20/11/2009 à 12h:48 Par Renaud de Rochebrune
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Considéré comme le père du documentaire africain, le réalisateur sénégalais est décédé le 6 novembre.

Samba Félix Ndiaye est mort des suites d’une grave crise de paludisme le 6 novembre à Dakar, à l’âge de 64 ans. Son nom n’était pas connu du grand public, mais son rôle dans l’histoire du septième art en Afrique le situait au tout premier plan. Il était considéré depuis ses débuts, au milieu des années 1970, comme « le père du cinéma documentaire africain », même s’il refusait qu’on lui attribue cette étiquette… qui le faisait sourire.

Son influence et sa réputation dépassaient de loin les frontières du Sénégal. Ainsi que le disait, le jour de son enterrement, le samedi 7 novembre, le président de la Fédération africaine de la critique cinématographique, Baba Diop, « si l’on parle de documentaire en Afrique, le premier nom qui nous vient à l’esprit, c’est celui de Samba Félix Ndiaye ». La jeune documentariste camerounaise Osvalde Lewat, auteure du courageux Affaire de nègres (voir J.A. n°2542), le considère même comme un « modèle ».

 

Lorsqu’on évoque Samba Félix Ndiaye, raconte le réalisateur et historien du cinéma africain Férid Boughedir, l’on songe immédiatement à un « intellectuel raffiné, exigeant, intègre, montrant telle quelle la vie quotidienne des gens, évitant ainsi tout bavardage inutile et de savantes démonstrations ». Son œuvre en témoigne avec des films comme Le Trésor des poubelles, un ensemble de cinq courts-métrages qui lui permettait de saluer en 1989 l’extraordinaire talent des artisans-artistes dakarois travaillant à partir de la récupération de matériaux, ou Ngor, l’esprit des lieux, sur un village à la périphérie de la capitale sénégalaise menacé par l’urbanisation. Mais il ne dédaignait pas pour autant les sujets plus directement politiques ou polémiques, ainsi que le prouvent Rwanda pour mémoire (2002) et, tout récemment, Questions à la terre natale (2008), dans lequel il s’interrogeait sur le parcours et le destin du continent africain.

Grand humaniste, formé à l’ethnopsychiatrie, redevable – il le disait volontiers – des talents de conteuse de sa grand-mère, il était sans doute prédestiné à se tourner vers le documentaire. Sans regret, même s’il fut tenté un moment par la fiction, avec un film sur les signares de Saint-Louis (Sénégal) qu’il ne réussit pas à financer. Car, affirmait-il dans la revue Le Film africain (2001), « la frontière entre fiction et documentaire est très mince ». D’ailleurs, ajoutait-il en répondant aux questions de Jean-Pierre Garcia, directeur du Festival international du film d’Amiens, qui lui rend hommage à l’occasion de sa 29e édition, du 13 au 22 novembre, « les cinéastes qui m’ont vraiment stimulé œuvraient tous à cette frontière ». Et Samba Félix Ndiaye de citer Rosselini, Satyajit Ray, Alain Resnais, Glauber Rocha et, bien sûr, l’auteur de Borrom Sarret, Sembene Ousmane, l’homme qui le premier lui a donné envie de faire du cinéma. Des « parrains » qui situent ce qu’était l’ambition d’un tel réalisateur.

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