Extension Factory Builder
03/03/2010 à 12:43
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des partisans de Mohamed el-Baradei, venus accueillir leur champion, le 19 février au Caire Des partisans de Mohamed el-Baradei, venus accueillir leur champion, le 19 février au Caire © Sipa

De retour au pays, où il a été accueilli en homme providentiel, l’ex-directeur général de l’AIEA n’exclut pas de se présenter à l’élection présidentielle de 2011.

Après avoir passé douze ans (1997-2009) à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed el-Baradei est rentré en Égypte. Accueilli triomphalement, le 19 janvier, à l’aéroport du Caire, par plus de 1 500 partisans, en majorité des jeunes, l’appelant à se porter candidat à la prochaine présidentielle, prévue en septembre 2011, le Prix Nobel de la Paix 2005 apparaît désormais comme « l’homme providentiel ». « Non, pas providentiel, mais j’aimerais être un instrument du changement », a déclaré Baradei à Dream, une chaîne de télévision privée satellitaire. Mais il se garde bien de se déclarer candidat. « Je pourrais, a-t-il dit, me porter candidat à l’élection présidentielle si le peuple égyptien me le demande, même si c’est face au président Moubarak. » Mais à la condition, ajoute-t-il, que la Constitution soit amendée de manière à permettre une élection loyale, libre, contrôlée et ouverte à des candidatures indépendantes, dont la sienne. Cette Constitution est aujourd’hui verrouillée, de sorte qu’aucun candidat ne peut briguer la magistrature suprême s’il n’est soutenu par le parti au pouvoir. Aux termes des amendements de 2005 et 2007, il faut, pour être candidat, être à la tête depuis au moins un an d’un parti légal existant depuis au moins cinq ans et être parrainé par au moins 250 élus. Or les institutions élues sont dominées par le Parti démocratique national (NDP), dirigé par Moubarak et son fils Gamal, candidat putatif à la succession. « Sans révision de la Constitution, la participation aux élections n’a aucun sens », avertit Baradei. « Demander la révision de la Constitution relève du coup d’État », lui a répondu le quotidien Al-Ahram dans une première contre-offensive de la presse progouvernementale. Mais Baradei n’en démord pas. Il estime que, sous la pression populaire, Moubarak pourrait accepter de modifier la Loi fondamentale.

Pendant les trente années qu’il a passées à l’étranger, que ce soit dans la diplomatie égyptienne ou au sein d’organismes de l’ONU, Baradei s’est tenu à distance de la politique. Les Égyptiens ne l’ont découvert qu’en 2003, quand il s’opposa aux va-t-en-guerre de l’administration Bush à propos de l’Irak et de l’Iran. Depuis, il est devenu un motif de fierté pour les Égyptiens. Un « homme neuf », très respecté à l’international et dans son pays, où sa droiture tranche avec les frasques d’une classe dirigeante corrompue et discréditée. Au point que de jeunes blogueurs décident de promouvoir sa candidature à la présidentielle. « Il y a des alternatives en Égypte, et Baradei en est l’exemple. C’est pourquoi nous l’avons choisi », déclarent les leaders du mouvement informel Jeunesse du 6 avril, très actif sur internet et dans la société civile. Au 22 février, ses deux principaux groupes dédiés à Baradei, rien que sur Facebook, totalisaient plus de 100 000 adhérents, soit davantage que pour la grève générale, dont le mouvement avait été le vecteur en 2008.

Du coup, des organisations de la société civile et de l’opposition commencent à voir en Baradei un outsider capable de rallier les partisans du changement. Georges Ishak, coordinateur du mouvement Kifaya (« Assez ! »), qui s’oppose à la prolongation du règne de la famille Moubarak, est aussi l’un des animateurs de la campagne en faveur de Baradei. On y retrouve également les responsables de plusieurs partis d’opposition, légaux ou non, et des écrivains comme Alaa el-Aswani, auteur du best-seller L’Immeuble Yacoubian. Ayman Nour, chef du parti d’opposition Hizb el-Ghad (le Parti de Demain), qui a passé quatre ans en prison, a proposé à Baradei de se présenter à la présidentielle sous les couleurs de son parti, mais celui-ci préfère conserver son étiquette d’indépendant. Patient et méthodique, l’ancien patron des inspecteurs de l’AIEA multiplie pour le moment les concertations avec ses partenaires. Et choisira seul, le moment venu, de descendre – ou non – dans l’arène.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

2 réaction(s)

1.
Diagne - 03/03/2010 à 18h:03

Quand Amr Moussa rentrera en Egypte?[...] Lire

2.
Mouslime - 03/03/2010 à 15h:03

De Charybde en scylla...[...] Lire

Toutes les dépèches

Réagir à cet article

Egypte

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Israéliens et Palestiniens se sont mis d'accord lundi soir sur la prolongation de vingt-quatre heures du cessez-le-feu en vigueur à Gaza. Cette décision adoptée in extremis, peu avant l'expiration de la[...]

Égypte : trois morts dans des heurts en marge de manifestations pro-Morsi

Trois personnes ont péri vendredi en Égypte dans des heurts en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi, a affirmé un responsable de la sécurité, au[...]

Égypte : trois morts dans la répression de la commémoration des massacres de 2013

Au moins trois personnes ont été tuées jeudi au Caire en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi qui ont peiné à mobiliser à l'occasion du[...]

Fatma, survivante de Rabaa : "Il y avait du sang partout"

Il y a un an, les autorités égyptiennes dispersaient dans le sang deux sit-ins en soutien à Mohamed Morsi, sur les places Nahda et Rabaa. Une répression d’une rare violence que HRW a[...]

Sissi et le massacre de Rabaa al-Adawiya, le Tian'anmen égyptien

Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la tuerie de Rabaa al-Adawiya, perpétrée il y a tout juste un an contre des partisans des Frères musulmans, est[...]

Gaza : prolongation de la trêve pendant cinq jours

Après de nouveaux raids aériens sur Gaza en riposte à des tirs de roquettes, l'Égypte a annoncé mercredi soir la prolongation pour une durée de cinq jours de la trêve entre[...]

Égypte : un an après, Sissi veut tourner la page des massacres d'août 2013

Le 14 août 2013, une répression terrible s’est abattue sur les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi. Un an après, le maréchal au pouvoir, Abdel Fattah al-Sissi, veut[...]

Répression des Frères musulmans : deux dirigeants de HRW interdits de séjour en Égypte

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a annoncé lundi que deux de ses directeurs ont été interdits d'entrer en Égypte où ils devaient présenter un rapport sur la sanglante répression[...]

DP World en pleine tourmente sur le continent

Alors qu'il aligne les bonnes performances à travers le monde, en Afrique, le troisième opérateur portuaire mondial collectionne les ennuis et les scandales. Le dernier en date, à Djibouti,[...]

L'Égypte finit d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique

L'Égypte a achevé samedi d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique en prononçant la dissolution de leur branche politique plus d'un an après que l'armée a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers