Après avoir plaidé pour la sauvegarde des langues rares, l’ex-président français veut lutter contre les faux médicaments.
« Et ça, c’est la vérité : les médicaments de la rue, ça tue ! » C’est un Jacques Chirac en pleine forme, vêtu d’une blouse blanche de pharmacien, qui s’est exprimé devant les journalistes le 12 octobre à Cotonou. Quelques heures plus tôt, l’ancien président français, agissant au nom de la fondation qui porte son nom et qu’il dirige, avait lancé son appel solennel à la lutte contre les médicaments contrefaits, responsables d’au moins 200 000 décès par an sur le continent.
Dénonçant « une économie criminelle et révoltante », Jacques Chirac a lancé son « appel de Cotonou » en présence de sept chefs d’État africains (Bénin, Burkina, Togo, Sénégal, Niger, Congo-Brazzaville, Centrafrique) qui se sont engagés à lutter contre un trafic qui, selon certaines estimations, générerait près de 45 milliards de dollars de revenus. Ce bénéfice « dépasse celui du trafic de la drogue », a mis en garde l’ex-chef d’État, qui souhaite une prise de conscience internationale sur la dimension économique du problème. Dans cette perspective, les signataires de l’appel souhaitent convoquer une conférence mondiale en 2010 à Genève.
À la différence des drogues raffinées ou de synthèse, la fabrication de faux médicaments est à la portée de nombreux apprentis chimistes, et permet une marge bénéficiaire allant de 5 000 à 20 000 %. La contrefaçon se résume généralement à la fabrication de molécules au mieux inactives, au pire nocives, et à la confection d’emballages trompeurs dans des laboratoires souvent installés sur le continent. « Il faut lutter contre le mal à la source », a souligné le président sénégalais Abdoulaye Wade. Par ailleurs, à cause de leur dangerosité, les médicaments-poisons jettent le discrédit sur la médecine moderne et sur ses ambassadeurs : les laboratoires pharmaceutiques. Ceux-ci sont donc très impliqués dans la nouvelle croisade de Jacques Chirac.

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