19/01/2010 à 11h:24 Par Fabienne Pompey
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Omar Farouk Abdul Mutallab : itinéraire d'un enfant gâté Omar Farouk Abdul Mutallab : itinéraire d'un enfant gâté © Ho New/Reuters

Le jour de Noël, le jeune Nigérian Omar Farouk Abdul Mutallab a tenté de faire exploser un avion à destination de Detroit, aux États-Unis. Inculpé, notamment pour tentative de meurtre, il risque de vingt à trente ans de prison. Retour sur le parcours d’un fils de bonne famille devenu kamikaze.

Son père est l’un des plus grands banquiers du Nigeria, sa famille est riche, il a fait des études d’ingénieur en Grande-Bretagne. Il a 23 ans depuis quelques jours, un visage encore poupin et la vie devant lui. Pourtant, en ce 25 décembre, jour de Noël, Omar Farouk Abdul Mutallab s’apprête à mourir. Il n’a pas peur, il est convaincu qu’il a gagné sa place au paradis.

Il est à bord d’un Airbus A330. L’avion, parti d’Amsterdam, commence sa descente sur la ville américaine de Detroit, dans le Michigan. Omar rejoint son siège, rang 19A. Il vient de passer vingt minutes dans les toilettes. Il se plaint à son voisin de « maux d’estomac » et remonte la couverture sur ses jambes.

Quelques minutes plus tard, une détonation, semblable à une explosion de pétards, retentit dans la cabine. C’est à ce moment que Jasper Schuringa remarque des flammes. Assis juste derrière, dans l’autre rangée de l’appareil, ce jeune cinéaste hollandais bondit par-dessus les sièges qui le séparent d’Omar Mutallab. Il se jette sur le jeune homme, qu’il met à terre. Des passagers arrivent avec une couverture puis un membre d’équipage déclenche un extincteur. Dans la cabine de l’avion, de la fumée, des cris, et un vent de panique.

Issu d'un milieu privilégié

Omar Mutallab est alors emmené vers la classe affaire où on lui enlève son pantalon pour vérifier s’il n’y a pas d’autres armes. Il est brûlé sévèrement aux jambes. « Il n’a pas réagi quand il a été maîtrisé, il regardait dans le vide », a raconté Jasper Schuringa.

S’il était parvenu à ses fins, Omar Mutallab aurait tué 278 passagers et 11 membres d’équipage. Sur sa jambe, il avait scotché de la penthrite, un explosif puissant, qu’il a tenté de déclencher à l’aide d’un produit, encore non identifié, stocké dans une seringue.

L’appareil atterrit quelques minutes après et Omar Mutallab est transféré, les mains liées, au centre médical de l’Université du Michigan pour des soins. Il est désormais emprisonné à Milan, toujours dans l’État du Michigan, où il sera jugé pour « avoir tenté de faire exploser un avion ».

Rien, a priori, ne destinait ce jeune homme de bonne famille à devenir un kamikaze. Son père Omarou Mutallab est un banquier de premier plan. Ancien ministre dans les années 1970, il a dirigé plusieurs établissements financiers dont le plus important du pays, la First Bank, qu’il a présidé de 1999 à décembre dernier. Il est riche et respecté. L’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, qui le connaît bien, le qualifie de « parfait gentleman ».

« Etudiant de rêve »

Il a deux épouses et seize enfants. Omar, le cadet, n’a jamais manqué de rien. Financièrement en tout cas. Car le portrait qui peu à peu émerge est celui d’un adolescent solitaire, en manque d’affection et de soutien familial.

Il a grandi à Kaduna, où les Mutallab possèdent une imposante villa, avant d’être envoyé à Lomé, dans la prestigieuse Bristish School, un établissement d’excellence qui coûte pas moins de 15 000 euros par an pour les élèves internes. Ses voisins, au Nigeria, comme ses professeurs à Lomé et ceux qui l’ont fréquenté pendant ces années-là, le décrivent comme un adolescent « humble » et discret, qui rejette la société de consommation et passe beaucoup de temps à la mosquée. Il est encore fan de football, mais décrétera quelques années plus tard que le sport n’est pas la voie pour se rapprocher d’Allah.

À Lomé, il est un élève appliqué et son professeur d’histoire Michael Rimmer le qualifie même « d’étudiant de rêve ». Il se souvient cependant, selon un témoignage recueilli par la presse britannique, que le jeune homme avait lors d’une discussion en classe au sujet de la destruction des Bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, défendu les talibans. Seul contre le reste de la classe qui les « voyait comme une bande d’allumés barbus ». À l’époque, l’enseignant met cela sur le compte de l’esprit de contradiction du jeune homme qui aurait joué « l’avocat du diable » pour alimenter le débat. 

Une grande solitude

Personne ne perçoit la détresse de cet étudiant brillant, « très poli et travailleur », qui sur un forum islamique sur Internet laisse pourtant des messages désespérés. « Je n’ai personne à qui parler, personne à qui demander conseil, personne pour me soutenir, je me sens déprimé et seul. Je ne sais pas quoi faire », écrit-il en février 2005, alors qu’il n’a pas encore 20 ans.

La même année, il dit « rêver de Djihad ». « J’imagine comment une grande guerre sainte pourrait se dérouler. Comment les musulmans pourraient l’emporter et régner sur le monde », écrit-il.

En septembre 2005, il part à Londres pour entamer une formation d’ingénieur mécanique. Dès la deuxième année, il est élu président de la « société islamique » de l’université. Il passe plus de temps à la mosquée qu’à ses études et il obtiendra son diplôme de justesse. Il loge alors seul dans un grand et luxueux appartement d’un quartier chic de Londres à dix minutes à pied de son université.

Selon les journaux britanniques, il a dès cette époque des contacts avec des musulmans extrémistes, nombreux en Grande-Bretagne, assitant à des conférences où les participants prônent la lutte armée. Ses proches ne lui connaissent pas de « petite amie », ni même d’activité extrascolaire autre que la fréquentation de la mosquée. C’est à Londres que sa pratique se radicalise.

Rupture familiale

En juin 2008, il demande un visa pour les États-Unis, où il s’est déjà rendu en 2004, et l’obtient sans problème. Il se rendra en août au Texas avec un visa à plusieurs entrées, valable jusqu’en juin 2010.

Après Londres, il décide de poursuivre ses études à Dubaï, pendant quelques mois, puis au Yémen. Il a déjà, en 2005, suivi un cours d’arabe à l’institut de langue de la capitale Saana. Son père réprouve ce choix et lui enjoint de retourner à Dubaï terminer sa formation. Il menace même de lui couper les vivres. Omar se contente de répondre qu’il n’a pas besoin d’aide.

Omarou Mutallab s’inquiète pour son cadet. Selon This Day, un quotidien nigérian, il aurait essayé de se rendre au Yémen pour récupérer son fils mais n’aurait pas obtenu de visa. Une autre version dit qu’il y aurait renoncé pensant l’entreprise trop incertaine.

En revanche, la famille Mutallab, qui ne s’est exprimée depuis le drame qu’à travers un communiqué écrit, confirme qu’Oumarou Mutallab a contacté en novembre à la fois l’ambassade des États-Unis au Nigeria et les services de renseignements de son propre pays pour les alerter sur les activités suspectes de son fils. Il aurait pris cette décision après avoir reçu un message d’Omar annonçant qu’il coupait tous les liens avec la famille. 

Des liens avec Al-Qaïda

On ignore ce qu’Omar fait exactement entre novembre et décembre. On retrouve sa trace le 16, à Accra au Ghana, où il achète et paie cash un billet à 2 831 dollars pour Detroit, via Lagos et Amsterdam. Il embarque le 24, avec un petit bagage de cabine, et passe moins d’une demi-heure au Nigeria. Acte isolé ou orchestré par d’autres ?

Au Yémen, le jeune homme était de moins en moins assidu et disparaissait même parfois pendant plusieurs jours. Il aurait, selon les Américains, été en contact avec Anwar al-Awlaki, un ancien imam, né aux États-Unis et vivant depuis 2007 au Yémen, et soupçonné de servir de recruteur pour Al-Qaïda.

Récupération ou réelle implication, l’organisation terroriste a revendiqué l’attentat manqué. Si ce n’était son inexpérience et sa maladresse, il serait parvenu à ses fins, et ce malgré tous les signes qui, reliés entre eux, auraient dû alerter les services de renseignements des États-Unis, et d’ailleurs. « Au vu de son parcours, écrit un analyste américain, cité par le Times britannique, il était pourtant quasiment aussi repérable que s’il avait porté un tee-shirt avec l’inscription “Je suis un terroriste”. » 

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