01/03/2010 à 09h:32 Par François Soudan
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L’un est long comme la lance d’un guerrier tutsi, l’autre est rond comme la calebasse d’une ménagère bantoue ; l’un est anglophone et a déclaré un jour, à la une de Jeune Afrique  : « Voici pourquoi la France nous hait », l’autre est francophone et, quoi qu’en ait dit son hôte d’un jour, doit au soutien de l’Élysée une part de son adoubement comme successeur de son père. Paul Kagamé et Ali Bongo Ondimba n’ont a priori rien en commun, si ce n’est leur statut de jeunes quinquagénaires et le fait d’avoir accueilli chez eux, fin février, les deux dernières étapes du Sarkozy Africa Tour. Au Gabonais le folklore françafricain des petits drapeaux, des tee-shirts aux effigies présidentielles, des pagnes moulés sur les fesses des animatrices et des immenses draperies imprimées suspendues aux murs de la Cité de la démocratie, à la gloire d’un demi-siècle d’histoires de couple et de secrets d’alcôve partagés. Au Rwandais l’accueil tout en symboles et en murmures, le sourire rare, la distance polie et la réserve d’un peuple, d’un homme surtout, qui n’a pas fait exception à la règle qu’il s’est imposée depuis longtemps : il ne se déplace plus à l’aéroport pour accueillir ses visiteurs de marque et il les laisse, seuls, se confronter aux âmes mortes du mausolée de l’holocauste.

Si différents donc et pourtant, quelque part, plus proches qu’on ne le croit, en dépit d’un « vécu » radicalement opposé. Ali l’héritier, qui n’a jamais connu que les palais de la République, et Kagamé le maquisard, surgi des cendres du génocide, appartiennent tous deux à la génération née avec les indépendances, une génération décomplexée, à la fois plus nationaliste et moins revancharde que celle qui l’a précédée et dont l’une des caractéristiques est de se montrer aussi lucide vis-à-vis de ses propres faiblesses qu’elle l’est à l’égard des ex-puissances coloniales. Faisons en sorte, a dit Bongo Ondimba, le 25 février, « que dorénavant nos manquements ne soient plus imputés aux autres : c’est la condition de notre respectabilité ». Abstenons-nous, lui a répondu le lendemain, comme en écho, Paul Kagamé « de mettre perpétuellement nos problèmes sur les épaules des autres ». Langage responsable à la hauteur duquel, de Libreville à Kigali, Nicolas Sarkozy a su tenir le sien, non sans un certain courage. « Pourvu qu’il ne nous refasse pas un discours de Dakar ! » s’inquiétait la veille de sa visite un ami rwandais. Cette fois, à chaque étape, le Français a su trouver les attitudes qui convenaient, les gestes adéquats, les mots justes. Surtout lorsqu’il s’est écarté des textes prêts à prononcer qu’on lui avait préparés. Depuis Dakar, justement, il sait qu’on ne se méfie jamais assez de ses conseillers

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