14/10/2009 à 10h:48 Par Jean-Michel Meyer, envoyé spécial à Istanbul
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Délégation africaine à Istambul pour les assemblées annuelles du FMI et de la BM Délégation africaine à Istambul pour les assemblées annuelles du FMI et de la BM © IMF Photo

La croissance est de retour. C’est la grande nouvelle des assemblées générales de la Banque mondiale et du FMI, qui ont eu lieu à Istanbul. Autre bonne surprise : l’économie africaine profite de l’embellie.

Palais des congrès d’Istanbul, les 6 et 7 octobre 2009. Même au plus profond du lugubre deuxième sous-sol de l’imposant édifice, privé de toute lumière naturelle, le sourire est de retour sur les visages des experts de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI). Un enthousiasme partagé par la plupart des 186 délégations emmenées par les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales, qui se sont tous donné rendez-vous sur les bords du Bosphore pour les assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods.

La raison ? La croissance est de retour. C’est ce que révèlent les dernières données sur la santé économique de la planète délivrées par le FMI dans la capitale turque. Certes, la reprise est timide et demeure fragile. L’économie mondiale progressera de 1 % cette année pour renouer avec une hausse de 3 % l’an prochain et de 4,25 % en 2011. Mais, pour une fois, le continent ne restera pas à quai. Selon le FMI, il connaîtra un taux de croissance qui ne dépassera pas 1 % en 2009. Mais dès l’an prochain, il progressera de plus de 4 % pour atteindre 5,5 % en 2011.

Marquées par un ralentissement brutal, les économies africaines ont touché le fond au premier trimestre. Elles se relèvent peu à peu. Si les pays exportateurs de pétrole perdront plus d’un tiers de leurs recettes en 2009 par rapport à la moyenne de celles-ci entre 2004 et 2008, ils constatent actuellement une hausse de leurs revenus. Les économies du Burkina et du Mali ne se sont pas effondrées et verront leur PIB croître en 2009. Comme plusieurs pays en sortie de conflit (Burundi, Liberia, Sierra Leone), la Côte d’Ivoire s’en tire plutôt bien. L’impulsion donnée par la reconstruction a contrebalancé le coup de frein aux exportations. Avec en plus pour Abidjan un effet d’entraînement sur les pays voisins. De son côté, la locomotive sud-africaine se redresse peu à peu. Après un recul du PIB de 2,25 % en 2009, le premier depuis 1992, son économie progressera de 1,75 % en 2010 et de 3,75 % en 2011.

Après le trou d’air de 2008 et 2009, le continent retrouvera dans sa ligne de mire les 6,5 % de croissance annuelle moyenne qu’il a connus de 2001 à 2007. « Toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises, lance Antoinette Sayeh, la directrice du département Afrique du FMI. Les politiques engagées par la plupart des États de la région sont allées dans le bon sens et ont contribué à réduire l’impact de la récession dans beaucoup d’économies africaines. Pour la première fois de son histoire, l’Afrique ne sortira pas anémiée d’une crise mondiale et son économie repartira au même moment que le reste de la planète. »

La plupart des gouvernements ont en effet mis en place depuis une dizaine d’années des politiques budgétaires plus saines et plus prudentes avec l’objectif d’alléger leur endettement. Les États sont donc mieux préparés pour amorcer le virage de la sortie de crise. L’inflation, redescendue sous les 10 % dans la plupart des pays, est par ailleurs globalement maîtrisée. Quant aux réserves officielles de change, si elles ont baissé avec la crise, elles restent proches de leurs plus hauts niveaux historiques, permettant à la plupart des pays d’encaisser la chute brutale des entrées de devises et de financer des importations.

Optimisme béat des marchés

« Si l’économie mondiale sort réellement de la crise, les économies africaines, dopées par la hausse des commodités et l’afflux de liquidités, afficheront des taux de croissance en 2010 proches de 3 %, estime Paul-Harry Aithnard, le responsable recherche du groupe Ecobank. Selon ce scénario, les pays dont les revenus sont liés aux matières premières (Zambie, Angola, Nigeria, etc.) vont « surperformer ». Toutefois, la reprise est encore trop incertaine et nous ne pouvons définitivement privilégier ce scénario. L’optimisme béat actuel des marchés, avec une hausse des marchés d’actions trop forte et trop rapide nous pousse plutôt à la prudence. Le risque d’une reprise très molle ne peut malheureusement pas être exclu à ce stade. »

Mais en veillant à respecter leurs équilibres budgétaires, les économies africaines ont développé une plus grande capacité d’adaptation. « Les trois quarts des pays d’Afrique subsaharienne ont les moyens de laisser se creuser leur déficit public pour soutenir leur économie par des investissements sans couper dans les dépenses publiques. En fait, les pays se sont dotés d’une marge de manœuvre », constate Roger Nord, conseiller principal du département Afrique au FMI.

Chaque pays n’a cependant pas la même latitude mais tous, insiste l’institution pilotée par Dominique Strauss-Kahn, doivent s’assurer à moyen terme de la maîtrise de leur endettement pour éviter tout dérapage. D’une manière générale, le FMI prévoit que le solde budgétaire des États devrait passer d’un excédent moyen de 1,25 % en 2008 à un déficit moyen de 4,75 % cette année. Celui du Sénégal s’établira par exemple entre 5 % et 6 % du PIB en 2009 et 2010. Mais à moyen terme, Dakar devra tout mettre en œuvre pour ralentir l’arme de la politique budgétaire et viser un déficit public de 4 %.

Priorité à l’agroalimentaire

Pour relancer la machine économique, le continent doit davantage compter sur ses propres forces, notamment par un soutien accru au secteur privé, avec l’appui principalement de la Société financière internationale (SFI). L’outil déployé par la Banque mondiale pour dynamiser les activités privées a augmenté ses investissements de 33 % au sud du Sahara en 2009, à 1,8 milliard de dollars. Utilisés dans une trentaine de pays, ils ont surtout été déployés dans les secteurs financiers, miniers et des télécoms. Pour l’année à venir, la SFI vise une dotation d’environ 2 milliards de dollars. Elle présentera en novembre ou en décembre prochains sa nouvelle stratégie d’action à ses actionnaires. Outre l’appui aux secteurs incontournables, les moyens supplémentaires qu’elle débloquera contribueront à améliorer le climat des affaires, à faciliter l’accès des PME au crédit bancaire et à financer des projets dans les mines, le pétrole, mais aussi dans l’agroalimentaire et la santé. En juin, la SFI a réalisé un premier closing de 57 millions de dollars pour un fonds d’investissement qui vise, en association avec la fondation Gates, les 200 millions de dollars. Ils seront investis dans des hôpitaux, cliniques, le traitement des déchets ou la formation de sages-femmes. Le projet est né d’un paradoxe relevé par une étude de McKinsey : plus un pays est pauvre et plus les activités de santé sont aux mains du privé, l’État n’ayant pas les moyens de soutenir le secteur.

Mais l’autre grande priorité pour le continent est le développement de l’agroalimentaire. Un secteur stratégique qui reste à construire pour créer de véritables filières de transformation, à forte valeur ajoutée pour l’exportation et génératrices d’emplois qualifiés, mais aussi éviter que ne se reproduise le cauchemar des émeutes de la faim du début 2008. « Je n’ai aucune limite financière pour développer ce secteur et si je pouvais placer 5 milliards de dollars sur la table, mon conseil d’administration me suivrait, lance Thierry Tanoh, le vice-président de la SFI en charge de l’Afrique subsaharienne et de l’Europe de l’Ouest. Malheureusement, ce ne sont pas les moyens qui manquent, mais les bons projets et des investisseurs qui soient convaincus que l’agroalimentaire en Afrique peut être rentable. » En s’accrochant aux wagons de la reprise, le continent marquera à n’en pas douter des points auprès des investisseurs internationaux. 

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