24/11/2009 à 12h:56 Par Abdelaziz Barrouhi, à Tunis
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Ahmed Inoubli montre le texte dans lequel il demande des excuses de la France à la Tunisie Ahmed Inoubli montre le texte dans lequel il demande des excuses de la France à la Tunisie © Hichem

À la polémique entre les deux pays sur la question du respect des droits de l’homme s’ajoute désormais la revendication par certains leaders politiques tunisiens d’une repentance de l’ex-puissance coloniale.

Le ton monte entre la Tunisie et la France. Les divergences au sujet des droits de l’homme et de la liberté de la presse entachaient déjà les relations entre les deux pays depuis plusieurs mois. Désormais, Tunis réclame la repentance de l’ancienne puissance coloniale. Une revendication apparue début novembre dans les médias et dans la bouche d’hommes politiques tunisiens proches du pouvoir. « Nous demandons à l’État français de s’excuser auprès de notre peuple et de l’indemniser pour les richesses pillées pendant des décennies de colonisation française (1881-1955) », a ainsi déclaré Ahmed Inoubli, candidat à la présidentielle du 25 octobre et leader de l’Union démocratique unioniste (UDU), un parti nationaliste proche du président Zine el-Abidine Ben Ali.

Echanges aigres-doux

Si la notion de repentance est en vogue en Algérie et en Libye – qui a arraché, en 2008, des excuses officielles à l’Italie –, la Tunisie et le Maroc ne leur avaient pas, jusqu’ici, emboîté le pas. Et Paris a indiqué que le cas libyen ne constituait « ni un précédent ni une référence ». Il n’empêche. Le gouvernement tunisien n’aurait certainement pas désavoué le message adressé par Inoubli à Paris lorsqu’il précise que « l’appel lancé à la France ne traduit pas une volonté de rupture », mais le souhait de poursuivre la coopération bilatérale « avec justice et équité, sans toucher aux affaires intérieures et aux décisions nationales des deux pays ».

La « sortie » d’Inoubli apparaît donc comme un prolongement « naturel » des échanges souvent acerbes entre Paris et Tunis. Tout a commencé au mois de mars, quand, dans une interview à Jeune Afrique (n° 2515), Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, tout en saluant les performances éco­­­nomiques et les acquis sociaux du pays, s’est dit « plutôt nuancé sur la Tunisie ». Selon lui, « il y a des atteintes aux droits de l’homme, des journalistes tracassés, parfois emprisonnés, et une politique générale de fermeté… » La réponse du ministère tunisien des Affaires étrangè­res, dirigé par Abdelwaheb Abdallah, est acérée. Kouchner est accusé de « colporter des clichés et des poncifs éculés ». On lui rappelle vertement que quand on parle de la Tunisie « sous les lambris de la République française, on doit commencer par vérifier ses allégations pour éviter de se tromper de pays et d’époque… »

La polémique s’est poursuivie au lende­main des élections du 25 octobre. Alors que Nicolas Sarkozy avait téléphoné au président Ben Ali pour lui faire part de « ses plus vives félicitations » à l’occasion de sa réélection, et que l’hôte du Palais de Carthage avait, en retour, apprécié « ses sentiments amicaux à son égard », le ministère français des Affaires étrangères a annoncé, le 30 octobre, qu’il était « préoccupé par les difficultés rencontrées par des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme en Tunisie », qu’il avait exprimé son « inquiétude » à l’ambassadeur de Tunisie à Paris et « saisi les partenaires européens de cette question ». Son homologue tunisien, se référant à l’arrestation du journaliste Taoufik Ben Brick, répond qu’il s’agit d’un « banal fait divers », que « les journalistes tunisiens vivent parfaitement leur condition » et que la Tunisie « n’a de leçons à recevoir de personne, notamment en matière de droits de l’homme »… Nouvelle passe d’armes le 10 novembre. Sur France Inter, Kouchner déclare que « quand on a été élu pour la cinquième fois et qu’on dirige ce pays avec habileté […], je pense que c’est inutile » d’arrêter des journalistes.

Les effets de ces bisbilles commencent à se faire sentir dans d’autres domaines. Les maires de cinq grandes villes de Tunisie (Tunis, Sousse, Sfax, Monastir et Bizerte) ont en effet décidé de se retirer de l’Association internationale des maires francophones (AIMF), présidée par Bertrand Delanoë et dont le secrétaire général est Abbes Mohsen, le maire de Tunis, pour protester contre les propos jugés « inadmissibles » du maire socialiste de Paris. Delanoë, natif de Bizerte, où il passe ses vacances chaque été, avait appelé au « respect strict des droits de l’homme en Tunisie » et s’est inquiété d’une « dérive préoccupante ». Les autorités ont quant à elles jugé ces déclarations « intempestives et incongrues ». Et le 12 novembre, Ben Ali lui-même a annoncé, sans préciser qui il visait, que son pays avait saisi l’Union africaine et l’Union du Maghreb arabe sur « des ingérences dans ses affaires intérieures » et « des atteintes à sa souveraineté ». Ambiance…

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