15/12/2009 à 16h:04 Par Heba Saleh. Financial Times et Jeune Afrique 2009
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Mohammed el-Baradei, ex-patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique Mohammed el-Baradei, ex-patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique © J.Paul Guilloteau/Express-Rea

Depuis qu’il a évoqué sa possible candidature à l’élection présidentielle de 2011, l’ex-directeur général de l’AIEA est la cible d’attaques féroces de la part de la presse gouvernementale.

Il y a quelques semaines encore, les médias d’État égyptiens considéraient Mohamed el-Baradei, Prix Nobel de la paix et jusqu’à il y a peu chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), comme l’une des gloires du pays. Il était perçu comme un homme qui ne craignait pas de dire leurs quatre vérités aux puissants, tenant tête, en 2003, aux États-Unis, qui prétendaient que l’Irak développait en secret un programme d’armement nucléaire. Mais l’ancien diplomate égyptien est désormais la cible d’attaques féroces de la part de la presse officielle depuis que son nom est évoqué comme une candidature crédible à la présidentielle de 2011. Mieux, il vient lui-même de déclarer qu’il se présenterait si un amendement de la Constitution était adopté permettant à tout Égyptien de briguer la présidence et si le scrutin était organisé par une commission réellement indépendante supervisée par des observateurs internationaux.

Oussama Saraya, rédacteur en chef d’Al-Ahram, le principal organe gouvernemental, a accusé Baradei « d’avoir une dent contre son pays » et de représenter des intérêts étrangers « opposés à l’expérience réformatrice égyptienne ». Le rédacteur en chef d’un autre journal d’État a affirmé que Baradei n’avait pas défendu les intérêts égyptiens et arabes à l’AIEA, et laissé entendre qu’il avait aidé les États-Unis à envahir l’Irak dans le but de s’assurer un autre mandat à la tête de l’agence onusienne. On rapporte également les propos du ministre de l’Enseignement supérieur, Mofid Chehab, qui aurait déclaré que Baradei avait « tort » d’envisager d’être candidat à la présidentielle à cause de son absence prolongée du pays et, partant, de sa faible expérience de la vie politique.

« Je pense que ces attaques sont une sorte de frappe préventive, explique, quant à lui, Amr al-Chobaki, analyste politique au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, au Caire. Baradei est non seulement une personnalité internationale reconnue mais aussi un fils de l’État égyptien qui a travaillé pour les Affaires étrangères. Et cela dérange, car il représente une alternative rationnelle et modérée. »

La controverse autour de Baradei intervient au moment où le débat sur la succession de Hosni Moubarak, 81 ans, fait rage. Bien que le président n’envisage pas de démissionner, le sentiment dominant est que le pays est en période de transition. Les législatives de 2010 et le scrutin présidentiel de 2011 vont dessiner de façon décisive les contours du futur immédiat de l’Égypte. Moubarak n’a jamais nommé de vice-président, et de nombreux Égyptiens pensent que l’on prépare son plus jeune fils, Gamal, à lui succéder. Gamal Moubarak, qui dirige un puissant organe d’orientation politique au sein du National Democratic Party (NDP, au pouvoir), pourrait alors être investi par le parti.

La Constitution énonce des critères d’éligibilité stricts pour les candidats indépendants qui ne sont affiliés à aucun des partis représentés au Parlement. Ils doivent notamment obtenir le parrainage de deux cent cinquante élus. Un obstacle quasi infranchissable visant à limiter les candidatures à celles des dirigeants de partis légaux – politiquement faibles – que le candidat du NDP n’aura aucune peine à battre.

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