02/02/2010 à 08h:48 Par Zheng Ruolin
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rencontre au sommet le 17 novembre 2009 à Pékin rencontre au sommet le 17 novembre 2009 à Pékin © Reuters

Ventes d’armes à Taiwan, affaire Google... Après l’euphorie de la visite de Barack Obama, en novembre, les frictions se multiplient entre les deux premières puissances mondiales.

Deux mois après la visite à Pékin de Barack Obama, rien ne va plus entre la Chine et les États-Unis, le fameux « G2 » – notion qui ne paraît pas promise à un grand avenir. Conflits commerciaux divers, âpres marchandages lors du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, « retrait potentiel » de Google du marché chinois… Les incidents se multiplient. Mais le plus grave est assurément l’aval donné par le Pentagone, le 6 janvier, à un important projet de vente d’armes (dont plus de 260 batteries antimissiles PAC-3) à Taiwan. Montant de la transaction : 6,5 milliards de dollars.

La réaction chinoise ne s’est pas fait attendre. Entre le 6 et le 9 janvier, pas moins de cinq déclarations officielles (émanant notamment des porte-parole de l’armée et du ministère des Affaires étrangères) ont été rendues publiques. Pour critiquer vertement cette vente et inviter les États-Unis à reconsidérer leur décision. Le 11 janvier, la Chine a procédé à un essai de missile antimissile de type Patriot-3. Test, paraît-il, « de nature défensive », qui « ne visait aucun pays ». Ce qui n’a pas empêché Washington de demander, à son tour, des explications.

C’est le moment choisi par Google, le géant informatique américain, pour dénoncer les attaques lancées par de mystérieux hackers contre les boîtes mails d’un certain nombre de dissidents chinois. Sur son blog, le vice-président David Drummond est allé jusqu’à menacer de « se retirer du marché chinois si le piratage ne cesse pas et si le moteur de recherche google.cn ne peut pas fonctionner sans entraves ». Hillary Clinton, la secrétaire d’État, lui a rapidement apporté son soutien, allant jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une « cyberguerre froide ». Même Barack Obama s’est déclaré « préoccupé ».

Les responsables chinois n’ont apparemment pas été pris au dépourvu par cette escalade. Ils avaient remarqué que, dès le 24 novembre, une semaine après le départ d’Obama, l’ancien ambassadeur Raymond F. Burghardt avait été dépêché à Taipei pour expliquer aux dirigeants nationalistes le sens de cette visite. À en croire le diplomate, les États-Unis n’avaient changé de position ni sur « le statut politique de Taiwan » ni sur « leur engagement à défendre l’île » conformément au Taiwan Relation Act. Impossible d’en douter : les ventes ­d’armes allaient continuer.

Quelques jours plus tard, le Washington Post révélait que cette vente avait été autorisée, en octobre 2008, par l’administration Bush. Et qu’elle était sur le point d’être confirmée par l’administration Obama. « Les relations sino-américaines risquent de beaucoup se dégrader en 2010 », pronostiquait le quotidien.

Muraille souterraine

Le système antimissile PAC-3 est capable de détruire les quelque 1 300 missiles braqués, selon les services taiwanais, sur l’île rebelle pour décourager toute velléité d’indépendance. Deux bases américaines en Corée du Sud et au Japon étant déjà équipées de tels systèmes, c’est toute la force de dissuasion nucléaire chinoise qui se trouverait ainsi annihilée. Ce n’est donc pas un hasard si, le 13 décembre, le journal du ministère de la Défense a révélé que la Chine venait d’achever la construction d’une muraille souterraine de 5 000 km destinée à renforcer la capacité de la deuxième frappe nucléaire.

Après la normalisation de leurs relations avec la Chine, en 1979, les États-Unis avaient accepté de retirer leurs troupes de Taiwan, mais pas de mettre un terme à leurs ventes d’armes. Trente ans après, on estime qu’ils ont vendu à ce pays pour plus de 60 milliards de ­dollars d’armements divers.

Il faut dire que plus la pression de Pékin est forte, plus Taiwan est confrontée à des difficultés d’approvisionnement, et plus les firmes américaines (Raytheon, Lockheed Martin, etc.) peuvent faire monter les prix. À plusieurs reprises, Taiwan aurait ainsi accepté de payer certains types d’armes jusqu’à quatre fois le prix du marché.

Par ailleurs, les Chinois sont convaincus que Taiwan reste pour les Américains « un porte-avions per­pétuel » capable de contenir leurs forces maritimes et de couper leurs lignes ­d’approvisionnement en pétrole. « C’est un élément très important de leur plan d’encerclement militaire de la Chine », commente Dai Xu, un spécialiste des questions stratégiques.

En 2008, quand Bush avait annoncé la nouvelle vente d’armes à Taiwan, la Chine avait immédiatement interrompu les échanges entre les deux armées. Que fera-t-elle cette fois ? Ses dirigeants ne laissent rien deviner de leurs intentions, mais tous les experts sont persuadés que leur réaction a toutes les chances d’être musclée. Selon le général Luo Yuan, interrogé récemment par une chaîne de télévision, la meilleure solution serait de sanctionner les sociétés impliquées dans l’opération et, parallèlement, de refuser de coopérer avec les Américains dans un certain nombre de dossiers importants.

Menace de retrait

Les enjeux de « l’affaire Google » ne sont évidemment pas du même ordre. La firme américaine a indiscutablement marqué un point : aucun internaute, qu’il soit américain ou chinois, n’acceptera jamais la moindre forme de censure sur le Net. Mais les motifs de sa menace de retrait sont plus complexes qu’il n’y paraît. Google étant engagé dans les difficiles négociations avec l’Association des écrivains chinois concernant le non-respect des droits d’auteur sur les œuvres littéraires (problème auquel il est confronté dans le monde entier), cette crise lui donne l’occasion de se refaire une virginité. Depuis plusieurs années, il se heurte en Chine à toutes une série de difficultés juridiques (liens avec des sites pornographiques), fiscales et, surtout, économiques. Google triomphe en effet dans le monde entier, sauf en Chine, où sa part de marché ne dépasse pas 31 %, loin derrière Baidu, le moteur de recherche local.

Quant à la censure imposée par les autorités sur certains mots sensibles comme « Tiananmen » ou « dalaï-lama », c’est une réalité… que Google avait acceptée lors de son arrivée sur le marché chinois. Hillary Clinton désigne la Chine comme l’un des cinq pays « non libres » sur internet. Cette dernière rétorque que les sociétés étrangères sont tenues de respecter ses lois et ses réglementations. L’impasse paraissait totale jusqu’à ce qu’Eric Schmidt, le grand patron de Google, désavouant son adjoint, annonce qu’il ne désespérait pas de rester en Chine. Une tempête dans une tasse de thé ? 

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