03/03/2010 à 10h:00 Par Maxime Perez, à Jérusalem
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Tony Blair (à g.), représentant du Quartet au Proche-Orient, à Gaza, le 1er mars 2009 Tony Blair (à g.), représentant du Quartet au Proche-Orient, à Gaza, le 1er mars 2009 © Reuters

Par crainte d’une légitimation du Hamas, l’État hébreu, quand il ne leur barre pas la route, impose une réglementation stricte aux personnalités étrangères qui souhaitent se rendre dans l’enclave palestinienne.

Oui aux missions humanitaires et diplomatiques, non aux visites politiques. Voilà en substance comment les autorités israéliennes déterminent aujourd’hui l’entrée d’officiels à Gaza. Peu conventionnelle, cette règle s’applique sans exception à toutes les chancelleries et entrave lourdement l’action des personnels diplomatiques sur le terrain. Elle illustre aussi l’un des aspects du blocus auquel est soumise l’enclave palestinienne.

Le 19 septembre 2007, trois mois après le coup de force du Hamas et en réponse aux tirs de roquettes sur les localités israéliennes, la bande de Gaza est déclarée « entité hostile » par le gouvernement d’Ehoud Olmert. Depuis, ses quatre postes frontaliers sont maintenus fermés, la circulation de marchandises est réduite au transfert d’aide humanitaire et plus aucun Palestinien n’a la possibilité de se rendre en Israël pour travailler.

En principe, les membres d’ONG, les journalistes étrangers et les diplomates ne sont pas concernés par cette mesure et peuvent librement circuler via le point de passage d’Erez. Mais la réalité est plus arbitraire et se heurte bien souvent aux injonctions sécuritaires de l’État hébreu. Lors de l’offensive militaire menée par Tsahal en janvier 2009, l’accès à la bande de Gaza a tout simplement été interdit. Sporadiquement, Erez ferme également ses portes dès qu’un incident armé se produit dans le secteur.

Pour accroître sa stratégie d’isolement du Hamas et le priver de tout contact extérieur, l’État hébreu ne fait pas non plus mystère de son opposition aux visites de ministres étrangers dans le territoire contrôlé par le mouvement islamiste. « Si un ministre souhaite se rendre à Gaza, il peut le faire par l’Égypte, mais pas depuis notre sol », précise Yigal Palmor, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

Agacement belge

En un peu plus d’un an, le chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt est le seul ministre européen à avoir pu pénétrer dans la bande de Gaza. Sous pression internationale après l’opération « Plomb durci », Israël avait été contraint de lâcher du lest, permettant au ministre scandinave de venir évaluer la situation humanitaire. Carl Bildt avait précédé Javier Solana, chef de la diplomatie de l’Union européenne (UE), puis Tony Blair, le représentant du Quartet (ONU, UE, États-Unis, Russie) au Proche-Orient. Depuis, toutes les demandes officielles ont essuyé un veto israélien : celle de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, celle de son homologue turc, Ahmet Davutoglu, et, plus récemment, celle de Charles Michel, ministre belge de la Coopération au développement, qui se trouvait en Israël fin janvier. « Ce type de démarche légitime le Hamas et peut être instrumentalisé. Il se fait même au détriment de l’Autorité palestinienne. Nous refusons de le cautionner », explique Yigal Palmor.

Cet argument affiche pourtant ses limites. Dans les trois cas, les ­visites de ministres n’incluaient aucune rencontre avec des responsables du mouvement islamiste. Membre de la délégation belge qui devait rejoindre Gaza, Jean-Christophe Charlier est catégorique : « La mission de Charles Michel était humanitaire. Nous avons débloqué des fonds pour aider deux agences de l’ONU à construire des écoles pour la population et venions superviser l’avancement du projet. » Ce conseiller de Charles Michel conteste le leitmotiv israélien de légitimation du Hamas : « Le ­ministre a toujours été clair, il considère le Hamas comme une organisation terroriste. La réaction des Israéliens n’est donc pas compréhensible. » Contrariée par cette affaire, la Belgique veut faire adopter une position européenne commune qui garantisse un libre accès à Gaza aux pays impliqués dans sa reconstruction. « Nous avons saisi la Commission européenne », confirme Jean-Christophe Charlier. La ­semaine dernière, Bruxelles a adressé une ­lettre en ce sens à Catherine Ashton, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères.

Si le traitement réservé aux ­ministres européens illustre les difficultés des personnalités officielles à se rendre dans la bande de Gaza, il ne permet pas de prendre pleinement la mesure des restrictions ­israéliennes imposées aux diplomates. Depuis que l’État hébreu a resserré son étau sur le territoire palestinien, les procédures d’accréditation sont nettement plus ­complexes. Avant le blocus, la présentation d’un passeport diplomatique suffisait à passer sans encombre la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Les autorités devaient simplement être alertées la veille d’un déplacement. « Tout cela a bien changé, témoigne un proche collaborateur du consul de France à Jérusalem. Aujourd’hui, les Israéliens exigent d’être prévenus une semaine à l’avance. Il nous faut aussi préciser les raisons de notre visite à Gaza, notre programme et l’identité de chacun des membres de notre délégation. » Le résultat n’est guère probant. Depuis le mois de décembre, le consulat de France s’est déjà vu signifier trois refus.

Dans le processus décisionnel, le ministère israélien des Affaires ­étrangères ne joue qu’un rôle consultatif et s’assure que les demandes formulées par les services diplomatiques ne sont pas une entorse aux directives du gouvernement à l’égard du Hamas. Rattaché au ministère de la Défense, le Coordinateur des activités gouvernementales israéliennes dans les Territoires (Cogat) est la principale autorité qui valide l’entrée et la sortie d’officiels à Gaza. Chargée ­d’assurer la coordination avec les ONG, cette administration militaire justifie les mesures ­drastiques en vigueur. « Les vérifications ­sécuritaires que nous effectuons sont liées à la présence du Hamas de l’autre côté de la frontière. Nous étudions chaque demande au cas par cas, affirme un haut gradé du Cogat. Beaucoup de diplomates étrangers veulent entrer à Gaza pour se rendre compte de la situation. Mais nous préférons que les organisations internationales déjà en place se ­chargent de ce travail. »

Tirs de semonce

Sur le terrain, cette ingérence israélienne occasionne de ­nombreuses tensions, principalement avec les pays de l’UE. Convois officiels refoulés, longues heures d’attente au poste-­frontière, fouilles de véhicules consulaires, l’entrée de diplomates à Gaza vire parfois au cauchemar. À deux reprises, à la fin de 2008, une quinzaine de véhicules transportant des chefs de projets européens ont ainsi été priés de faire demi-tour. Le 27 janvier, des soldats israéliens en poste à Erez effectuaient même des tirs de semonce pour ralentir la progression d’un convoi mené par le consul de France, Alain Rémy. À Gaza comme à Jérusalem, les diplomates occidentaux semblent résignés à accepter cette situation. « Ce blocus nous gêne, c’est indéniable. Mais, pour ne pas s’attirer d’ennuis, on évite de se plaindre », confie l’un d’entre eux. 

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