15/03/2010 à 15h:34 Par Baudelaire Mieu, à Abidjan
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La nouvelle équipe gouvernementale rassemblée autour de Laurent Gbagbo La nouvelle équipe gouvernementale rassemblée autour de Laurent Gbagbo © AFP

Le nouveau gouvernement ivoirien tente de respecter les équilibres régionaux tout en écartant les figures de l'opposition les plus gênantes. Radioscopie de l'équipe "Soro II".

Les grandes manœuvres auxquelles la composition du gouvernement ivoirien a donné lieu se sont achevées, le 4 mars, avec l’annonce d’une équipe resserrée (27 membres au lieu de 32) et composée de seconds couteaux, au moins en ce qui concerne l’opposition. « Le président ne voulait plus s’asseoir aux côtés de ministres qui l’insultent chaque week-end dans des meetings », explique un proche de Laurent Gbagbo. Le chef de l’État avait en outre pour objectif d’affaiblir les barons de l’opposition qui, dans leurs fiefs respectifs, faisaient de l’ombre aux membres de la majorité présidentielle.

Autorité bafouée

Il a ainsi réussi à se débarrasser de tous les ministres engagés dans la campagne électorale, comme Amadou Gon Coulibaly, ministre de l’Agriculture et directeur de campagne d’Alassane Ouattara. Très influent à Korhogo, dans le Nord, Amadou Gon Coulibaly n’est autre que le neveu de… Malick Coulibaly, le directeur de campagne de Gbagbo.

Guillaume Soro, le chef du gouvernement, n’a en revanche pas réussi à se débarrasser du ministre qui le gêne le plus, Désiré Tagro. Depuis la formation de son premier gouvernement, en 2007, il a l’impression que son autorité est constamment bafouée par son ministre de l’Intérieur. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la gestion de l’affaire Mambé, du nom de l’ancien président de la Commission électorale indépendante (CEI). Alors que le Premier ministre s’était, après concertation, déclaré favorable à l’ouverture d’une enquête interne, Tagro a sans sourciller lancé une procédure judiciaire…

Pour Soro, la formation de ce gouvernement a été une épreuve. Il s’était donné trois jours pour y parvenir, il lui en a fallu pas moins de vingt. Pendant près de trois semaines, alors que le pays entrait dans une spirale de violence, il a dû batailler pied à pied pour convaincre Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), et Alassane Ouattara, celui du Rassemblement des républicains (RDR). Exaspéré par la lenteur des négociations, Gbagbo a songé à se passer de l’opposition. Pour éviter ce scénario, Soro a alors annoncé un gouvernement incomplet (16 membres), tout en poursuivant les discussions.

De cette ébauche de gouvernement, plusieurs caciques du régime ont été exclus. C’est notamment le cas d’Hubert Oulaye (Fonction publique), de Sébastien Dano Djédjé (Réconciliation nationale et Relations avec les institutions) et de Léon Emmanuel Monnet (Mines et Énergie).

Nouveaux noms

Malgré la pression de leur base, qui exigeait la reconduction de tous les anciens ministres, les leaders « houphouétistes », Bédié et Ouattara, ont fini par proposer à Soro de nouveaux noms. « Ils ont cédé, car ils ne voulaient pas perdre de temps et donner l’occasion à Gbagbo de retarder une fois de plus la tenue des élections. Et puis ils avaient promis au facilitateur [Blaise Compaoré] de participer au gouvernement si la structure ancienne de la CEI était respectée », explique un des barons de l’opposition.

Le PDCI a proposé trois nouvelles personnalités pour accompagner le seul ministre reconduit, Dagobert Banzio, auparavant aux Sports et désormais aux Infrastructures. Le pharmacien Aka Ouélé, originaire d’Aboisso, dans le Sud-Est, a ainsi hérité du portefeuille de la Santé. Celui des Affaires étrangères a échu à l’ancien ambassadeur Gervais Kacou, tandis que, pour respecter l’équilibre géopolitique, le ministère du Commerce a été offert à Calice Yapo Yapo, originaire d’Adzopé, comme le sortant Patrick Achi.

Le RDR, de son côté, a maintenu Jeanne Peuhmond à la Famille et Cissé Bacongo à l’Enseignement supérieur. Mais il a dû se plier à la volonté de Gbagbo en remplaçant Amadou Gon Coulibaly (Agriculture) par Coulibaly Sangafowa, auparavant chargé de l’Identification, et Hamed Bakayoko (Nouvelles Technologies) par le colonel des douanes Jacques Houga Bi Gohorey, le « sécurocrate » du parti.

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