08/11/2009 à 11h:43 Par Propos recueillis par Christophe Le Bec
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Edem Kodjo : 'Il n’y a pas de justice sans paix et de paix sans pardon' Edem Kodjo : "Il n’y a pas de justice sans paix et de paix sans pardon" © Camille Millerand pour Jeune Afrique

Catholique fervent, auteur d’un ouvrage remarqué par le pape sur les Pères de l’Église, Edem Kodjo, ancien secrétaire général de l’OUA, revient sur le synode africain qui s’est achevé le 25 octobre à Rome.

Jeune Afrique : Quel est le rôle des laïcs dans ce genre de réunion ?

Edem Kodjo : Le pape souhaitait que ce synode fasse une place à des catholiques engagés comme moi dans la vie publique. Tout comme de nombreux représentants d’associations ou de congrégations d’action sociale catholique, j’ai été invité à participer comme auditeur, je pouvais écouter et participer aux débats, mais pas voter. 

Le thème du synode, « réconciliation, justice et paix en Afrique », était très large. N’y avait-il pas un risque de dispersion ?

Ce risque existait, mais le Vatican a bien découpé les sessions. Nous avons passé méthodiquement en revue les problématiques importantes : attentes et souffrances de la jeunesse, implication des femmes dans la société, conflits armés, gestion humaine et financière de l’Église, vie des religieux… « Réconciliation, justice et paix » forment un seul thème cohérent. Il n’y a pas de justice sans paix et de paix sans pardon, et ce sur chacun des sujets que nous avons abordés. Ce synode ne s’est pas contenté de l’aspect théologique, il a travaillé sur la dure réalité. 

Justement, quels messages le synode a-t-il adressé aux politiques ?

Il s’est montré sévère à l’égard des dirigeants africains, et en particulier des hommes politiques chrétiens impliqués dans la mauvaise gestion des affaires des nations africaines. Massacres, trucages électoraux et changements constitutionnels abusifs ont été dénoncés par les évêques, qui ont demandé que les coupables laissent la place à des dirigeants responsables. L’exemple de Julius Nyerere, dont le processus de béatification est en cours, a été évoqué comme exemple. Le président tanzanien a montré par sa simplicité de vie qu’on pouvait diriger un pays autrement. Le synode s’est aussi adressé à la communauté internationale en s’élevant contre le pillage des matières premières. Il a appelé à ce qu’elle laisse davantage de place aux pays africains dans le concert des nations. 

Et l’Église catholique, que peut-elle concrètement pour plus de justice, de paix et de réconciliation ?

Les évêques ont proposé que le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam) soit représenté auprès des Nations unies et de l’Union africaine afin que les évêques puissent dire leur mot sur le développement du continent.

Le synode veut aussi organiser une meilleure formation des chrétiens africains afin qu’ils agissent. Les catholiques ne devraient pas se contenter du catéchisme mais aussi connaître et appliquer la doctrine sociale de l’Église élaborée pour faire face aux défis sociaux modernes. En s’attelant à la tâche, les hommes de bonne volonté, chrétiens ou non, peuvent faire changer les choses. Le synode interpelle positivement le continent : Afrique, mets-toi debout et marche !

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