18/01/2010 à 09h:08 Par Nina Hubinet, au Caire
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Usine de Nile Textile Group, dans la zone franche de Port-Saïd Usine de Nile Textile Group, dans la zone franche de Port-Saïd © Nina Hubinet

Attirées par un environnement idéal, près d’un millier d’entreprises chinoises ont délocalisé leur production sur les rives du Nil. Et ce n’est qu’un début.

« Sois un exemple, travaille de ton mieux. » Le conseil est affiché bien en vue, en arabe et en chinois, dans la salle principale de l’usine du Nile Textile Group. Les ouvriers égyptiens, hommes et ­femmes, sont ­penchés sur leurs ­machines à coudre, tandis que de jeunes Chinoises ­contrôlent la qualité du travail par-dessus leur épaule. Dans le brouhaha des ­machines, l’absence de langue commune rend la communication un peu plus difficile. Mais avec les ­quelques mots d’arabe qu’ils ont appris, et beaucoup de ­gestes, les contremaîtres chinois parviennent à se faire comprendre. « Nous avons aussi une traductrice qui vient ­quelques heures chaque jour », assure le manager égyptien de l’usine, Mansour al-Saïd.

Installée depuis dix ans dans la zone franche de Port-Saïd, l’entreprise chinoise Nile Textile Group est florissante. Son carnet de ­commandes est plein, les demandes émanant principalement de clients américains. Ses six cents employés, dont 20 % sont chinois, ne sont pas près de se retrouver au chômage. Alors que Pékin a annoncé, lors du Forum Chine-­Afrique, les 8 et 9 novembre à Charm el-Cheikh, une nouvelle moisson d’investissements pour le continent, cette usine illustre la volonté chinoise de délocaliser une partie de sa ­production industrielle en Afrique du Nord.

Prime à la productivité

L’histoire est d’abord ­individuelle : en 1999, Li Jinglin, originaire du Jiangsu, l’une des principales régions textiles de Chine, s’installe en ­Égypte et crée le Nile Textile Group. À ­l’époque, le textile chinois pâtit de la politique américaine et européenne des quotas. En Égypte, en ­revanche, la nouvelle entreprise jouit de nombreux avantages. « L’énergie est très bon marché ici, rappelle Ahmed Zoheir, chargé des relations avec les investisseurs étrangers au sein de l’Autorité générale (égyptienne) pour l’investissement. Et il ne faut que quelques jours pour acheminer la marchandise aux États-Unis, alors que cela prend plus de deux semaines depuis la Chine. »

Au-delà des gains réalisés sur le coût du transport, l’entreprise ­chinoise profite des accords commerciaux passés par l’Égypte avec les États-Unis ou l’Europe. Même aujourd’hui, alors que le système des quotas a été supprimé, « il est beaucoup plus facile d’exporter vers les pays occidentaux depuis l’Égypte », souligne ­Mohamed Abdel Samih, un juriste chargé des démarches ­administratives de ­l’entreprise chinoise. D’autre part, le Nile Textile Group étant situé dans une zone ­franche, il n’a pas à payer de droits de douane à l’État égyptien pour ­exporter ses marchandises ou ­importer des matières ­premières. Cerise sur le gâteau, la main-d’œuvre ­égyptienne est moins chère qu’en Chine.

Dans la région du Jiangsu, un ouvrier touche autour de 1 500 yuans (153 euros) par mois, tandis que le salaire moyen des employés égyptiens de l’usine de Port-Saïd s’élève à 800 livres (100 euros). Ces derniers semblent d’ailleurs plutôt satisfaits de leur sort et apprécient le système de prime à la productivité instauré par les Chinois. « Dans cette usine, si tu travailles bien, tu gagnes plus, alors que, dans les autres usines de textile, les salaires sont fixes », explique une employée, Oumaïma Shorbal, 17 ans. Quant au fossé culturel, il semble moins insurmontable que prévu. « On est devenus amis avec les Chinois : on les invite aux mariages, les ­femmes nous parlent de leur vie en Chine », assure Leïla Ali, la quarantaine, qui travaille dans cette usine depuis huit ans.

Zone économique spéciale

L’usine de Port-Saïd est loin d’être une exception : 953 entreprises chinoises sont déjà ­présentes dans les zones franches ­égyptiennes. Un chiffre appelé à augmenter rapidement : lors du forum de Charm el-Cheikh, les dirigeants des deux pays ont annoncé la création d’une « zone économique spéciale » pour les entreprises chinoises à Ayn Sukhna, dans le golfe de Suez, d’ici à 2011. « Quelque 180 ­entreprises chinoises, des secteurs textile, automobile et informatique notamment, doivent s’y installer et créer pas moins de 40 000 emplois », se félicite Ahmed Amin, vice-président de l’Autorité générale pour la zone économique du nord-ouest du golfe de Suez. « L’Égypte est un pays important pour les Chinois, notamment parce qu’elle constitue une porte d’entrée dans le jeu diplomatique au Proche-Orient, auquel la Chine tente, petit à petit, de prendre part », analyse Michel Beuret, coauteur avec Serge Michel et Paolo Woods (photographe) de La Chinafrique (Grasset, juin 2008). Les échanges entre ces deux pays de culture millénaire ne font donc que commencer. 

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