02/02/2010 à 15h:16 Par Abdelaziz Barrouhi
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Les Kaddafi, père et fils Les Kaddafi, père et fils © J.A

La guerre fait rage entre les caciques du régime, opposés à toute réforme, et le successeur putatif du « Guide », porteur d’un projet de Constitution moderne.

Nouveau coup de théâtre à Tripoli. Le Congrès général du peuple (CGP, Parlement), dont la session annuelle s’est ouverte le 26 janvier, n’a finalement pas ratifié la désignation de Seif el-Islam Kaddafi au poste de coordinateur général des commandements populaires et sociaux, soit, de facto, comme numéro deux de l’État. Pis, la question de l’avenir politique du fils du « Guide » n’était même pas à l’ordre du jour. Seif avait déjà créé la surprise une semaine auparavant en faisant savoir via son entourage qu’il n’assumerait pas de responsabilités politiques avant que ne soient adoptés le nouveau projet de Constitution et une législation organisant la vie politique sur la base du pluralisme et d’élections directes transparentes et loyales. Quant à sa désignation par le CGP dans sa composition actuelle, Seif l’a qualifiée de « mascarade » et refuse de s’y prêter.

Obstruction

Selon nos sources, les tensions sont à leur comble dans les coulisses du pouvoir. Malgré les signaux favorables envoyés par le « Guide » à son fils au cours des derniers mois, certains, au sein des comités révolutionnaires et des services de sécurité, dominants dans l’appareil de l’État, s’opposent activement à la volonté réformatrice de Seif. Principale pierre d’achoppement : le nouveau projet de Constitution. Élaboré par une commission dirigée par le président de la Cour suprême, Abderrahmane Aboutouta, et composée de juristes de tous bords, dont certains sont proches de Seif, il a été pudiquement baptisé « projet de référence pour le système des masses de l’État libyen » afin de ne pas heurter de front les caciques de la vieille garde. Car aux yeux de ces derniers la Constitution libyenne a été abrogée en 1978 et remplacée « pour l’éternité » par le système de pouvoir populaire instauré par ­Kaddafi. La commission, qui a déjà achevé la rédaction de plusieurs projets de codes modernes, devait, le 22 janvier, mettre la touche finale au texte de Constitution en cours d’élaboration depuis deux ans. Mais grâce à des manœuvres dilatoires, des membres de la vieille garde ont empêché que le quorum soit atteint, différant la finalisation du texte à la fin de février, soit après le conclave du CGP. D’où la colère de Seif el-Islam.

Selon le président de la Cour suprême, le projet de Constitution organise le pouvoir populaire sur les plans législatif, exécutif et judiciaire, et renforce les droits du citoyen et les libertés fondamentales. Sur cette base, sept articles de loi seront mis au point, dont l’un risque de constituer une pomme de discorde. Il est relatif à la création d’un Conseil de commandement national, une instance qui rappelle le Conseil de commandement de la Révolution (CCR) – composé de douze membres – issu du coup d’État de 1969 et dissous par le « Guide » en 1977. Il s’agit donc d’une structure suprême inédite qui laisse à penser que Kaddafi prépare une succession de type collégial. Le successeur putatif qu’est Seif a-t-il rejeté une telle perspective pour exiger des institutions de type démocratique ? Nous le saurons dans un avenir proche.

Besoin d’un État de droit 

Entre-temps, la sourde lutte d’influence que se livrent la vieille garde et le mouvement réformateur devrait continuer. Les quotidiens Oea et Kuryna, publiés par le groupe Al-Ghad, fondé par Seif, ont rapporté que les comités révolutionnaires et les services de sécurité étaient intervenus pour favoriser leurs proches lors de la désignation des délégués du CGP. Réaction immédiate des autorités en charge de l’encadrement des médias, qui décident de leur couper les financements et de ne plus les imprimer, les forçant ainsi à suspendre leur parution.

À Tripoli, lors d’une conférence donnée le 20 janvier au Centre national de la documentation et de l’histoire nationale, l’avocate Azza el-Maghour a remporté un franc succès lorsqu’elle s’est demandé pourquoi la promulgation de la Constitution et la confirmation de Seif au poste de numéro deux avaient pris autant de retard. « La Libye, a-t-elle déclaré, a besoin plus que jamais d’établir un État de droit, au moment où elle passe par une transition marquée par des problèmes de corruption et la montée de la criminalité… Cette étape nécessite un État de droit dans son sens moderne pour aboutir à l’objectif fondamental, qui est le développement durable. »

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