04/12/2009 à 12h:13 Par Cécile Sow
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Moussa Dadis Camara et, derrière lui, son ex-aide de camp Aboubacar 'Toumba' Diakité Moussa Dadis Camara et, derrière lui, son ex-aide de camp Aboubacar "Toumba" Diakité © AFP

Sauf miracle, le capitaine Moussa Dadis Camara ne fêtera pas en grande pompe, le 23 décembre prochain, le premier anniversaire de son accession au pouvoir. Son projet de continuer à présider aux destinées de la Guinée pour une durée indéterminée a été brutalement contrarié, le 3 décembre, par le chef de sa garde rapprochée, qui était également son aide de camp.

Ce jour-là, vers 18 heures, le lieutenant Aboubacar Diakité (plus connu sous le nom de « Toumba ») et ses hommes, retranchés au camp Koundara, sur la presqu’île de Kaloum, ont ouvert le feu sur Dadis et sa suite, tuant l’un de ses gardes du corps. Sachant que le chef de la junte porte toujours un gilet pare-balles, ils l’ont visé à la tête.

Le lendemain à la mi-journée, Dadis a été évacué vers le Maroc à bord d’un avion affrété par Blaise Compaoré, le président burkinabè, médiateur dans la crise guinéenne, puis transféré à l’hôpital des Forces armées royales de Rabat. De source médicale guinéenne, « une balle au moins a atteint le président du CNDD [Conseil national pour la démocratie et le développement, NDRL] à la tête. La blessure semble très sérieuse, il a perdu beaucoup de sang et la boîte crânienne a été touchée. Si le pronostic vital n’est pas forcément engagé, la probabilité qu’il conserve des séquelles est importante ».

Contacté par Jeune Afrique, Idrissa Chérif, le ministre chargé de la Communication, a indiqué que Toumba, tristement célèbre depuis le massacre du 28 septembre dernier, a voulu tuer Dadis pour prendre le pouvoir : « Il a appelé le président dans l’après-midi et lui a demandé de le retrouver au camp Koundara pour discuter. Quand il est arrivé, Toumba et ses hommes ont ouvert le feu. » L’imprudence de Dadis, arrivé au camp avec une faible escorte, ne peut qu’interpeller. Depuis la tuerie du stade de Conakry, les relations entre les deux hommes n’étaient plus les mêmes. Lors de son audition par la commission d’enquête de l’ONU, Toumba aurait eu la confirmation que Dadis l’avait désigné comme seul responsable du massacre. Devenu encombrant, Diakité n’en exerçait pas moins une grande emprise sur le chef de la junte et a toujours affirmé à ses proches avoir agi sur l’ordre de ce dernier. « Je ne tomberai pas seul », répétait-il.

C’est donc peut-être pour sauver sa propre tête que, le 7 octobre, Dadis s’était opposé à l’arrestation de son aide de camp, pourtant ordonnée par le général Sékouba Konaté, le ministre de la Défense (voir encadré). Le chef de la junte protégeait Toumba mais n’en voulait plus à ses côtés. « En particulier devant les caméras », rapporte un proche. Se sachant plus ou moins en sursis, Toumba avait lui aussi pris ses distances. Surtout depuis l’annonce de l’envoi en Guinée d’une commission internationale d’enquête chargée de faire la lumière sur les événements du 28 septembre.

Trahi et découvert

Selon la même source, quelques jours avant l’arrivée des enquêteurs de l’ONU, Toumba s’était déjà retranché au camp Koundara pour y fomenter un coup d’État. « Le président avait été informé que son aide de camp s’était rapproché de quelques commandants pour le renverser. La tension est alors encore montée d’un cran. Il a voulu prendre le pouvoir pour échapper à la justice », précise ce témoin.

À la fin de novembre, Dadis, Toumba et plusieurs de ses hommes ont été entendus par les enquêteurs. Alors que leurs conclusions ne seront officiellement remises à Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU, qu’à la mi-décembre, on estime à Conakry que Dadis et Toumba se sont renvoyé la responsabilité du drame. Se sentant piégé, trahi et découvert, Toumba a voulu se venger et préserver sa liberté. Pour cela, il semble n’avoir trouvé d’autre moyen que d’entraîner son ancien chef dans un guet-apens et d’ouvrir le feu sur lui.

Ce nouveau tournant dans l’histoire de la Guinée s’est déroulé au moment où le général Sékouba Konaté, l’autre homme fort du CNDD, était en voyage d’affaires au Liban.

Au lendemain de l’attentat contre le chef de la junte et à l’heure où ces lignes sont écrites, le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, déjà connu pour avoir torturé plusieurs de ses frères d’armes et battu un gradé au lendemain des tueries du stade tenait toujours ses positions sur la presqu’île de Kaloum avec ses hommes et des armes en quantité. Les règlements de comptes sont loin d’être terminés.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Guinée

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se méfie[...]

CPI : après Taylor, à qui le tour ?

Le 26 avril, ils étaient nombreux, sur le continent, à suivre le verdict du procès de Charles Taylor. Et à se dire qu'ils pourraient bien un jour, comme l'ancien président libérien,[...]

Guinée : l'ode aux femmes de Mory Kanté

Après huit années de silence, le « griot électrique » Mory Kanté revient avec un nouvel album, La Guinéenne, dédié à toutes les femmes.[...]

Manifestations en Guinée : le pouvoir prêt à employer la force

Face à la résurgence de manifestations publiques de l’opposition pour la tenue de législatives crédibles, le pouvoir guinéen compte désormais employer la force dans les rues. Un[...]

L'avenir est dans la minoterie : Ameth Amar

Au Sénégal, le directeur général de la Nouvelle Minoterie africaine (NMA) est à la tête d'une entrepreprise de 350 salariés.[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Les nouvelles technologies au service de l'assurance antifraude

Le français Prooftag réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires en Afrique, grâce à une innovation qui garantit l'authenticité des documents.[...]

Guinée : l'opposition annonce une nouvelle vague de manifestations

Les principaux leaders de l’opposition guinéenne ont annoncé la tenue de manifestations régulières dès le jeudi 10 mai. Objectif : amener le pouvoir à dialoguer selon leurs[...]

Victoire de Hollande : quand le continent rêve d'enterrer la Françafrique

Comme Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande a promis de mettre fin à la "Françafrique" et d'instaurer des rapports sains entre l'Hexagone et les pays du continent. Ses actes seront-ils[...]

Guinée : report sine die des législatives du 8 juillet

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé vendredi soir le report sine die des élections législatives prévues le 8 juillet et déjà reportées à maintes[...]

Voir tous les dossiers