29/11/2009 à 10h:36 Par Nicolas Michel
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Alger, 2 juillet 1962 Alger, 2 juillet 1962 © Marc Riboud

À 86 ans, le photographe Marc Riboud a rassemblé les clichés pris aux premières heures de l’indépendance algérienne. Et offre une sorte d’album familial, tendre et humaniste.

Du photographe français Marc Riboud, 86 ans, on connaît surtout les reportages réalisés en Asie, au Vietnam et en Chine, et publiés dans les plus grands magazines tels Life, Stern, National Geographic ou encore Paris Match. Ce qui est moins connu, ce sont ses travaux sur la décolonisation en Afrique en général et en Algérie en particulier. La publication d’Algérie, indépendance, aux éditions Le Bec en l’air, permettra sans doute de combler cette lacune.

Dans l’introduction qu’il a rédigée pour cette somme rassemblant une centaine d’images, le photographe raconte avec modestie « deux souvenirs parmi beaucoup d’autres… » où il apparaît comme le simple témoin de l’Histoire en train de se faire. Il est là, certes, mais en tant que spectateur qui ne prétend ni donner des leçons ni tirer des conclusions. « Pour photographier cette course triomphale, j’ai été aidé par deux gamins, qui m’ont fait la courte échelle pour me hisser dans la benne du camion placé en tête de cortège », écrit-il. Quarante-sept ans après l’événement, Riboud se souvient encore de ces deux gosses qui lui ont permis d’être aux premières loges pour immortaliser la ferveur de la foule. C’est un signe qui ne trompe pas. 

Liesse de la victoire

Cet état d’esprit est présent dans l’ensemble des clichés consacrés aux premières heures de l’indépendance algérienne. Riboud ne cherche pas l’effet. Il n’isole pas les êtres. Il évite les photos chocs. Il se méfie des images réductrices qui prétendent résumer l’Histoire. Il y a souvent beaucoup de monde dans ses vues d’Alger au début des années 1960. Des visages pour la plupart anonymes aux expressions toujours différentes. Même dans la liesse de la victoire, chacun garde sa singularité. Ainsi cette femme qui hurle sa joie, un drapeau à la main, le corps penché à travers la fenêtre d’une voiture, a tout pour devenir une icône de la libération, une sorte de Liberté guidant le peuple. Mais il y a du monde dans la rue, des proches l’accompagnent et son visage rayonnant fait écho au sourire plus calme de son amie assise à côté du conducteur. Elle n’est pas seule.

Dans sa postface, présentée en français et en arabe, le poète, critique et essayiste algérien Malek Alloula trouve les mots justes pour décrire les impressions ressenties face aux images de Riboud : « Nous voici dès lors feuilletant, non sans une réelle émotion, doublée d’un léger et insaisissable trouble, une sorte d’album familial très largement ouvert sur le passé récent, notre propre passé récent. » C’est bien de cela qu’il s’agit : un album familial tendre et humaniste. 

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