19/02/2010 à 10h:40 Par Christophe Boisbouvier
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Pierre Camatte (à droite), 61 ans, avant son enlèvement. Pierre Camatte (à droite), 61 ans, avant son enlèvement. © Sipa

L'ultimatum d'Aqmi concernant le français Pierre Camatte expire samedi 20 février. Mais les autorités maliennes restent optimistes quant à  sa libération -et celle des six otages kidnappés ces derniers mois. Les ravisseurs réclament la libération de quatre de leurs combattants détenus au Mali en échange de la libération du français.

Comment sauver le Français détenu depuis le 26 novembre sans céder aux terroristes ? Pour le président malien, qui doit ménager à la fois la France et l’Algérie, rien n’est simple.

« On sait qu’il est en vie, mais je ne peux pas vous en dire plus », confie un haut fonctionnaire français à propos de l’otage français Pierre Camatte. À Paris, c’est silence radio, aussi bien à l’Élysée qu’au Quai d’Orsay. Rien ne doit mettre en péril la vie du Français de 61 ans enlevé par des islamistes le 26 novembre dernier au Mali. Selon une source citée par l’AFP, l’otage a été vu récemment sur son lieu de détention par le principal négociateur malien. À Bamako, c’est la même discrétion, mais avec un autre agenda politique. Le régime malien ne veut plus être considéré comme le maillon faible de la lutte antiterroriste et il le fait savoir. Le 20 janvier, après un défilé militaire, le président Amadou Toumani Touré (ATT) a lancé à propos de ses soldats : « Nous leur donnerons tous les moyens nécessaires, aussi bien en hommes qu’en matériel. »

À l’origine de ce raidissement, l’affaire Camatte, justement. Jusqu’à présent, les otages libérés au Mali venaient d’ailleurs – d’Algérie, de Tunisie ou du Niger. Mais Pierre Camatte, lui, a été kidnappé dans un hôtel de Ménaka, dans le nord du Mali. Pour ATT, c’est une déclaration de guerre. D’autant que le chef des ravisseurs – sans doute l’Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, considéré comme l’un des émirs les plus radicaux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) – exige la libération de quatre de ses frères d’armes détenus au Mali. S’ils ne sont pas relâchés avant le 20 février, il affirme que la vie de l’otage sera en danger…

Gages de fermeté

Le 1er février, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, débarque à Bamako pour une visite éclair. Arrivé à 19 h 30, il rejoint aussitôt le palais de Koulouba, où l’attend ATT pour un dîner en tête à tête. Puis il repart à 22 h 30 sans faire la moindre déclaration. Un silence inhabituel chez lui. Que se sont dit les deux ­hommes ? À Bamako, certaines sources laissent entendre que le Français aurait demandé au Malien de relâcher les quatre islamistes. Vrai ? Faux ? En tout cas, pour l’instant, le chef de l’État malien reste ferme. « ATT a trop cédé aux ­terroristes dans le passé. L’an dernier, il a notamment libéré trois ­islamistes en échange des deux diplomates canadiens capturés par AQMI. Il a une réputation à reconstruire, et le Mali a une crédibilité à sauver », lâche un spécialiste malien des questions de sécurité.

Autre raison de la fermeté ­malienne : la pression du grand voisin du nord. De bonne source, l’un des quatre islamistes détenus au Mali est un Algérien soupçonné par les services de son pays d’être un proche d’Abdelmalek Droukdel, le chef d’AQMI, et d’avoir participé aux attentats sanglants du 11 avril 2007, qui visaient notamment le Palais du gouvernement à Alger. Le 7 février, le numéro trois du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) algérien – commandé par le général Mohamed Médiène, alias Tewfik – a fait une visite très discrète à Bamako. Message : cet islamiste doit non seulement rester en prison, mais aussi être extradé, conformément à la convention algéro-malienne en vigueur. Depuis un an et demi, Abdelaziz Bouteflika fait la sourde oreille à la proposition d’ATT d’organiser une conférence antiterroriste à Bamako. « Les Maliens doivent d’abord nous donner des gages de fermeté », confie un diplomate algérien. Si Bamako n’entend pas le message, Alger envisage même de durcir les conditions d’entrée des Maliens sur son terri­toire. Bref, ATT doit jouer serré. 

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