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03/02/2010 à 08:15
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A la sortie d'un collège à Mulhouse, dans l'est de la France, en octobre 2004 A la sortie d'un collège à Mulhouse, dans l'est de la France, en octobre 2004 © AFP

Le débat français sur le port du voile intégral a été diversement perçu sur le continent. S’il reste hexagonal pour les uns, il confirme, pour les autres, l’islamophobie rampante qui envahit l’Europe.

Lancé à l’initiative du parlementaire communiste André Gerin et encouragé par l’Élysée, le débat sur le niqab (la burqa est le terme maladroitement choisi, en France, pour désigner le voile islamique intégral) intéresse au-delà des frontières de l’Hexagone.

Maghrébins et Subsahariens suivent avec attention les développements de la polémique. Nombreux sont ceux qui y voient la preuve d’une montée de la xénophobie. « Après l’affaire de l’ADN et le débat sur l’identité nationale, la France confirme ses penchants racistes », s’insurge Hassiba, sociologue à Alger. Même son de cloche chez le journaliste mauritanien Abdel, qui s’interroge sur la hiérarchisation des priorités sociales en France. « En quoi l’interdiction de la burqa est-elle une urgence pour les Français ? » Son collègue Ahmed met « la peur de l’autre chez les Français » sur le compte des médias, qui « associent islam et ceinture d’explosifs ».

En Afrique subsaharienne, où le voile intégral est plutôt rare dans la rue, on est nettement plus nuancé. « Pourquoi en vouloir à Sarkozy, soupire Cherif Diallo, musulman malien dont la seconde épouse est voilée, quand le recteur de la mosquée d’Al-Azhar, Sayed Tantaoui, vient d’émettre une fatwa interdisant le port du niqab dans les universités et établissements scolaires en Égypte, qui, contrairement à la France, est un pays majoritairement musulman ? » La démarche française ne provoque donc pas toujours l’animosité en Afrique.

« Il est indéniable que le port de la burqa est un acte provocateur, même dans une société musulmane, assure Aminatou Ouédraougo, cadre au sein d’un groupe minier opérant au Burkina. Il est perçu comme le signe extérieur d’une pensée djihadiste, donc potentiellement dangereuse. » Nadia, une Algéroise, va plus loin : « Si l’Algérie n’avait pas fait l’économie d’un tel débat, à la fin des années 1980, cela nous aurait évité bien des épreuves. » En Tunisie, en revanche, on semble s’en laver les mains : « Cela ne nous concerne en rien. La burqa n’a jamais fait partie de nos habitudes vestimentaires. »

En fait, les inquiétudes de l’opinion africaine sont d’ordre sémantique. Le flou entourant l’objet du débat nourrit l’hostilité à son égard. La burqa désigne le voile que portent les Afghanes – et plus précisément les Pachtounes. Généralement de couleur bleue, parfois marron, ce vêtement recouvre la totalité du corps de la femme, si ce n’est au niveau des yeux où une sorte de « grillage » laisse filtrer le regard. Le débat français ne porte donc pas sur la burqa, mais sur le niqab. C’est-à-dire sur le voile intégral venu d’Arabie saoudite et du Yémen, et qui s’est imposé en Haute-Égypte.

Pratique marginale

Les pays africains musulmans, ou majoritairement musulmans, sont de tradition malékite, du nom d’une école sunnite modérée qui n’impose pas le voile intégral. Celles qui portent le niqab sont influencées par la pensée wahhabite saoudienne et l’école ­tabligh, originaire du Pakistan et d’Afghanistan. Cette pratique est marginale, hormis dans certains pays comme l’Algérie et le Nigeria, où le rigorisme monte en puissance.

Cela étant, une femme ne peut entrer dans une mosquée si ses formes et ses cheveux sont visibles. En d’autres termes : elle doit porter un voile, mais pas nécessairement se masquer le visage. C’est pourquoi Mamadou Omar N’Diaye, patron de presse à Dakar, se dit « plus interpellé par l’interdiction des minarets en Suisse que par la polémique sur la burqa en France ».Au fond, les musulmans d’Afrique redoutent que l’interdiction du niqab vise à empêcher les musulmanes de pratiquer leur religion. « L’Occident a du mal à admettre que la laïcité consiste à accepter l’autre, affirme Alpha-Abdoulaye Diallo, directeur du journal Le Populaire, à Conakry. Ce débat n’a d’autre finalité que de stigmatiser les communautés musulmanes vivant en Europe. »

« Attiser la haine »

Conséquence : l’image du président Sarkozy a été sérieusement écornée par ce débat. Et, comme pour mieux retourner le couteau dans la plaie, certains comparent son discours à celui de Barack Obama. « Le président américain est peut-être le chef d’un État qui mène une guerre dans deux pays musulmans, relève Djihane Saadaoui, militante des droits de l’homme en Égypte, mais lors de son discours du Caire il a réaffirmé ses convictions quant à la liberté de choix des femmes. En France, pays qui a refusé l’invasion de l’Irak, on veut restreindre cette liberté. »

Aux États-Unis, d’ailleurs, on ne se prive pas de critiquer l’attitude du gouvernement et des élus français. Au lendemain de la publication du rapport parlementaire préconisant l’adoption d’une loi interdisant la burqa, l’éditorial du prestigieux New York Times était consacré à cette question. Accusant Sarkozy de jeter de l’huile sur le feu, le quotidien new-yorkais déplorait une démarche qui allait, selon lui, réjouir les talibans et les militants d’Al-Qaïda. Et l’éditorialiste d’appeler « le reste du monde à manifester sa répugnance » et, dénonçant l’utilisation de la polémique à des fins électoralistes, de conclure sur cette formule assassine : « Aucun calcul politique ne justifie que l’on attise la haine. »

En Tunisie, on préfère en rire. « J’attends avec impatience de voir comment vont se comporter les policiers qui seront chargés d’appliquer la loi contre le port de la burqa. Notamment ceux qui sont en poste dans les quartiers chic de Paris, où de riches saoudiennes qui portent le niqab viennent en pèlerinage dépenser des fortunes dans les palaces et les magasins de luxe, à longueur d’année », ironise un journaliste tunisois.

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