13/10/2009 à 16h:12 Par Patrick Seale
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La visite à Paris du chef de la diplomatie syrienne confirme le réchauffement des relations entre les deux pays, désormais sur la même longueur d’onde... ou presque.

À la faveur d’une série d’initiatives diplomatiques, la France a réussi à s’imposer comme la puissance étrangère la plus influente en Syrie et au Liban, supplantant d’autres pays européens et même les États-Unis. Le rapprochement avec la Syrie a commencé en 2008, quand le président Nicolas Sarkozy a invité son homologue syrien Bachar al-Assad à assister à la cérémonie d’inauguration de l’Union pour la Méditerranée, à Paris, le 13 juillet, et au défilé du 14 Juillet, le lendemain.

Le réchauffement entre les deux pays est un événement majeur qui marque la réhabilitation de la Syrie, considérée à nouveau comme une puissance régionale qu’on ne peut ignorer ni isoler, comme a tenté de le faire l’ex-président américain George W. Bush. Ces dernières années, plusieurs ministres d’Europe et d’ailleurs ont fait le déplacement à Damas, préfigurant la fin de l’isolement du pays.

Par le biais de projets d’infrastructures colossaux, l’UPM chère à Nicolas Sarkozy a pour ambition de jeter des ponts entre les membres de l’Union européenne (UE) et les pays de la rive sud de la Méditerranée. Avec l’espoir sous-jacent que de tels projets communs serviront à faire avancer le processus de paix israélo-arabe.

 

Guéant et Levitte à Damas

L’idylle entre Paris et Damas a franchi une nouvelle étape avec la visite très fructueuse du ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Mouallem, à Paris, le 1er octobre, qui s’est conclue, dixit Mouallem, par une rencontre « très constructive » avec le président Sarkozy. De source française, plus que des relations de totale confiance, on évoque désormais une véritable « complicité » entre les deux pays. La France parle aujourd’hui de la Syrie comme d’un « partenaire clé » avec lequel elle entretient « d’excellentes relations bilatérales dans tous les domaines ». Paris presse d’ailleurs ses partenaires européens de signer le plus rapidement possible un accord d’association avec Damas. En retour, Mouallem a évoqué, à Paris, le rôle majeur de la France dans la promotion de la paix israélo-arabe et loué son action en faveur de la sécurité et de la stabilité en Irak et au Liban. Paris et Damas s’accordent à penser, a-t-il également déclaré, que le Liban doit avoir un gouvernement le plus rapidement possible, mais qu’il appartient aux Libanais seuls d’en définir la composition. La Syrie et la France veulent un gouvernement « made in Lebanon », a-t-il résumé. Sur le front culturel, une seconde école française va ouvrir ses portes à Damas, alors que l’enseignement de la langue de Molière deviendra obligatoire dans les collèges et lycées. À peine Mouallem avait-il quitté Paris que le président Sarkozy déléguait à Damas Claude Guéant, le puissant secrétaire général de l’Élysée, et Jean-David Levitte, son conseiller diplomatique, tandis qu’Henri Guaino, son conseiller spécial, prenait le chemin de Beyrouth.

Tout en amorçant un rapprochement avec la Syrie, Sarkozy a été l’Européen qui s’est montré le plus critique à l’égard de l’un des principaux alliés de Damas, l’Iran – en particulier à propos de son programme nucléaire. Une position naturellement destinée à rassurer Israël.

La France semble en tout cas résolue à devenir la puissance extérieure la plus influente – commercialement, politiquement et culturellement – en Syrie et au Liban, un statut qui fut le sien dans l’entre-deux-guerres, quand la Société des nations (SDN) lui confia un mandat sur les deux pays. Mais dans le même temps, Sarkozy est très soucieux de la sécurité d’Israël, bien qu’il ne tienne guère en sympathie les membres d’extrême droite du gouvernement israélien, à l’instar de l’irascible et raciste Avigdor Lieberman. La conviction du président français est que la situation actuelle est intenable et que de puissantes mesures d’accompagnement internationales, y compris des garanties offertes aux deux parties, seront nécessaires pour mener à bien le processus de paix israélo-arabe. Sarkozy est déterminé à jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration des différents aspects d’un règlement global, dont la création d’un État palestinien, qui, selon lui, est seule à même de garantir la survie d’Israël à long terme.

Les éventuelles hésitations du président américain Barack Obama dans sa démarche en faveur de la paix inquiètent le chef de l’État français, qui pense qu’un nouveau sommet de l’UPM pourrait être l’occasion de réunir les leaders arabes et israéliens. La France a apporté son soutien à la médiation turque entre la Syrie et Israël, médiation interrompue par l’offensive de Tsahal contre Gaza, en décembre 2008-janvier 2009. À Paris, Mouallem a assuré que Damas était prêt à reprendre les discussions avec l’État hébreu par le truchement d’Ankara.

 

Seul point de désaccord : l’Iran

L’embellie des relations de la Syrie avec la France et avec d’autres membres de l’UE s’est accompagnée d’une large réconciliation de Damas avec le monde arabe. Signe le plus tangible de celle-ci, la récente visite de Bachar al-Assad à Riyad. Le roi Abdallah lui a rendu la politesse en se rendant à Damas le 7 octobre. À Paris, Walid al-Mouallem a d’ailleurs fait une profession de foi sans ambiguïté, affirman : « La Syrie est un pays arabe et elle est fière de l’être. C’est une réalité que nous vivons tous les jours. Nous avons des relations étroites avec tous les États arabes, y compris ceux du Conseil de coopération du Golfe [CCG]. » Mais, a-t-il ajouté, la Syrie a aussi de bonnes relations avec l’Iran, un pays qui soutient fermement la cause palestinienne depuis 1979. « Quand le monde a boycotté et isolé la Syrie, a rappelé Mouallem, certains pays arabes et européens ont suivi le mouvement. Mais l’Iran, lui, a choisi de renforcer ses liens avec nous. » Le chef de la diplomatie syrienne a cependant ajouté que la Syrie considère la sécurité des pays du Golfe comme une ligne jaune. Il appartient donc à l’Iran de garantir à ces derniers que son programme nucléaire est pacifique. S’agissant justement du conflit ouvert entre l’Occident et Téhéran à propos de ce programme nucléaire, Mouallem a déclaré : « Nous sommes favorables à la recherche d’une solution négociée et opposés à des sanctions ou à une confrontation. » Sur ce seul sujet, la France et la Syrie ne sont guère sur la même longueur d’onde. 

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