09/11/2009 à 12h:02 Par Béchir Ben Yahmed
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Barack Obama est l’illustration vivante du fameux « Yes, we can ». Il a été très bien élu, il y a tout juste un an, et sa victoire a soulevé une immense espérance à travers le monde.

Il n’exerce le pouvoir que depuis un peu moins de dix mois, mais il est de bon ton, dans bien des milieux, de se dire déçu et inquiet.

La popularité d’Obama a sensiblement baissé dans son pays, où son parti s’est mis à perdre des élections ; il est très impopulaire dans un tout petit pays, mais qui compte : Israël ; et, simultanément, il perd des points dans le monde arabo-musulman, qui a trop attendu de lui.

Un peu partout, on pense, on dit même, qu’il parle bien, dit ce qu’il faut dire, mais qu’il réalise bien peu de ce qu’il a promis et n’a obtenu de ses partenaires presque rien de ce qu’il leur a demandé.

Les déçus d’Obama ont-ils raison ? Seront-ils plus nombreux demain, avec de nouveaux sujets de mécontentement ? Faut-il être pessimiste et céder au découragement ?

Je ne le pense pas.

 

L’examen de sa performance de 2009 m’incite, au contraire, à l’optimisme : je ne doute pas une seconde que Barack Obama est déjà, et le sera plus encore demain, un bon président des États-Unis.

Et un bon président américain pour le monde.

Lui et son équipe ont déjà sauvé les États-Unis de la faillite financière et de la dépression économique ; ils n’ont pas guéri l’économie américaine de ses maux, mais l’ont mise sur le chemin de la convalescence : c’est indiscutable.

Ce faisant, ils ont puissamment contribué à la progressive guérison de l’économie mondiale du virus de la crise que leur pays lui avait inoculé du temps où George W. Bush sévissait à la Maison Blanche.

Ce n’est pas tout : dès son arrivée au pouvoir, Obama a jeté les bases d’une réforme du système de santé américain dont ne tarderont pas à bénéficier 50 millions de ses concitoyens jusqu’ici privés de soins médicaux.

Pouvait-il faire mieux et davantage en dix mois ? Et n’a-t-il pas, par son interdiction de la torture et la fermeture annoncée du camp de Guantánamo, par sa politique de dialogue avec les autres peuples, de respect des différences, délivré son pays de l’image détestable qu’en avait donné son cow-boy de prédécesseur ?

 

Mais venons-en à sa politique étrangère, dont on dit aujourd’hui qu’elle patine et n’obtient pas de résultat

On a raison de l’observer, car c’est la vérité : à ce jour, pas le moindre résultat sur aucun des fronts chauds !

– Le conflit israélo-arabe : non sans surprise, on a vu la toute-puissante Amérique « caler » devant « trois non », l’un suscitant les deux autres : celui du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou (« Je n’arrêterai pas la colonisation des territoires palestiniens »), celui de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne (« Dans ce cas, je ne reprendrai pas les négociations avec Israël »), complété par celui des pays arabes (« Nous ne ferons aucun pas sur la voie de la normalisation avec Israël tant qu’il ne gèle pas la colonisation »).

– La guerre d’Afghanistan : l’élection présidentielle aura été une coûteuse gesticulation pour maintenir en place Hamid Karzaï, un très mauvais président, et l’on ne sait s’il faut s’engager davantage dans le conflit (pour quel objectif ?) ou s’il est préférable de se dégager (comment ?).

– Le dialogue avec l’Iran : il est engagé, certes, mais aboutira-t-il ? En combien de temps ? Et s’il ne menait pas à un résultat rapide, faudrait-il rompre et imposer plus de sanctions ?

 

Oui, Obama n’a en face de lui que de très mauvais partenaires qui se complaisent à ratiociner, pensant que le temps travaille pour eux, alors qu’il est leur juge et finira par sanctionner leurs tergiversations. Le président américain n’a donc, en près d’un an, rien obtenu de tangible.

L’opinion et la presse le soulignent, s’impatientent, appellent à changer de politique, exigent des résultats.

Fort heureusement, Obama reste placide. Il sait, lui, qu’il faut s’armer de patience, persévérer dans la même voie jusqu’à ce que les résultats escomptés finissent par se montrer. Il sait qu’il doit faire patienter son opinion publique et celle du reste du monde. Je gage qu’il y parviendra.

 

Le temps de la politique, il faut le savoir, est nettement plus long que celui de la presse : de Gaulle a mis quatre ans pour sortir la France de la guerre d’Algérie ; il en a fallu autant, voire plus, à Nixon et à Kissinger pour achever les pourparlers qui allaient leur permettre d’évacuer leurs armées du Vietnam.

Et les négociations secrètes qui ont conduit les États-Unis à renouer avec la Chine et préparé la visite du tandem Nixon-Kissinger à Pékin pour y rencontrer Mao et Chou En-Lai ont duré quatre ans, elles aussi…

 

Barack Obama est, à mon avis, sur la bonne voie, car tout ce qu’il a entrepris va dans le sens de l’Histoire.

Sa méthode est bonne, les hommes et les femmes dont il s’est entouré pour faire avancer ses initiatives sont les meilleurs disponibles dans son pays. Et il a encore devant lui trois ans au minimum, probablement sept.

Il ne faut donc pas s’alarmer, après seulement dix mois, de ne pas le voir abattre plus vite les obstacles qu’il rencontre.

 

Mais est-il un bon président qui serait arrivé au mauvais moment ? Sans doute, ne serait-ce qu’à cause de la crise économique et des deux guerres dont il a hérité.

Il a, de surcroît, trouvé un Israël où, pour la première fois depuis soixante ans, il n’y a plus de parti de gauche ! La droite et l’extrême droite sont au pouvoir, et leurs chefs, Netanyahou et Lieberman, préfèrent les colonies à la paix. Ils se disent probablement : « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras : gardons les colonies et courons après la paix… »

Or, comme l’écrit un éditorialiste du Financial Times : « Le choix n’a jamais été aussi clair pour les États-Unis et Israël : c’est soit la paix, soit les colonies. Jamais ils n’auront les deux. »

Quant au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, il est trop faible, trop usé et même démonétisé pour être d’une aide quelconque. S’il se confirme, son départ, qu’il vient d’annoncer, contribuera à faire bouger les choses…

Il en va de même pour Hamid Karzaï en Afghanistan et, sans doute, pour Mahmoud Ahmadinejad en Iran.

Tant que l’échiquier de la région ne recevra pas de nouvelles pièces, on tournera en rond ; on n’avancera que lorsque apparaîtront de nouveaux acteurs.

 

D’ici là, la paix, l’entente et la coopération devront attendre. Barack Obama aussi – et nous avec lui.

Attendons ; mais aidons-le en lui gardant notre confiance et en lui prodiguant nos encouragements.

N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’ont fait ceux qui lui ont décerné le Nobel de la paix ?

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