26/01/2010 à 12h:46 Par Muriel Devey, envoyée spéciale à Lomé
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Manifestation de militants de l'UFC, le 9 janvier, à Lomé Manifestation de militants de l'UFC, le 9 janvier, à Lomé © Xinhua

Ils sont huit à avoir déposé leur dossier de candidature à la présidentielle du 28 février. Face au chef de l’État sortant, sept concurrents aux forces et aux profils bien disparates.

Si les candidatures ne sont pas encore validées, depuis la publication, le 16 janvier, de la liste des candidats régulièrement inscrits pour la présidentielle du 28 février, les discussions au sein de l’opposition ont déjà commencé autour de deux préoccupations majeures. À défaut d’une consultation à deux tours, il s’agit de réunir les conditions d’un scrutin transparent et, si possible, de présenter une candidature unique. Des préoccupations qui ne sont pas nouvelles. En 2005, plusieurs formations de l’opposition avaient soutenu le candidat de l’Union des forces de changement (UFC). Mais voilà, en 2010, la donne a changé, obligeant les candidats à revoir leur copie, notamment ceux des deux poids lourds de l’opposition, l’UFC (qui a obtenu 27 députés aux législatives d’octobre 2007) et le Comité d’action pour le renouveau (CAR, dont le nombre de députés a chuté de 35 à 4 entre 1994 et 2007).

Deux poids lourds, un outsider

Première surprise, ce n’est pas Gilchrist Olympio, l’opposant historique de l’UFC, qui porte les couleurs du parti à la présidentielle, mais Jean-Pierre Fabre, son secrétaire général et chef de groupe parlementaire. Raison invoquée : un mal de dos aurait empêché Olympio, qui séjourne aux États-Unis, de se rendre au Togo pour se faire examiner par un collège de médecins assermentés. Du coup, le bureau de l’UFC a investi Fabre à la dernière minute. « Un cadeau empoisonné. Fabre n’a pas de base populaire, et Olympio n’a pas clairement soutenu sa candidature… », remarque un observateur togolais, pour qui le parti serait au bord de l’éclatement.

De son côté, le CAR reste fidèle à lui-même en présentant l’avocat Yawovi Agboyibo, son candidat de tout temps, ex-Premier ministre sous la présidence de Faure Gnassingbé, de septembre 2006 à décembre 2007.

Pour l’UFC et le CAR, comme d’ailleurs pour le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), l’outsider qui dérange et change la donne habituelle est Kofi Yamgnane. Son parcours politique en agace plus d’un. Binational, le « Breton d’après la marée noire » a résidé longtemps en France, où il fut maire de Saint-Coulitz, de 1989 à 2001, secrétaire d’État à l’Intégration, de 1991 à 1993, et député socialiste, de 1997 à 2002. Et il vient jouer les trouble-fête dans un pays où le jeu électoral oppose traditionnellement un Nord rallié au camp Eyadéma à un Sud plutôt favorable à l’opposition. Originaire de Bassar, il casse en effet l’unité ethnico-électorale du Nord. En outre, grande première, il se présente en tant qu’indépendant. « Il ne veut pas être le président d’un parti, mais celui de la société civile. S’il est élu, il entend jouer un rôle d’arbitre et rassembler plusieurs tendances dans un gouvernement », explique un proche du candidat.

Si la part de suffrages que récoltera ce dernier reste l’une des grandes inconnues du scrutin, on s’attend en revanche à ce que les quatre « petits » candidats en lice, même si leur poids peut jouer au sein d’une éventuelle alliance de l’opposition, ne récoltent qu’un faible pourcentage de voix.

L’ancien directeur général du Port autonome de Lomé, ex-président de l’Assemblée nationale et ex-Premier ministre, Agbéyomé Kodjo, surnommé « le Converti », représentera l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts). Son passé au sein du RPT risque de le desservir auprès des populations partisanes du changement. Absent dernièrement de la scène politique nationale, Nicolas Lawson était moins attendu sur la liste des candidats ; il représentera néanmoins une nouvelle fois son Parti du renouveau et de la rédemption (PRR). Le leader du Parti démocratique panafricain (PDP), Bassabi Kagbara, passe désormais presque inaperçu dans le paysage politique togolais. Ce qui le distingue est que, à 67 ans, il est l’aîné des huit candidats.

Quant à la candidature de Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, elle est à la fois symbolique et marginale. Désignée par la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), dont elle est la secrétaire nationale et l’un des membres fondateurs, elle devient la première femme candidate à la magistrature suprême du pays. Mais l’effritement de l’audience de son parti sur l’échiquier national joue en sa défaveur.

Y aura-t-il une alliance ?

La question d’une éventuelle candidature unique de l’opposition prend cependant un tour particulier dans ce contexte. Si, jusqu’à présent, le leadership était disputé par l’UFC et le CAR, ces derniers doivent aujourd’hui prendre en compte les nouvelles réalités. Du coup, les discussions entre états-majors sont ardues, chacun y allant de ses arguments pour tenter de tirer la couverture à lui.

Les partisans de Kofi Yamgnane mettent en avant l’expérience acquise par leur candidat en France (« Il sait ce qu’est une démocratie républicaine ») et le rôle fédérateur qu’il peut jouer (« Si des candidats du Sud se désistent en sa faveur, il réconciliera le Nord et le Sud et permettra de refaire l’unité du pays »). D’autres préfèrent mettre en avant la neutralisation de l’armée que sa candidature peut favoriser : « Seul Yamgnane peut empêcher, avant, pendant et après l’élection, une éventuelle intervention de l’armée, en cas d’affaiblissement ou de défaite de Faure. On le respectera », assure un de ses supporteurs. Aux yeux de ses partisans, las de l’affrontement Eyadéma-Olympio qui imprègne la vie du pays depuis plus de trente ans, Yamgnane, nouveau venu sur la scène politique, apparaît neutre.

Le CAR, pour sa part, considère que la candidature unique lui revient, pour deux raisons. D’abord, au nom de sa légitimité historique. « Nous avons été l’un des artisans du processus démocratique en 1991. Des dix leaders qui ont joué un rôle important à cette époque, je suis le seul en lice aujourd’hui, et c’est dans l’intérêt de ces derniers que l’un d’entre nous conduise le pays à l’alternance », justifie Agboyibo. Par ailleurs, il réclame le retour de l’ascenseur pour avoir soutenu, jadis, le candidat de l’UFC. Reste que sa formation s’est un peu affaiblie, et n’a d’ailleurs obtenu que 4 sièges aux législatives de 2007. « Une sanction populaire, pour avoir participé au gouvernement en 2006 », reconnaît Agboyibo. Certains observateurs pensent que si la dynamique unitaire ne fonctionne pas, le CAR fera tout pour ravir sa deuxième place à l’UFC et devenir le poids lourd de l’opposition.

De son côté, l’UFC semble difficilement accepter l’éviction de son chef historique de la course à la présidentielle et reste silencieuse sur la question. En tout cas, fragilisée, elle aura bien du mal à imposer son poulain comme candidat unique de l’opposition.

Les démons de la division

La CDPA, elle, préfère s’interroger sur le pourquoi et le comment de cette candidature unique. Elle ne refuse pas pour autant de s’inscrire dans la dynamique unitaire, pour laquelle elle a toujours milité : « Lors de la présidentielle de 1993, nous nous sommes retirés et avons soutenu la candidature unique pour l’opposition d’Edem Kodjo. En 2003 et en 2005, nous avons également défendu le candidat de l’UFC. Notre slogan a toujours été « démocratie d’abord, multipartisme ensuite ». Quant à la légitimité historique, nous pourrions aussi la revendiquer », argumente Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson. Pour la CDPA, la question est donc moins « qui sera le candidat unique ? » que « pourquoi se mettre ensemble et sur quelle base gouverner après les élections ? ».

Un point de vue partagé par d’autres candidats, dont Kofi Yamgnane, qui proposent l’élaboration d’un programme commun de gouvernement, tout en militant pour la transparence du scrutin. L’opposition togolaise arrivera-t-elle à se mettre d’accord sur ces deux points d’ici au 13 février, date butoir pour maintenir ou retirer les candidatures ? Si, pour elle, l’objectif de ce scrutin est de parvenir à une véritable alternance au pouvoir, il lui faudra faire vite, savoir raison garder et en finir, une fois pour toutes, avec les démons de la division. Y parviendra-t-elle ? Rien n’est moins sûr.

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