22/01/2010 à 10h:40 Par Joséphine Dedet
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'L'Olympe des infortunes', de Yasmina Khadra, éditions Julliard, 232 pages, 18 euros "L'Olympe des infortunes", de Yasmina Khadra, éditions Julliard, 232 pages, 18 euros © Pablo Cabado/Agence Vu

L’Olympe des infortunes, le dernier roman de Yasmina Khadra, est une parabole de la comédie humaine.

Ce sont des « Horr ». Ils vivent « en marge de la société, des vaccins et des recensements, comme des hommes de la préhistoire ». Leur patrie ? Un terrain vague, coincé entre la mer et nulle part. Dans ce lieu improbable, impossible à situer dans l’espace et dans le temps, cette tribu de clochards se débat tant bien que mal avec la vie. Ach le Borgne, Junior, Pacha, Haroun, Aït Cetera et leurs compagnons ne possèdent rien. Et n’espèrent pas davantage, persuadés qu’il n’y a « ni miracle ni rédemption », que « s’il y avait une justice, ça se saurait » et que « l’argent est source de tous les malheurs ». Pour eux, « la vraie richesse est de ne rien attendre des autres ».

Évidemment, chacun interprète et applique ces principes selon son tempérament : teigneux ou résigné, faux cul ou affectueux, sociable ou renfermé. Parmi eux se distinguent Ach, le poète borgne, et Junior, le simplet, liés par une indéfectible amitié. « Tu es l’œil qui me manque, je suis la raison qui te fait défaut », lance le premier au second. Il veille sur son protégé, le surveille, même, comme du lait sur le feu, de peur qu’il ne succombe à la tentation et ne quitte le terrain vague pour la cité interdite : la ville, ce « colis piégé », ce « pays ennemi ». Et en effet le destin – qui prend, dans ce roman baroque, la forme d’une étrange créature – va bouleverser les certitudes d’Ach et jeter Junior sur un chemin pavé de bonnes intentions : l’enfer de la ville, où sévit la civilisation – celle de ces barbares que nous sommes, nous qui nous prétendons civilisés.

Art consommé de la fable

On l’a compris, L’Olympe des infortunes, le dernier roman de Yasmina Khadra, est une parabole de la comédie humaine : le bien, le mal, le sens de la vie, la vanité de la gloire, des désirs et des biens matériels, cette éternelle insatisfaction qui nous fait paraître l’herbe plus verte dans le pré du voisin. Des poncifs en apparence, mais que Khadra manie avec dextérité, tirant ces ficelles grosses comme des câbles avec un art consommé de la fable. Les images et les métaphores fusent, inattendues et poignantes. Parfois, leur accumulation tourne au charivari. Qu’importe : ces gesticulations tragiques d’hommes pantins décrits avec une truculence rabelaisienne nous touchent profondément, parce que ce sont notre monde et nos travers que l’écrivain nous lance à la tête, avec bonté, sagesse, mais sans ménagement.

Après Ce que le jour doit à la nuit, superbe fresque romanesque qui retraçait l’épopée de l’indépendance algérienne à travers une histoire d’amour impossible (plus de 425 000 exemplaires vendus), Yasmina Khadra parvient à nous raconter une histoire vieille comme le monde en la faisant passer pour neuve et en se renouvelant lui-même. Cela s’appelle le talent.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Africa 24 aux Etats-Unis

Article précédent :
Orange Money souffle sa première bougie

Réagir à cet article

Algérie

France - Algérie : et si on parlait (enfin) du futur ?

Tarik Ghezali est ingénieur de formation, auteur d'"Un rêve algérien" et de "Chronique d’un changement attendu" (mai 2012, éditions de l’Aube).[...]

Législatives algériennes : le FLN perd 13 sièges après examen des recours

Après examen des recours à la suite des législatives du 10 mai, le Conseil constitutionnel algérien a annoncé le nombre définitif des sièges des partis à[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Musique : Warda Al-Jazaïriya, la rose algérienne

Décédée au Caire à l'âge de 71 ans, la diva de la chanson arabe Warda Al-Jazaïriya a mené une vie marquée par l'exil. Portrait.[...]

Algérie Telecom : Azouaou Mehmel, du fil à détordre pour changer les mentalités

Le nouveau patron d'Algérie Télécom, Azouaou Mehmel, veut changer les mentalités au sein du groupe public algérien. Comme les sept PDG qui l'ont précédé en deux ans ?[...]

Algérie : une quinzaine de partis boycottent les travaux de l'Assemblée

Plusieurs partis politiques algériens se sont constitués, lundi 21 mai, en "Front politique pour la démocratie". Les factions politiques ont annoncé qu'elles rejettaient les résultat[...]

Festival de Cannes : Rachid Djaïdini présente "Rengaine" à la "Quinzaine des réalisateurs"

"Rengaine", premier long métrage du Français Rachid Djaïdani, est présenté lundi 21 mai à la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes. Il aura fallu neuf[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Abderrahmane Hadj-Nacer : "L'autorité n'a pas d'adresse"

Pour l'ancien gouverneur de la Banque centrale algérienne, l'opacité du « système » en place est telle qu'il échappe au contrôle de ses propres dirigeants. Au point que l'on[...]

L'Algérie pleure sa chanteuse Warda, enterrée au carré des moujahidine

L'Algérie a réservé un accueil solennel et rempli d'émotion à la dépouille de sa diva Warda Al-Jazaïriya, qui a été enterrée samedi au cimetière El-Alia[...]

Voir tous les dossiers