La restauration de l’hôtel Lambert, à Paris, suscite des protestations indignées. Et passablement xénophobes.
Construit au XVIIe siècle sur l’île Saint-Louis, à Paris, l’hôtel Lambert était à peu près inconnu des Français jusqu’à son rachat en 2007, pour 60 millions d’euros, par le richissime Abdallah Ben Abdallah Al Thani, frère de l’émir du Qatar. Le précédent propriétaire, la famille Rothschild, ayant laissé le bâtiment à l’abandon, le nouveau envisage de le restaurer entièrement et de consacrer à l’opération 40 millions d’euros. Las, certains jugent le projet de rénovation, pourtant confié à Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques, trop radical : ne prévoit-il pas l’installation de systèmes de climatisation et de chauffage, d’un parking et d’un ascenseur ? Autour de Paris Historique, une association de défense du patrimoine, la résistance s’organise.
Une pétition contre le projet recueille huit mille signatures, et une action en référé est engagée contre le feu vert donné, le 11 juin dernier, par Christine Albanel, l’ancienne ministre de la Culture, au début des travaux. Le 15 septembre, arguant du « caractère insuffisant et incomplet du dossier », la juge des référés suspend l’exécution du chantier. Un jugement sur le fond sera rendu dans quelques mois, mais Alain-Charles Perrot ne décolère pas : « Le projet est attaqué, explique-t-il, parce que les Français ne supportent pas que des princes arabes puissent acheter des hôtels particuliers en France. Si le propriétaire était Karl Lagerfeld [le fantasque grand couturier, NDLR], il aurait pu faire ce qu’il voulait et tout le monde aurait applaudi. »
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Tiébilé Dramé, président du Parti de la renaissance africaine (Parena).[...]
Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]