07/12/2009 à 14h:19 Par Marianne Meunier
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Umaru Yar'Adua avec le président de la Fifa, à Abuja, le 15 novembre Umaru Yar'Adua avec le président de la Fifa, à Abuja, le 15 novembre © Emmanuel Wole/AFP

Un pays malade dirigé par un président malade. Le 4 décembre, Umaru Yar’Adua, le chef de l’État nigérian, n’était toujours pas rentré d’Arabie saoudite. Il ne s’y était pas rendu pour le pèlerinage (hadj). Depuis le 23 novembre, il est soigné à l’hôpital Roi-Fayçal, à Djeddah, pour une péricardite aiguë, une inflammation de la membrane qui entoure le cœur.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique (près de 150 millions d’habitants) et premier producteur d’or noir du continent, souffre déjà de mille maux : affrontements entre chrétiens et musulmans, rébellions dans la région pétrolifère du delta du Niger (Sud), pauvreté et corruption généralisées.

Quant à la santé de Yar’Adua, 58 ans, elle a toujours été vacillante. En mars 2007, en pleine campagne électorale, cet ancien gouverneur de l’État de Katsina (Nord) avait été évacué par avion médicalisé en Allemagne. En août 2008, il avait annulé un voyage au Brésil pour se rendre à Djeddah. Officiellement pour un pèlerinage, alibi qui n’avait abusé personne.

Mais si, jusqu’à présent, le mystère qui entourait son état de santé donnait libre cours à toutes les spéculations, depuis l’annonce de son médecin personnel, le 26 novembre, le doute n’est plus permis : le président est bel et bien malade. On ignore si sa péricardite est d’origine virale, si elle est liée à une tuberculose ou à une insuffisance rénale. Dans certains cas, elle peut être mortelle.

Dès l’annonce de sa maladie, plusieurs partis de l’opposition ont demandé la démission du chef de l’État. Atiku Abubakar, l’ancien vice-président, a au contraire exhorté ses concitoyens à prier pour son salut. Le 2 décembre, le Conseil des ministres a provisoirement tranché : Yar’Adua n’est pas inapte, il ne doit pas quitter le pouvoir (ce que prévoit l’article 144 de la Constitution en cas d’incapacité).

Cette prise de position n’a cependant pas calmé les ambitions. En cas de décès ou de démission du chef de l’État, Jonathan Goodluck, le vice-président, assurerait l’intérim jusqu’à l’élection de 2011. Un tel scénario rendrait le pouvoir au Sud, d’où Goodluck est originaire. Au Nigeria, ce n’est pas anodin : le Nord et le Sud prétendent à la magistrature suprême, et la répartition des pouvoirs entre les deux régions est l’objet d’un subtil équilibre. En 2007, le « Sudiste » Olusegun Obasanjo avait eu bien du mal à lâcher la présidence. C’est d’ailleurs lui qui avait choisi Yar’Adua pour dauphin. Avait-il sciemment jeté son dévolu sur un homme fragile ?

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