force publique pour évacuer la radio.

Paradoxe et radiations

Paradoxalement, l’explosion des revendications intervient au moment où le gouvernement a annoncé des mesures favorisant la consolidation du pouvoir d’achat. Les enseignants ont en effet entamé leur grève le 24 février, après l’annonce d’une hausse salariale de plus de 50 % avec effet rétroactif à partir du 1er janvier 2008 : un professeur de lycée qui percevait 34 000 dinars (environ 340 euros) en touchera désormais 49 000. Ledit enseignant devrait en outre percevoir un rappel de l’ordre de 300 000 dinars (près de 3 000 euros). Pourtant, les syndicats maintiennent leur mot d’ordre de grève. Incompréhension des parents d’élèves, qui redoutent l’année blanche, et fureur des pouvoirs publics. Le gouvernement saisit la justice en référé, et la cour décrète la grève illégale. Fort de cette décision, le ministre de l’Éducation, Abou Bakr Benbouzid, menace de radier de la fonction publique tout professeur gréviste. Les syndicats font marche arrière et annoncent, le 9 mars, la fin de leur mouvement. Vous avez dit pacte social ?

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