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02/03/2010 à 12:40
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Depuis dix ans, le royaume chérifien n’est plus dans une logique de voisinage avec l’Union européenne mais bien dans une logique d’intégration. Pour les Marocains, le sommet de Grenade des 6 et 7 mars doit donc poser les jalons d’un nouveau lien contractuel entre les deux partenaires.

Lors d’un discours fondateur prononcé en mars 2000 à Paris, le roi Mohammed VI avait appelé à « bousculer le cadre politiquement correct mais finalement conventionnel du processus de Barcelone ». Son souhait : faire accéder le Maroc à un partenariat avec l’Union européenne (UE) qui soit « plus et mieux que l’association et un peu moins que l’adhésion ». Un vœu partiellement exaucé avec le statut avancé accordé par Bruxelles au royaume chérifien le 13 octobre 2008.

Le sommet de Grenade, qui réunira pour la première fois l’UE et le Maroc, les 6 et 7 mars prochain, est l’occasion d’aller plus loin. Ce sera sans conteste un moment fort de la relation euro-marocaine. « Cette rencontre a une valeur historique, car c’est la première fois que l’UE organise un sommet avec un pays du sud de la Méditerranée », s’enorgueillit Youssef Amrani, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.

Le 6 mars au soir, un dîner de travail réunira la délégation marocaine, présidée par le Premier ministre Abbas El Fassi, et le nouvel exécutif de l’UE, composé du président du Conseil européen, le Belge Herman Van Rompuy, et de la haute représentante pour les Affaires étrangères, la Britannique Catherine Ashton. Seront également présents le président de la Commission, José Manuel Barroso, et le président en exercice de l’UE, José Luis Zapatero. Le 7 sera consacré aux réunions officielles autour de trois thématiques. Une première réunion, politique, permettra d’aborder des questions stratégiques et régionales comme l’Union pour la Méditerranée (UPM), la lutte contre le terrorisme ou l’Union du Maghreb arabe (UMA). Un autre comité planchera sur la mise en œuvre de l’accord d’association, et un dernier devra tracer des perspectives d’avenir et faire émerger des sujets prioritaires.

« Ce sommet est l’un des éléments les plus importants du volet politique du statut avancé conclu en octobre 2008 avec le royaume chérifien, rappelle l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Luis Planas Puchades. Sa tenue est en soi une donnée stratégique. Nous devons avancer sur trois sujets prioritaires : la convergence réglementaire entre le Maroc et l’Europe, la future négociation d’un accord de libre-échange plus ambitieux et le nouvel outil qui doit remplacer le plan d’action de 1995 dans le cadre de la politique de voisinage. »

 

Un acte de confiance

Pays modèle de la rive sud de la Méditerranée, le Maroc est le premier bénéficiaire de l’aide européenne : 205 millions d’euros de soutien financier en 2009. Il est aussi le seul pays à avoir obtenu un statut allant plus loin que l’accord d’association entré en vigueur en 2000. « Le statut avancé est d’abord un acte de confiance de l’UE vis-à-vis du Maroc, explique un diplomate bruxellois. La feuille de route implique qu’à terme le Maroc aura accès à presque tout, sauf aux institutions. » En vertu de ce statut, le royaume chérifien devra se rapprocher le plus possible des standards européens afin d’intégrer progressivement le marché intérieur. « Depuis un an, le Maroc a lancé beaucoup de réformes dans ce sens et les résultats sont déjà tangibles », se félicite Nabil Adghoghi, directeur des Affaires européennes au ministère marocain des Affaires étrangères.

Pourtant, le royaume chérifien est loin d’arriver à Grenade en position de force. Du côté européen, on reproche à Rabat de ne pas avoir mené suffisamment de réformes et de tarder à concrétiser les ambitions du statut avancé. En 2009, le Maroc et l’UE s’étaient d’ailleurs opposés sur la réforme de la justice, que Bruxelles avait renoncé à financer, la jugeant insuffisante. Pour les responsables marocains, ces retards sont dus en grande partie à l’inadéquation entre les moyens dont ils disposent et les ambitieux objectifs qu’on leur a fixés. « C’est la première fois qu’un pays qui n’a pas vocation à adhérer à l’UE va devoir intégrer les 70 000 pages de l’acquis communautaire, explique Youssef Amrani. L’Espagne, le Portugal et la Grèce ont fait ce travail avant nous, mais ils ont bénéficié pour cela de fonds structurels extrêmement importants. Il faut étudier la possibilité pour le Maroc de bénéficier de tels fonds. » Une gourmandise qui ne devrait pas être du goût des Européens… « Nous avons fait le choix stratégique du statut avancé, mais si l’UE veut que nous devenions un exemple au sud de la Méditerranée, elle doit nous apporter un soutien plus substantiel », enchérit l’ancien ambassadeur du Maroc en France, Fathallah Sijilmassi.

Le Maroc est aussi un pays-pilote pour l’UE. « Depuis toujours, l’UE expérimente avec le Maroc les possibilités qu’offre sa politique de voisinage et explore de nouvelles formes de partenariat sui generis », explique Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain de relations internationales (Imri). Depuis déjà dix ans, le Maroc n’est plus dans une logique de voisinage avec l’UE mais bien dans une logique d’intégration. Il convient donc de revoir le cadre de sa coopération avec l’UE. « Ce sommet doit pouvoir offrir une alternative à l’adhésion. Il faut définir un nouveau lien contractuel entre le Maroc et l’UE qui remplacera l’accord d’association et qui intégrera le statut avancé », plaide Youssef Amrani. Ce nouvel accord sera sans doute discuté, mais, comme le reconnaît un diplomate marocain, « ce n’est pas à Grenade que l’on va le signer. Au mieux peut-on espérer qu’il en soit fait mention dans la déclaration finale ».

 

Signal fort

Le sommet risque par ailleurs de ne pas se limiter aux habituelles arguties diplomatiques. Depuis deux mois, les parlementaires espagnols et européens font pression sur l’UE pour que soient abordées les questions des droits de l’homme et de la liberté de la presse. Les couacs de 2009 – les procès à répétition contre des journaux, l’affaire Aminatou Haidar – ne plaident pas en faveur du royaume. « Le dossier des droits de l’homme est traité en permanence par le Maroc et ne constitue absolument pas un sujet tabou », soutient Nabil Adghoghi. L’ombre du conflit au Sahara occidental devrait également planer au-dessus du sommet. L’Espagne abrite de nombreuses associations pro-Sahraouis qui ont d’ores et déjà promis qu’elles seraient présentes à Grenade. À Bruxelles, des eurodéputés ont appelé, le 19 janvier, à la non-convocation de ce sommet, obligeant José Luis Zapatero à calmer le jeu. Il a rappelé que « c’est aux Nations unies et non à l’UE de résoudre ce problème ». Côté marocain, on n’est guère inquiet. « Cela ne gênera en rien le sommet. Ces associations ne reflètent ni l’opinion publique espagnole ni la position de son gouvernement », assure un ambassadeur marocain.

Au Maroc, on retient surtout que ce sommet est un atout diplomatique et économique très fort. En marge des réunions officielles, un colloque interpatronal réunira la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et les représentants des patronats européens. Des investisseurs seront également sur place pour étudier les possibilités qu’offre le royaume. Pour Fathallah Sijilmassi, patron de l’Agence marocaine de développement des investissements (Amdi), « un sommet comme celui-là constitue un signal très fort en direction des investisseurs européens qui connaissent moins le Maroc, comme les Hongrois ou les Polonais ». Des rencontres entre ONG et représentants des collectivités locales seront également organisées en marge du sommet. Une façon de montrer que la coopération entre le Maroc et l’UE va bien au-delà des gouvernements. Les partis politiques ne seront d’ailleurs pas absents. Un haut responsable du Parti Authenticité et Modernité (PAM) a déjà confirmé qu’une délégation de son mouvement ferait le déplacement de Grenade, bien décidée à rencontrer, en coulisses, des responsables européens.

 

Emulation maghrébine

En organisant un tel sommet, l’UE envoie aussi un signal fort à la rive Sud de la Méditerranée et en particulier au Maghreb. « Ce que le Maroc obtiendra devient ipso facto accessible aux autres pays, analyse Moncef Cheikhrouhou, professeur à HEC Paris. À eux de se donner les moyens de l’obtenir aussi. » La Tunisie, qui a été le premier pays à avoir signé, en 1995, un accord d’association avec l’UE, a longtemps rivalisé avec le Maroc. En 2007, elle est entrée dans une zone de libre-échange avec l’UE, et les barrières douanières ont été levées pour les produits industriels. Si le Maroc devait lui aussi intégrer rapidement le marché européen, cela conduirait au renforcement de la coopération entre les deux pays. « L’Europe nous voit ensemble même si nous nous voyons séparément. Plus vite la Tunisie et le Maroc s’intégreront à l’Europe, plus rapide sera l’intégration maghrébine », conclut le professeur Cheikhrouhou.

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