17/03/2010 à 08h:00 Par Leïla Slimani
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Populiste et volontiers gouailleur, le maire de Fès se pose désormais en gardien de la vertu et de la tradition. Une nouvelle vocation qui ne doit rien au hasard...

Fès, ville sans alcool ? C’est la question que tout le monde se pose depuis que le maire istiqlalien de la capitale idrisside, le truculent Hamid Chabat, a, le 17 février dernier, mis à l’ordre du jour du conseil communal une mesure de fermeture des débits de boissons alcoolisées. Provocateur, comme à son habitude, il a rappelé à ses détracteurs que « celui qui veut boire n’a qu’à le faire ailleurs. Fès est la capitale spirituelle du royaume et doit être à l’image des lieux saints comme La Mecque et Al-Qods ».

Mais face aux réactions offusquées des professionnels du tourisme – Fès est la troisième destination du royaume – et du ministère de l’Intérieur, qui est seul habilité à autoriser ou non la vente d’alcool, le maire de la ville nuance son propos… sans pour autant se renier : « Je n’ai jamais dit que j’allais fermer tous les lieux où l’on vend de l’alcool ! Les lieux touristiques ont des autorisations en règle et pourront évidemment continuer leur activité. Je veux m’attaquer aux lieux clandestins, qui accueillent des mineurs et qui sont source d’insécurité et de débauche pour notre ville. » Un local à chicha a d’ores et déjà été fermé, et dix autres arrêtés de fermeture ont été signés et approuvés par le wali. Mais comment expliquer que le maire, qui est à la tête de la ville depuis 2003, ait laissé prospérer de tels lieux ? « Ce n’était pas notre priorité jusqu’ici, explique-t-il. Mais j’ai placé mon nouveau mandat sous le signe de la sécurité, et j’ai même été l’un des premiers maires à plaider pour l’installation de caméras de surveillance. »

En bon populiste, Chabat sait caresser l’opinion dans le sens du poil. La question de l’alcool, autour de laquelle se nouent toutes les contradictions de la société marocaine, est propre à réveiller les passions. À Fès, une ville réputée conservatrice, plus encore qu’ailleurs. « Je suis à l’écoute de mes administrés, qui sont préoccupés par leur sécurité et par le respect de nos traditions, rappelle Chabat. Plus de 20 000 personnes ont signé une pétition demandant la fermeture de ces lieux. » Un sondage publié par le journal La Vie Éco semble lui donner raison, puisque 80 % des Marocains se disent favorables à cette interdiction.

« De l’esbroufe »

Pour un membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM) du conseil de Fès, le maire fait de l’esbroufe. « Il n’y a pas de problèmes d’alcool à Fès. Tout cela n’est qu’une manœuvre médiatique et politicienne de Chabat, qui chasse sur les terres des islamistes du Parti de la justice et du développement. » Au nombre de onze, les représentants du PAM ne font guère le poids face à l’écrasante majorité dont jouit Chabat au conseil communal (97 sièges sur 169). Deux conseillers municipaux vont même porter plainte contre lui après une réunion qui a tourné au pugilat. Le maire ne cache pas son hostilité au parti de Fouad Ali El Himma. « Le PAM voudrait que les mineurs aillent dans les bars et que les musulmans boivent de l’alcool, martèle-t-il. Il suffit de regarder leur programme pour comprendre qu’ils ne respectent pas la tradition et la culture de notre pays. » Et de rappeler que l’Istiqlal a toujours, de son côté, traité le problème de l’alcool et qu’il le soutient dans sa démarche.

Hamid Chabat n’en est pas à sa première sortie de route. Volontiers gouailleur, le patron de l’Union générale des travailleurs marocains (UGTM) ne craint pas de choquer. En 2009, il avait accusé l’ancien leader de la gauche Mehdi Ben Barka d’avoir commandité l’assassinat de militants nationalistes, ce qui lui avait valu un procès en diffamation. Il s’en était ensuite pris aux magistrats de la Cour des comptes, qu’il avait qualifiés de « terroristes ». Chabat, incorrigible provocateur ? « Pas du tout, répond-il dans un éclat de rire. J’ai seulement le courage de créer du débat ! »

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