07/12/2009 à 14h:21 Par Alain Faujas, envoyé spécial à Genève
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Manifestants anti-OMC à Genève, le 28 novembre Manifestants anti-OMC à Genève, le 28 novembre © Fabrice Coffrini/AFP

Pascal Lamy, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a une fois de plus perdu son pari : les négociations sur la libéralisation du commerce dans le cadre du cycle de Doha ne devraient pas reprendre de sitôt. Le 2 décembre, à l’issue de la 7e conférence ministérielle de son organisation, qui réunissait à Genève 3 000 délégués de 153 pays et 56 observateurs, il a reconnu que les « divergences » entre les États membres étaient trop nombreuses. Et s’est contenté d’annoncer qu’il vérifierait avant la fin du mois de mars prochain si une conclusion de ces négociations, ouvertes en 2001 et paralysées depuis longtemps, était envisageable d’ici à la fin de l’année. Au grand dam des pays en développement, la passivité américaine l’a emporté sur l’activisme brésilien.

La récession a bouleversé la donne au sein de l’organisation. Naguère, les pays émergents rechignaient à ouvrir leurs frontières, arguant qu’ils devaient protéger leurs agriculteurs et leurs industries ­naissantes de la concurrence des produits des pays riches. En juillet 2008, par exemple, l’Inde avait fait capoter les négociations en réclamant de solides clauses de sauvegarde pour son agriculture.

Volontarisme brésilien

Aujourd’hui, au contraire, les pays en développement sont convaincus que leur sortie de crise dépend de la hausse de leurs exportations et que leurs produits sont devenus plus compétitifs. Ils sont donc prêts à abaisser leurs barrières douanières et à assouplir leurs quotas d’importation. À Genève, Celso Amorim, le ministre brésilien des Affaires étrangères, a fait preuve de beaucoup de volontarisme, annonçant, de concert avec l’Argentine et l’Afrique du Sud, la signature de plusieurs accords régionaux qui permettront aux marchandises de circuler plus facilement entre les pays du Sud.

Les États-Unis, en revanche, ne sont plus le moteur des négociations. Le président Obama se consacre à sa laborieuse réforme du système de santé et à l’adoption d’une politique de lutte contre le réchauffement climatique, qui suscitent toutes deux de vives oppositions au Congrès, à Washington. Il ne veut pas exaspérer davantage les sénateurs et les représentants démocrates, hostiles à de nouvelles concessions douanières à la Chine, l’Inde ou le ­Brésil, dont les produits, estiment-ils, envahissent le marché américain. D’autant que les élections législa­tives de ­novembre 2010 s’annoncent difficiles pour eux…

Désastreuses subventions

La diminution des subventions à l’agriculture en général et au coton américain en particulier n’est donc pas à l’ordre du jour, en dépit des condamnations de l’organe de règlement des différends de l’OMC et des plaintes du C4 (Burkina, Bénin, Mali, Tchad). Le 1er décembre, ce groupe de pays a invité les Américains à venir mesurer sur place l’impact socialement désastreux des subventions qu’ils octroient à leurs « cotonculteurs » (3 milliards de dollars).

L’échec de la relance des négociations a été patent dès l’ouverture de la conférence, le 30 novembre, lorsque Ron Kirk, le représentant américain pour le commerce, revenant sur les concessions faites par son pays en 2008, a sommé les pays en développement de fournir des efforts supplémentaires. « Nous ne pouvons ouvrir davantage nos marchés, ce n’est pas raisonnable », a aussitôt rétorqué Amorim, soutenu par Anand Sharma, le ministre indien du Commerce. « Le cycle de Doha est paralysé pour toute l’année 2010 », conclut un diplomate occidental.

Ne reste plus aux pays du Sud qu’à s’assurer que les promesses de soutien à leurs exportations formulées à Genève par les pays industrialisés ne sont pas seulement de ­belles paroles destinées à faire oublier la renaissance d’un protectionnisme occidental.

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