Après l’industriel coréen Daewoo, les Indiens du groupe Varun convoitent des parcelles arables pour produire du riz. Les autorités sont méfiantes.
« À Madagascar, la terre ne se loue pas et ne se vend pas ! » s’écriait, en mars dernier, Andry Rajoelina. Le président de la Haute Autorité de la transition (HAT) faisait référence à l’« affaire Daewoo », qui marqua le début des émeutes et la fin du gouvernement Ravalomanana. Un autre contrat d’« agrobusiness » est pourtant toujours en cours. En janvier, le groupe indien Varun Industries avait entamé les démarches pour louer pour une durée de cinquante ans 232 000 hectares dans la région de la Sofia, au nord de la Grande Île. Suite aux bouleversements politiques, les plans de Varun ont été ajournés, mais un porte-parole de la firme déclarait fin septembre au Times of India : « Nous sommes optimistes, les pourparlers sont toujours en cours. »Ce retard a laissé le temps à deux experts, le juriste Landry Ramarojohn et le conseiller technique André Teyssier, d’étudier en détail le projet pour le compte du Programme national foncier.
Parmi les terres convoitées par l’industriel indien, les trois quarts sont déjà utilisées. Varun propose des contrats de fermage, ce qui veut dire que les paysans cèdent l’usage de leurs terres pour cinquante ans et ne les cultivent plus. « Aucun document ne précise qui exploitera ces parcelles pour le compte de Varun », souligne André Teyssier.
La firme espère un rendement de 10 tonnes de riz paddy à l’hectare (t/ha). Un objectif qu’André Teyssier qualifie d’« illusoire » en regard de la production moyenne nationale qui tourne autour de 2 t/ha. Sur ces 10 tonnes, le groupe indien en récupérerait 9, dont 7 lui reviendraient de droit et 2 qu’il achèterait.
Avec ce système, un paysan possédant 1 ha de terrain toucherait une rente annuelle et moins de 600 kg de riz, alors qu’une famille moyenne en consomme près de 700 kg par an. Les agriculteurs sans terre et sans activités risquent, explique André Teyssier, d’aller grossir la misère dans les grandes villes. Pour lui, « ces contrats de fermage semblent plus générateurs de pauvreté que de revenus. »
Les Indiens affirment avoir négocié avec les paysans, via Sodhai, un bureau d’étude malgache. « Si ces simulacres de concertations avaient continué un mois de plus, la situation aurait dégénéré ! » affirme Landry Ramarojohn. Le bureau d’étude a réussi l’exploit de créer ex nihilo 13 groupements paysans, d’engager les procédures d’acquisition et d’organiser un « atelier de signature », le tout en quinze jours et une seule mission de terrain !
Le Collectif de défense des terres malgaches, créé suite à l’affaire Daewoo, a exploité les résultats de cette expertise et envoyé, le 12 octobre dernier, une lettre au gouvernement exigeant l’annulation immédiate des tractations. Le dossier est à l’étude au ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, qui devrait se prononcer très prochainement.

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