17/03/2010 à 10h:48 Par Marianne Meunier
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des suspects, arrêtés après les massacres, patientent dans un commissariat. Des suspects, arrêtés après les massacres, patientent dans un commissariat. © AP

Des assauts contre trois villages, près de Jos, ont fait plus de 100 morts.

Une question taraude le Nigeria depuis le 7 mars : qui a commandité les assauts des trois villages de l’État de Plateau, dans le centre du pays ? Entre 3 et 6 heures du matin ce jour-là, des hommes armés ont simultanément attaqué les habitants de Dogo Nahawa, Zot et Ratsat. Selon la police, 109 personnes ont été tuées, dont une quarantaine d’enfants. Un premier bilan faisait état de quelque 500 morts.

Les assaillants sont des Peuls (fulani, en haoussa), des bergers musulmans. Les victimes, des Beroms chrétiens. Le clivage ethnico-religieux n’est pas la seule explication au bain de sang. Dans l’État de Plateau comme ailleurs au Nigeria, les « indigènes » ont plus de droits que les nouveaux arrivants (bourses, emplois publics). Ces derniers sont nombreux, attirés par les richesses minières locales. À la différence religieuse s’ajoute donc une fracture économique. Nourrissant les frustrations, elle peut faire dégénérer les relations. Mi-janvier déjà, 300 personnes sont mortes dans l’État de Plateau au cours d’affrontements. La plupart des victimes étaient cette fois-ci musulmanes.

De telles violences ne peuvent être spontanées. La concomitance des attaques du 7 mars, l’armement des assaillants – AK 47, pistolets, machettes – et leur nombre – de 300 à 500 – laissent penser qu’elles ont été planifiées. Selon un témoin, les tueurs s’assuraient que leurs victimes étaient chrétiennes en prononçant un code en langues haoussa et peule – le mot « bétail » – qu’elles ne devaient, théoriquement, pas comprendre. « Tout cela suppose une organisation », indique Muhammad Ashafa, imam et coprésident du Centre de médiation interreligieuse, qui s’est déplacé dans l’État de Plateau.

Son analyse est partagée. Mais, en l’absence d’enquête aboutie, personne ne peut identifier les commanditaires. Certains regardent cependant du côté des hommes politiques, indiquant qu’ils ont pour habitude d’instrumentaliser et d’armer les citoyens pour régler leurs comptes et conquérir le pouvoir. Il restera à le prouver par une investigation crédible et impartiale.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Nigeria

CAN 2012 - Quarts de finale : affrontez nos pronostics !

CAN 2012 - Quarts de finale : affrontez nos pronostics !

Le premier tour de la CAN 2012 a apporté son lot de surprises. Si des équipes comme la Côte d’Ivoire et le Ghana ont tenu leur rang et font toujours figure de favoris, d’autres ont fait leurs preu[...]

Internet en Afrique de l'Ouest : la fracture numérique en voie de guérison

L'arrivée de deux nouveaux câbles sous-marins va marquer une étape importante dans le développement du web en Afrique de l'Ouest. Mais tous les obstacles à sa démocratisation sont loin[...]

Nigeria : le porte-parole présumé de Boko Haram, "Abu Qaqa" aurait été arrêté

Plusieurs responsables de la police nigériane ont affirmé mercredi 1er février que le porte-parole présumé de la secte islamique Boko Haram, connu sous le surnom de "Abu Qaqa", aurait[...]

Sanusi Lamido Sanusi : "Les investisseurs étrangers sont très mal informés sur le Nigeria"

Sanusi Lamido Sanusi est le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria. Garant des équilibres financiers nationaux, il soutient la décision gouvernementale de ne plus subventionner les carburants. A 50 ans, deux [...]

Les banques internationales à l'assaut du marché africain

Poussés hors de leurs marchés domestiques par la crise de la dette, les établissements bancaires européens, américains, mais aussi chinois et qataris multiplient les initiatives pour se renforcer[...]

Le Nigeria inquiète ses voisins

La propagation de l'islamisme radical et la flambée du prix de l'essence constituent les deux motifs d'inquiétude des voisins du Nigeria.[...]

Nigeria : "Sans la brutalité de l'État, nous n'en serions pas là"

Marc-Antoine Pérouse de Montclos est chercheur à l'Institut français de recherche pour le développement (IRD). Selon lui, le Nigeria n'est pas au bord de la guerre civile et est encore moins[...]

Le Nigeria est-il gouvernable ?

Au pouvoir depuis deux ans, le président nigérian Goodluck Jonathan affronte une crise sans précédent. La manière forte contre Boko Haram a contribué à radicaliser le mouvement[...]

Union africaine : Jean Ping maintenu pour six mois à la tête de la Commission

Le Gabonais Jean Ping a finalement été reconduit provisoirement avec son équipe à la tête de la Commission de l'UA. Une solution intermédiaire, les chefs d'État de l'UA n'ayant pas[...]

L'ONU confirme les liens étroits entre Boko Haram et Aqmi

Un rapport de l'Onu apporte des preuves tangibles concernant les liens entre la secte islamiste nigériane Boko Haram et Aqmi.[...]

Voir tous les dossiers