30/11/2009 à 12h:43 Par Jim Krane. Financial Times et Jeune Afrique 2009.
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
A la Bourse de Dubaï. A la Bourse de Dubaï. © Reuters

La décision, le 25 novembre, du gouvernement de Dubaï de différer le remboursement de 3,5 milliards de dollars de dettes de Nakheel, le géant immobilier contrôlé par le holding public Dubai World, est un signe flagrant de la déconfiture de l’économie de l’émirat.

Propriété de Nakheel, la célèbre île artificielle en forme de palmier – un investissement risqué, dans une zone où le niveau de la mer ne cesse de monter – est l’une des réalisations spectaculaires qui ont révélé Dubaï au monde. Heureusement, plusieurs idées du même ordre ont été mises au rebut. Comme le projet du Snowdome, un centre de loisirs pharaonique, plus étendu que la ville d’Orlando, en Floride, qu’il était censé concurrencer (la station de ski indoor de Dubaï, elle, est tout à fait opérationnelle). Autre projet annulé, d’un montant de 11 milliards de dollars, celui du canal Arabe, une ceinture d’eau de 75 km qui devait entourer la ville.

Jusqu’au 25 novembre, les investisseurs accordaient volontiers à Dubaï le bénéfice du doute, son dirigeant, le cheikh Mohamed Ben Rachid Al Maktoum, ayant toujours assuré que l’émirat honorerait ses créances. Comme il doit être douloureux pour lui, aujourd’hui, dans une région où la parole donnée est sacrée, d’apparaître comme quelqu’un qui s’est dédit !

En quasi-faillite

Le cheikh Mohamed, dont la famille a fait de l’émirat, qu’elle dirige depuis 1833, un étonnant modèle de stabilité, voit ainsi son leadership mis à rude épreuve et les rêves qu’il nourrit pour la ville menacés. Son ambition n’est-elle pas de faire de Dubaï le centre financier d’un quart de la planète, celui de tous les marchés en forte croissance, de Singapour à Francfort ?

À long terme, la quasi-faillite de Dubaï pourrait rendre ses rivaux plus attrayants et conduire certains ­groupes internationaux à déménager, à Doha ou à Abou Dhabi par exemple. Contrairement à Dubaï, ces villes ont une économie saine, fondée sur le pétrole. Mais pour le moment, elles n’offrent pas un mode de vie occidental comparable à leur voisin, et ne peuvent rivaliser avec lui en termes de services dans le transport maritime et aérien, la logistique ou le secteur bancaire.

L’incapacité de Dubaï à honorer ses dettes jette aussi une ombre sur les relations, pourtant vitales, des Maktoum avec leurs voisins d’Abou Dhabi, les Nahyane, qui semblent en effet peu affectés par le sort de leurs infortunés cousins. Certains vont jusqu’à se demander combien Abou Dhabi pourrait exiger pour se porter caution.

L’une des solutions consisterait à renforcer les liens entre les sept membres des Émirats arabes unis. Dans une telle éventualité, Dubaï le franc-tireur serait forcé de rompre avec des pays encombrants, comme l’Iran et Israël. Il se pourrait aussi qu’on lui demande d’intégrer son très indépendant système douanier dans une bureaucratie fédérale. Mais le cheikh Mohamed pourrait objecter que la souveraineté de la politique étrangère de Dubaï prévaut sur sa réputation financière. Ce qui semble logique. Les banquiers de Londres et de New York ont certes largement contribué à nourrir la croissance de l’émirat, mais ce sont ses relations avec Karachi, Bombay, Riyad ou Téhéran qui lui sauveront la mise – ou le feront sombrer.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Ces chiffres qui parlent

Article précédent :
Au pays des mille cols

Réagir à cet article

Moyen-Orient

Pétrole : le jeu dangereux de l'Arabie Saoudite

Pétrole : le jeu dangereux de l'Arabie Saoudite

Pour continuer à acheter la paix sociale, Riyad a choisi de faire monter les cours de l'or noir. Un choix qui n'est viable ni politiquement ni économiquement.[...]

ONU - Syrie : pourquoi la Russie penche du côté de Bachar al-Assad

Alors que les affrontements s’intensifient en Syrie, la Russie a une nouvelle fois rejeté, dans la soirée du 31 janvier, lors d’une réunion du Conseil de sécurité[...]

Syrie : 66 morts dimanche, l'opposition veut presser l'ONU d'intervenir

L'opposition syrienne entend faire monter la pression sur la communauté internationale, et en particulier sur la Russie, en vue d'une intervention de l'ONU dans le pays, où les violences ont encore fait au moins[...]

Fondation Shafallah : le Qatar mobilise le monde pour les handicapés de crise

Lors d’un forum organisé à Doha par la fondation Shafallah, sous le patronage de Son Altesse Cheikha Mozah, épouse de l’émir du Qatar, des dizaines d’acteurs politiques et associatifs[...]

Syrie : la mission des observateurs suspendue en raison des violences

La mission d'observation de la Ligue arabe en Syrie a été suspendue samedi en raison de la recrudescence des violences contre les civils, le chef de l'organisation panarabe accusant le président Bachar[...]

Iran : Barbie et les barbus , acte II

Les poupées Barbie en Iran, c'est fini. Si elles étaient tolérées jusque là, elles doivent désormais circuler... sous le manteau.[...]

Livre : Jérusalem, les soupirs de la sainte

Spécialiste de Staline, le biographe britannique Simon Sebag Montefiore publie "Jérusalem, biographie". Il s'y est intéressé à l'histoire de Jérusalem, "cité à[...]

Iran : Ali Khamenei, l'ayatollah au long cours

Le Guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei, menace de fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transite plus du tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde. Une[...]

Liban : plongée dans le clair-obscur du camp palestinien de Chatila, à Beyrouth

Du 16 au 18 septembre 1982, 1 500 personnes étaient massacrées par une milice chrétienne avec la complicité des forces israéliennes dans le camp palestinien de Chatila, situé en[...]

Yémen : Saleh demande pardon et fait ses adieux avant son séjour aux Etats-Unis

Le président Ali Abdallah Saleh, en passe de quitter le pouvoir au terme de 33 ans à la tête de l'Etat yéménite, a demandé pardon à ses compatriotes avant son départ pour[...]

Voir tous les dossiers