05/01/2010 à 13h:49 Par Alain Faujas
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Déforestation sur l'île de Sulawesi, en Indonésie Déforestation sur l'île de Sulawesi, en Indonésie © Ysuf Ahmad/Reuters

L’accord conclu à Copenhague le 19 décembre est une déception : il se borne à aligner belles promesses et déclarations d’intention. Mais il comporte aussi un certain nombre d’éléments encourageants.

Le sommet qui a réuni 193 États à Copenhague (Danemark) s’est achevé, le 19 décembre, par l’adoption, à l’arraché, d’un texte destiné à lutter contre le réchauffement climatique, mais si peu convaincant que de nombreuses voix se sont élevées, dans le monde entier, pour parler de « déception » et « d’échec ». Peut-être un peu vite.

Pour Lumumba Dia-Ping, le délégué soudanais, dont le pays présidait le « G77 » (133 pays en développement), cet accord est « le pire de l’Histoire ». La Bolivie, Cuba, le Venezuela et les quarante-trois petits pays insulaires que la montée des océans menace d’engloutir sont évidemment sur la même longueur d’onde.

Et ne parlons pas des organisations non gouvernementales (ONG) qui, jusqu’à la dernière minute, avaient espéré la constitution d’une « sainte alliance » contre les émissions de gaz à effet de serre : elles ne décolèrent pas contre l’égoïsme des grandes ­puissances, qui s’y sont refusées. L’écologiste Nicolas Hulot, par exemple, juge que le résultat de la conférence de Copenhague est « affligeant et consternant ». Le Sud-Africain Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace, est « profondément déçu » de l’absence de volontarisme de la communauté internationale. Quant au climatologue Hervé Le Treut, il redoute « la démobilisation et l’effilochage des opinions publiques » qui pourrait résulter d’un accord aussi médiocre.

Mais que dit exactement ce texte de trois pages signé par une trentaine de pays, dont les États-Unis, la Chine, ­l’Inde, l’Afrique du Sud et les Européens, puis adopté le 19 décembre selon une procédure spéciale par la conférence plénière de la Convention climat de l’ONU ?

Suivant l’avis des scientifiques, les signataires déclarent que la hausse de la température de la Terre « doit être limitée à 2 °C d’ici à 2050 » par rapport à l’ère préindustrielle, et s’engagent à « renforcer [leurs] actions de coopération à long terme afin de combattre le changement climatique ».

D’ici au 31 janvier, les pays industrialisés communiqueront leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020, tandis que les pays en développement préciseront tous les deux ans les actions qu’ils comptent mener pour limiter les leurs. Les engagements des pays industrialisés devront être « mesurables, ­notifiables et vérifiables », de même que les politiques des pays qui recevront une aide financière pour améliorer leur bilan carbone.

Priorité aux plus vulnérables

Trente milliards de dollars sur trois ans (2010-2012) seront versés par les pays riches aux pays en développement contraints de s’adapter aux conséquences du réchauffement. Cette aide, que les pays industrialisés s’engagent à porter à 100 milliards de dollars par an de 2013 à 2020, ira en priorité aux plus vulnérables, les pays africains et insulaires en premier lieu. Un « Fonds vert climat » sera créé afin d’aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, en luttant contre la déforestation.

Pour transformer en traité les avancées de Copenhague, l’ONU organisera une nouvelle conférence, à Mexico, du 29 novembre au 10 décembre 2010. Ce nouveau sommet sera préparé à Bonn (Allemagne), du 31 mai au 11 juin, dans le cadre de la conférence semestrielle de l’ONU sur le climat.

Catastrophes annoncées

Bien entendu, le texte comporte de nombreuses faiblesses. Il ne dit pas comment contenir dans la limite de 2 °C l’élévation des températures et ne fixe pas d’objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre, que les climatologues voudraient, pour leur part, diminuer de 25 % à 40 % en 2020 par rapport à 1990, et de 50 % en 2050. Il ne donne pas davantage d’indications sur les milliards de dollars promis aux pays en développement – et notamment concernant la taxe verte sur les transactions financières chère au président Nicolas Sarkozy. Enfin, il ne prévoit pas de surveillance effective des résultats obtenus dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Et donc pas de contraintes fortes à l’encontre des deux plus grands pollueurs de la planète : la Chine et les États-Unis.

Autrement dit, le texte se contente de formuler de belles promesses et des déclarations d’intention, dont le caractère vague augure leur inefficacité et fait craindre la poursuite de la hausse de la température moyenne du globe au-delà de 2 °C. Avec son cortège de catastrophes annoncées : multiplication des cyclones dans les Caraïbes et l’océan Indien ; généralisation de canicules comparables à celle qui, en 2003 en France, fit treize mille morts en quelques jours ; fonte des glaciers et des calottes polaires entraînant la montée du niveau des mers et l’engloutissement d’îles et de côtes où vivent des millions de personnes, etc.

Pourtant, au-delà de la déception compréhensible des Européens et des Africains, l’accord de ­Copenhague comporte des éléments encourageants. Ainsi, à l’opposé de ce que souhaitait l’Arabie saoudite, adepte du « négationnisme environnemental » dont George W. Bush s’était fait une spécialité, les autres pays ont reconnu que l’élévation des températures était imputable à l’homme. Et donc susceptible d’être corrigée par lui.

Mieux, comme l’a souligné Connie Hedegaard, la présidente danoise de la conférence de Copenhague, les pays émergents ont pour la première fois « admis qu’ils ont une coresponsabilité », alors que, jusqu’ici, ils imputaient le réchauffement aux seuls pays développés. La Chine a même accepté de diviser par deux, à l’horizon 2020, ses émissions de CO2 par unité de produit intérieur brut, mesure relative certes, mais qui suppose un réel effort.

Sans doute était-il utopique d’espérer convaincre, en deux semaines, 193 États de sacrifier leur croissance sur l’autel de l’environnement mondial. Convaincu de la nécessité de se soucier du climat, le président Barack Obama fait face à une opinion américaine plus que réticente à l’égard d’un changement des comportements collectifs, qui, à en croire les lobbies de l’énergie, menacerait 2,5 millions d’emplois. À l’évidence, il n’est pas prêt à se lancer dans ce nouveau combat, alors qu’il a déjà fort à faire pour réformer le sys­tème de santé et les douteuses pratiques des institutions financières.

Il ne faut pas méconnaître la portée des déclarations favorables à l’accord de Copenhague qui se sont multipliées en Asie. « Une conclusion ­raisonnable », a par exemple estimé Cheikh Hasina, le Premier ministre du Bangladesh. « Des résultats positifs », a enchéri le président indonésien, ­Susilo Bambang Yudhoyono. Et si Obama était dans le vrai lorsqu’il juge que les progrès enregistrés sont « insuffisants », mais qu’il faut les considérer non « comme une fin, mais comme un début » ?

La complexité d’une négociation réunissant 193 États laisse augurer pour l’année prochaine une nou­velle forme de discussion que Nicolas Sarkozy a inaugurée en réunissant – au grand dam des autres pays – les chefs d’État et de gouvernement qui comptent. À savoir l’Union ­européenne, ­l’Allemagne, le Royaume-­Uni, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil. Pour l’instant, il n’est pas parvenu à les forcer à plus d’ambition environnementale, mais tout espoir n’est peut-être pas perdu.

La technique de négociation en ­cercle restreint est déjà utilisée au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où quelques « champions », et pas forcément des grandes puissances, représentent les intérêts de plusieurs dizaines de pays. Elle est la seule façon d’éviter l’impuissance du système onusien, qui, comme l’on sait, requiert l’unanimité. La seule façon, aussi, de se rapprocher vaille que vaille d’un gouvernement mondial sans lequel il sera difficile d’amener l’humanité à plus de sagesse ­collective. 

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