13/10/2009 à 13h:11 Par Marianne Meunier
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Près de 2 000 fermiers sud-africains en passe de s'expatrier au Congo-Brazzaville Près de 2 000 fermiers sud-africains en passe de s'expatrier au Congo-Brazzaville © National Geographic

Au Congo-Brazzaville, au Ghana, au Soudan, au Mali, des milliers d’hectares sont lorgnés avec un appétit semblable à celui qui accompagne la ruée vers le pétrole. Selon l’Institut de recherche international sur les politiques alimentaires (Ifpri, américain), entre 15 et 20 millions d’hectares de terres situées dans des pays en développement, en grande partie en Afrique, ont fait l’objet d’investissements étrangers depuis 2006. Les sommes en jeu sont astronomiques, entre 20 et 30 milliards de dollars selon l’Ifpri. Les gouvernements indien, chinois, koweïtien, qatari, le groupe saoudien Ben Laden et le sud-coréen Daewoo mènent cette ruée vers les terres africaines. En Afrique du Sud, AgriSA, le principal syndicat ­d’agriculteurs – blancs essentiellement – fait figure d’exception. Contraint par la réforme agraire qui oblige ses membres à restituer des terres confisquées aux Noirs sous l’apartheid, il veut compenser le manque à gagner en cherchant à s’exporter vers l’Angola, la Zambie, l’Ouganda, la RD Congo, le Soudan, la Libye.

Avec le Congo-Brazzaville, les premiers contacts ont déjà eu lieu. Du 14 au 21 octobre, le séjour en Afrique du Sud du ministre de l’Agriculture, Rigobert Maboundou, pourrait même se conclure par la signature d’un protocole d’accord. En mars et en juillet 2009, des responsables d’AgriSA sont venus repérer des terres dans les régions de la Cuvette centrale, des Plateaux et du Niari. Au final, 1 700 fermiers sont intéressés par une expatriation. Pour le Congo, qui importe l’essentiel de sa consommation alimentaire – soit 120 à 130 milliards de F CFA par an – et où seulement 2 % des terres arables sont cultivées en « miniparcelles » (1 hectare en moyenne) aux très faibles rendements, l’opération pourrait être profitable.

Mais à plusieurs conditions : qu’il y ait une adéquation entre la production et les besoins – notamment maïs, soja, manioc, banane, arachide, huile de palme –, que la main-d’œuvre locale soit employée et qu’un transfert de compétences soit organisé. « Nous ne pouvons pas nous permettre de fermer la porte aux investisseurs, mais nous avons nos conditions », prévient Rigobert Maboundou. À entendre Theo de Jager, vice-président d’AgriSA, elles seront respectées : « Bien sûr que nous vendrons sur le marché local, et bien sûr que nous emploierons des Congolais et que nous nous attacherons à la formation. »

Mais les inquiétudes demeurent nombreuses autour de la question ultrasensible de la cession de la terre : néo­colonialisme, expropriation, mise en péril de la souveraineté alimentaire… Le sujet est souvent politique : la signature entre le gouvernement malgache et Daewoo pour l’exploitation de 1,3 million d’hectares a contribué au renversement, en mars 2009, du président malgache Marc Ravalomanana. Quant aux contrats, ils sont rarement transparents. Un business qui, pour Devlin Kuyek, chercheur à l’ONG espagnole Grain, recensant toutes les transactions autour de la terre ces dernières années, « crée de la spéculation sur la terre et participe à la crise alimentaire ».

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