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02/03/2010 à 08:50
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Jean-Marie Doré et Rabiatou Serah Diallo côte à côte pour la transition Jean-Marie Doré et Rabiatou Serah Diallo côte à côte pour la transition © Photos AFP, montage J.A

Le Premier ministre et la présidente du Conseil national de la transition doivent mener le pays aux élections. Une tâche d’autant plus difficile que le politicien et la syndicaliste se méfient l’un de l’autre.

Ils ont en commun une passion pour la chose publique qui vient de les mener tous les deux à des postes clés : Premier ministre pour lui, présidente du Conseil national de transition (CNT) pour elle. Tous deux ont la lourde mission de cohabiter pendant les cinq prochains mois avec la junte au pouvoir et de mener la Guinée à des élections libres, transparentes et équitables. Une gageure dont ils partagent, avec le président par intérim, le général Sékouba Konaté, la responsabilité, devant les Guinéens et la communauté internationale.

Ils partagent aussi leur manque d’expérience dans l’art de gouverner. Ni l’un ni l’autre n’ont occupé de poste ministériel. C’est à peu près tout ce qui les réunit.

Jean-Marie Doré est un ténor de la politique ; Rabiatou Serah Diallo (que les Guinéens surnomment « Hadja Rabi ») est une pasionaria du syndicalisme. Il est docteur en sciences politiques, a été fonctionnaire international ; elle a un diplôme de secrétaire de direction et une formation de greffière (même si elle a, en 1984, intégré le corps des magistrats).

Il est malin et calculateur, passe pour un agité ; elle est franche, déterminée et affirme haut et fort ses positions. Il aura la direction du gouvernement, elle aura le pouvoir de lui demander des comptes. Entre les deux, la cohabitation, même si elle devra être brève, ne sera pas simple.

Rabiatou Serah Diallo a acquis sa légitimité à la base, dans les mouvements associatifs, puis en grimpant dans la hiérarchie syndicale jusqu’à obtenir en 2000 le poste de secrétaire générale de la puissante Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Elle devient une icône quand, en 2007, elle défie le général Lansana Conté, alors chef de l’État, conduit des manifestations, réprimées violemment, et est elle-même blessée. Hadja Rabi obtient de Conté la formation d’un gouvernement de consensus. Elle avait alors fait preuve d’un courage et d’une détermination qui suscitent encore l’admiration de ses compatriotes.

Un climat de suspicion

Jean-Marie Doré, leader de l’Union pour le progrès de la Guinée, est dans la course à la magistrature suprême depuis 1993. Dix-sept ans qu’il attend son heure, se contentant du poste de député. À 70 ans passés, il n’a plus aucune chance d’arriver au sommet. À moins qu’il ne décide finalement de se présenter. La suspicion est là.

« Personne n’a confiance en Jean-Marie », affirment à Conakry des responsables de la société civile et de la classe politique. « Il entretient le flou sur sa candidature à la présidentielle. Nous le soupçonnons de vouloir démissionner un peu avant le scrutin pour se présenter », dénonçaient, sous le couvert de l’anonymat, des membres du Forum des forces vives de Guinée (FFVG), dont Doré fut le porte-parole jusqu’à sa nomination à la primature. Ils lui reprochent, à tort ou à raison, d’avoir « coupé les ponts avec eux » et, surtout, de s’être mis au service de la junte, au pouvoir depuis le 23 décembre 2008.

À la mi-janvier, alors que trois ténors de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Alpha Condé sont à Paris pour choisir un « premier-ministrable », plusieurs sources révèlent que Jean-Marie Doré, originaire des régions forestières comme le capitaine Moussa Dadis Camara, aurait la préférence du général Sékouba Konaté.

Les politiques avaient d’autres noms à proposer : Cellou Dalein Diallo militait pour Hadja Rabi, Sidya Touré penchait pour François Lonsény Fall et Alpha Condé préférait Mgr Albert Gomez de l’Église anglicane. Finalement, les Forces vives ont désigné Jean-Marie Doré au détriment de la syndicaliste, notamment pour ne pas contrarier le projet de la junte, et au motif qu’elle avait un plus faible niveau d’études.

Déterminée à avoir sa place dans la transition, Rabiatou a alors essayé d’obtenir le très convoité ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (Matap), qui supervise les élections. Elle essuie un refus catégorique.

Si, en public, les Forces vives vantent les qualités de Doré, sa « maturité » et son « éloquence », en coulisses le discours est tout autre : « Il est instable et calculateur », entend-on ici et là. Il est aussi soupçonné de vouloir utiliser sa nouvelle position pour soutenir la candidature à la présidentielle de Papa Koly Kourouma, un membre de son parti, ministre de l’Environnement dans le gouvernement sortant, de surcroît considéré comme un fidèle du capitaine Dadis.

Respecter les engagements

En revanche, Hadja Rabi, qui s’était éloignée de l’opposition sous Dadis, car les syndicats estimaient que leur combat n’était pas politique (ils n’ont pas participé à la grande manifestation du 28 septembre au stade du même nom), suscite plus de sympathie, en tout cas pour l’instant. Et sa nomination au CNT, gênante pour Doré, fait des heureux.

Pour les Forces vives, elle devra s’assurer que le Premier ministre ne s’éloigne pas des recommandations de Ouagadougou et de l’Accord politique global interguinéen. Ce texte devrait être signé prochainement par la junte, les Forces vives et le médiateur burkinabè, Blaise Compaoré.

Selon un cadre de parti politique ne souhaitant pas être cité, « il était aussi important de mettre un Peul [plus de 30 % de la population] à un poste de haute responsabilité ». Selon lui, Doré regretterait déjà de ne pas l’avoir nommée au Matap, où elle aurait été sous contrôle.

La Déclaration de Ouagadougou du 15 janvier 2010 entérine la création du CNT en tant qu’« organe politique délibérant ». Et, selon le projet d’Accord politique global interguinéen, le Premier ministre est tenu de présenter un rapport d’activité deux fois par mois. Le texte autorise, en outre, le CNT à interroger régulièrement le chef du gouvernement et les membres de son équipe. Autant dire qu’il n’aura pas les coudées franches.

Le CNT a deux vice-présidents : Mgr Albert Gomez, connu pour sa capacité d’écoute et de négociation, qui sera chargé d’établir le chronogramme des élections ; et Elhadji Mamadou Sylla, ancien secrétaire général de la Ligue islamique de Guinée. Ils aideront peut-être à arrondir les angles pendant cette cohabitation à haut risque. 

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