22/01/2010 à 12h:07 Par Christophe Le Bec
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Le Franco-camerounais Vincent le Guennou a fondé ECP avec Thomas Gibian Le Franco-camerounais Vincent le Guennou a fondé ECP avec Thomas Gibian © Vincent Fournier pour J.A

Présent dans de nombreux pays, à la tête d’un portefeuille diversifié, actif dans les grands groupes et les PME, et n’hésitant pas à être l’actionnaire majoritaire, le fonds poursuit sa stratégie singulière.

Avec 1,6 milliard de dollars levés, Emerging Capital Partners (ECP) est un poids lourd du capital-investissement en Afrique. Ses réussites emblématiques : des participations dans Orascom en Algérie, Ecobank, SIPH (Société internationale de plantations d’hévéas) en Côte d’Ivoire ou encore la compagnie de télécoms nigériane Starcomms. Des opérations dans lesquelles ECP a multiplié par trois ou quatre ses investissements entre son entrée et sa sortie du capital. En Afrique francophone, ECP est notamment actionnaire de Financial Bank et de l’assureur NSIA, et a pris le contrôle en novembre dernier de Finagestion, qui détient les activités de gestion d’eau et d’électricité en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Dirigé par l’Américain Thomas Gibian et le Franco-Camerounais Vincent Le Guennou, respectivement président et vice-président, tous deux issus du fonds américain EMP, la société qu’ils dirigent a adopté une stratégie originale qui diffère sensiblement de celle d’autres « grands » du secteur comme Helios, Actis ou Kingdom Zephyr.

ECP couvre pratiquement tout le continent, à l’exception de la Corne de l’Afrique et de la Centrafrique. Une spécificité par rapport à son rival Actis, qui préfère concentrer ses investissements dans les économies les plus importantes, comme l’Afrique du Sud et le Nigeria. Jean-Marc Savi de Tové, directeur du portefeuille Afrique de la banque de développement du Commonwealth CDC, qui siège aux conseils d’administration des fonds africains d’ECP, détaille les particularités du fonds basé à Tunis : « À la différence des autres grands fonds américains, ECP s’est organisé pour investir en dehors de la zone anglophone avec un management francophone très compétent originaire du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Il est aussi présent en zone lusophone. » « Cette couverture continentale nous protège et nous permet de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier, explique Vincent Le Guennou. Même si nos bureaux régionaux sont implantés dans les capitales économiques majeures (Tunis, Casablanca, Abidjan, Lagos, Douala et Johannesburg), nous n’hésitons pas à investir dans des pays plus instables comme le Tchad ou la Guinée. » Le vice-président d’ECP demande d’ailleurs à ses troupes une forte présence sur le terrain au contact des entreprises africaines pour dénicher les profils de managers intéressants et les entreprises prometteuses dans toutes les régions du continent.

Large palette de cibles

Autre caractéristique, une palette d’investissement très large. « Les autres grands fonds n’investissent pas au-dessous de 50 millions de dollars et ne ciblent que les grandes banques ou les compagnies de télécoms. ECP, pourtant l’un des acteurs majeurs du continent, cible des grandes sociétés, mais aussi des entreprises de taille moyenne, avec une fourchette d’investissement très large » (de 10 à 100 millions d’euros), explique Jean-Marc Savi de Tové. Revers de la médaille, un gestionnaire de fonds concurrent juge cependant que « certains investissements d’ECP dans des entreprises moyennes ont été surpayés ».

Si, historiquement, l’entreprise cofondée par Vincent le Guennou se focalisait sur les projets d’infrastructure, le fonds s’est aujourd’hui largement diversifié. Trois secteurs principaux retiennent l’attention du vice-président : « Nous regardons de très près la banque et l’assurance, où il y a des opérations de consolidation intéressantes, les ressources naturelles et les télécoms. Nous comptons continuer à investir dans le secteur financier en nous servant notamment de la Financial Bank (dont le holding est à 100 % détenu par ECP depuis mars dernier) comme plate-forme pour créer un grand groupe bancaire sous-régional. Nous comptons aussi faire de l’assureur NSIA, initialement ivoirien, un leader en Afrique de l’Ouest », ajoute-t-il.

 

 

Dans les télécoms, ECP recherche des sociétés innovantes plutôt que des compagnies de téléphonie mobile classiques : « Nous avons investi dans Wananchi [25 millions de dollars, NDLR]. Présente au Kenya et en Tanzanie, cette compagnie offre le triple play (Internet, téléphonie fixe et télévision) à ses clients en s’appuyant sur le développement des réseaux câblés sous-marins. »

Hormis ces trois secteurs prioritaires, celui des infrastructures n’a pas été abandonné pour autant, avec la récente prise de participation dans Finagestion. Vincent Le Guennou, qui connaît très bien l’entreprise, car il a été directeur du contrôle de gestion de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), filiale du groupe, explique que le domaine des utilities (gestion de réseaux pour les collectivités) « offre un couple risque-rendement intéressant ». Mais il justifie aussi l’investissement par des critères éthiques : « L’Afrique a besoin d’entreprises de gestion d’eau et d’électricité saines et bien gérées », insiste-t-il. Et rappelant à l’occasion les 15 % de capital qu’il détient déjà dans une autre entreprise du secteur, Veolia Water (Maroc).

Un échec dans les mines

À la différence de ses concurrents (Kingdom Zephyr…), ECP n’hésite pas à prendre des participations majoritaires dans les sociétés. Dans ce cas, elle installe une nouvelle équipe de managers, triée sur le volet, à l’instar de ce qu’elle a fait chez Financial Bank ou Finagestion. Et dans l’éventualité d’une participation minoritaire, « nous choisissons l’entreprise sur les qualités de ses dirigeants, qui doivent avoir un parcours professionnel irréprochable », prévient Vincent Le Guennou. Mais la réussite n’est pas toujours au rendez-vous, à l’image des résultats calamiteux de Central African Gold (CAG), une société minière qui compte le fonds comme actionnaire minoritaire et qui se trouve dans une situation critique. CAG, qui détient des mines au Mali, au Botswana et au Zimbabwe, a déjà dû céder une mine ghanéenne à l’un de ses principaux créanciers et envisage de se séparer de ses actifs maliens pour rembourser ses dettes. Interrogé sur le sujet, Vincent Le Guennou a seulement indiqué que des discussions majeures étaient en cours en vue d’une éventuelle fusion-acquisition. Mais sans préciser l’identité des partenaires approchés.

En 2010, le vice-président compte sur la confirmation du rebond de l’économie mondiale, bénéfique aussi au continent africain. « La reprise des cours des matières premières devrait se poursuivre. Nous suivrons avec intérêt le secteur financier, notamment au Nigeria, où les banques se restructurent. Nous regarderons avec attention des pays comme l’Algérie et la RD Congo, dans lesquels les fonds ont peu investi et qui possèdent des potentiels économiques extraordinaires, notamment en raison de leurs sous-sols. Dans le domaine des infrastructures, des projets intéressants sont à suivre, à l’exemple des autoroutes à péage. Enfin, nous pousserons aussi les compagnies dont nous sommes actionnaires, souvent basées dans les économies les plus importantes, à investir dans des pays plus petits comme le Rwanda, qui a entamé des réformes économiques importantes pour attirer les investisseurs. » Cette année encore, on entendra donc parler des « deals » d’ECP.

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