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13/01/2010 à 09:08
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Les centrales solaires thermiques, comme ici en Espagne, sont l'une des pistes envisagées Les centrales solaires thermiques, comme ici en Espagne, sont l'une des pistes envisagées © Markel Redondo/Fédéphoto

Les promoteurs du vaste projet de connexion de centrales solaires dans le désert du Sahara cherchent la technologie la plus adaptée et tentent de convaincre des partenaires d’Afrique du Nord.

Échec politique à l’échelle planétaire, Copenhague aura été un coup marketing inespéré pour le soleil du Sahara. En assurant la promotion de la réduction des émissions de gaz carbonique (CO2), le sommet sur le climat a désigné comme porteurs d’avenir les projets de centrales solaires thermiques tel celui de Desertec. Certes, tout n’est pas gagné pour le consortium de douze groupes industriels et financiers, surtout allemands, qui a l’ambitieux dessein de couvrir, à partir de l’Afrique du Nord, 15 % des besoins en électricité de l’Europe d’ici à 2050. Or, depuis la création, à la fin d’octobre, de la Desertec Industrial Initiative (DII), société chargée de l’étude de faisabilité, et la nomination à sa tête du Néerlandais Paul Van Son, plus rien ne transpire de ce projet estimé à 400 milliards d’euros d’investissement.

Les choix restent incertains en ­matière de technologies. Les partenaires s’interrogent sur le type de centrale solaire thermique à retenir. Les membres du consortium n’ont d’expérience grandeur nature qu’avec des centrales solaires à paraboles. Ce sont ces vastes champs où s’alignent à perte de vue des rangées de miroirs (paraboles) qui reflètent la chaleur du soleil et chauffent un liquide (huile ou eau) dont la vapeur produite fera tourner des turbines. Cette technique est éprouvée et commercialisée depuis près de vingt ans déjà dans le désert californien, dans le Nevada ou encore en Espagne.

Cavalier seul algérien

Toutefois, les partenaires étudient la possibilité de recourir à des ­centrales solaires à miroirs de Fresnel. Elles sont constituées de plus petites paraboles modulables qui s’assemblent à volonté comme un jeu de Lego. Ou bien ­encore le principe de la tour solaire, un édifice enveloppé de paraboles, une solution idéale pour les terrains accidentés. « Nous suivons de très près la technologie de la tour solaire, qui n’est actuellement utilisée que dans de ­petites centrales de 10 à 20 mégawatts en Espagne », expose Lars Schnatbaum-Laumann, directeur de la technologie de Solar Millennium. Cette entreprise allemande, partenaire de la DII, compte trois réalisations en Espagne et elle a fourni récemment à Kuraymat, au sud du Caire, une centrale hybride (solaire-gaz) de 150 mégawatts.

Du choix technologique dépendra l’efficacité des centrales, donc la rentabilité du projet. Une rentabilité qui est loin d’être assurée. Une centrale solaire thermique de 50 mégawatts coûte 300 millions d’euros, et le prix du kilowatt solaire (20 centimes d’euro) est trois fois plus élevé que l’équivalent en énergies conventionnelles. 

La DII s’est fixé un délai de trois ans pour déterminer les sites les plus propices et définir la technologie afin de lancer les appels d’offres. Trois ans aussi pour emporter l’adhésion de pays ­d’Afrique du Nord. Rien ne semble gagné. Paradoxalement, l’Algérie est le seul pays ­d’Afrique à compter une entreprise – Cevital – dans le consortium, mais les autorités sont plutôt tentées de faire cavalier seul. C’est avec des propos peu engageants que Chakib Khelil, le ­ministre de l’Énergie et des Mines algérien, a accueilli le projet : « Nous ne voulons pas que les étrangers viennent installer leurs centrales chez nous et nous demandent d’acheter de l’électricité à leur prix. » L’opérateur public énergétique Sonelgaz vient d’ailleurs de dégager 100 millions de dollars pour la construction d’une usine de panneaux solaires d’ici à 2012. Une façon pour l’Algérie de garantir son indépendance. Mais la position ­algérienne pourrait s’adoucir. Issad Rebrab, le patron de Cevital, a écrit à Chakib Khelil pour plaider la cause de Desertec : « C’est une grande opportunité pour notre pays. Nous avons exprimé notre souhait que cette opération se fasse dans l’intérêt de l’Algérie. Nous pouvons être demain à l’avant-garde dans la production d’énergie renouvelable. » 

Situation de monopole

Outre-Rhin également, le projet ne fait pas l’unanimité en dépit de la présence de neuf entreprises allemandes sur douze (dont les électriciens E.ON et RWE, mais aussi Siemens, Deutsche Bank ou l’assureur Munich Re) dans le consortium. « Desertec conduira à une situation de monopole énergétique qui exclura les populations locales. Si les groupes d’investisseurs se disent satisfaits d’un taux de rentabilité prévisionnel de 6 % pour Desertec, ils ne le seront jamais en pratique. Aucun électricien européen ne se contenterait d’un tel taux aujourd’hui », craint Hermann Scheer, député social-démocrate et président d’Eurosolar, la fédération européenne pour la promotion d’une production énergétique décentralisée. « Les pays d’Afrique du Nord pourraient disposer de leurs propres centrales solaires pour répondre à leurs besoins. Quand on pense que le Maroc, avec le taux d’ensoleillement qui est le sien, dépense 40 % de ses devises en importation d’énergie ! S’il produisait son électricité, il pourrait même devenir exportateur », estime-t-il.

« Le soleil du Sahara ne doit pas être importé en Europe, Desertec doit servir en priorité à l’approvisionnement des pays où seront installées ces centrales », renchérit Matthias Ruchser, porte-parole de l’Institut allemand pour le développement et expert dans l’énergie. Cela n’exclut pas la contribution de l’Europe. Selon lui, « l’Union européenne pourrait apporter son soutien à la mise en place d’un approvisionnement collectif de l’espace méditerranéen dans le cadre du “Plan solaire méditerranéen” de l’Union pour la Méditerranée [UPM] ».

Reste que les partenaires de Desertec sont des groupes bien décidés à gagner de l’argent. Pour rendre le prix de l’électricité solaire compétitif, différents modèles pourraient être envisagés comme la vente à l’échelle internationale de certificats en émission de CO2. Pour ne pas rester un mirage sur le papier glacé des plaquettes d’investisseurs, Desertec doit gagner l’implication des acteurs locaux. Et d’autant plus que les membres de Desertec n’investiront que dans les pays offrant les conditions de sécurité et de stabilité requises. Le Maroc, la Tunisie, la Libye et l’Égypte sont sur les rangs. Mais, pour l’heure, les contacts se multiplient surtout entre Desertec et les autorités tunisiennes et égyptiennes. Et dans une moindre mesure avec le Maroc. 

Mobilisation africaine

Abderrahim Triki, secrétaire d’État tunisien en charge de la Coopération internationale et de l’Investissement extérieur, a récemment rencontré Paul Van Son à Munich. Preuve que le projet intéresse aussi les acteurs locaux, la fondation Desertec compte parmi ses membres de la première heure le Tunisien Miled Mouldi, patron d’Ulysoft, et l’Égyptien Hani el-Nokrashy, ingénieur consultant spécialisé dans l’énergie solaire. À en croire ce dernier, le cercle pourrait rapidement s’élargir : « Deux industriels égyptiens, un fabricant de ciment et un industriel de l’agroalimentaire s’intéressent de très près au projet, dont ils pourraient devenir clients. Ils ont besoin d’un approvisionnement fiable en électricité, ce que ne leur garantit pas l’éolien. » Hani el-Nokrashy, qui dispose d’un bureau d’études au Caire et à Hambourg, fonde par ailleurs de grands espoirs sur les projets de dessalement que rendra possibles l’énergie fournie par le réseau de centrales thermiques.

« Il importe désormais de promouvoir Desertec au niveau officiel, mais aussi universitaire et scientifique. Nous ne devons pas rester spectateurs, il nous faut décliner le concept à notre réalité, nos projets propres et nos besoins », lance Miled Mouldi.

L’approvisionnement énergétique, clé du développement, doit inclure les énergies renouvelables, devenues incontournables. La balle est dans le camp des pays d’Afrique du Nord.

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