12/10/2009 à 12h:20 Par Marwane Ben Yahmed
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

And the winner is… Barack Obama ! Le prix Nobel de la paix 2009 a été attribué, à la surprise générale, au président américain. La « cuisine » du Nobel mélange tellement d’ingrédients – lobbying, influence des puissants, relations internationales, intérêts diplomatiques, air du temps… – qu’il est difficile d’établir des critères clairs et objectifs, avant de se risquer à des pronostics fiables. Deux cent trois personnalités étaient en lice pour une décision que certains estiment prématurée et douteuse tant les résultats tangibles obtenus par l’intéressé sont rares. De prime abord, on peut s’interroger sur le choix d’Obama quand beaucoup mènent des combats plus concrets, parfois au péril de leur vie, souvent loin du confort du pouvoir. Pourtant, le Nobel de la paix 2009 est peut-être le plus « intelligent » jamais décerné.

Le Nobel, disons-le une fois pour toutes, ne consacre pas uniquement des résultats mais aussi une démarche, une orientation, une stratégie, voire une vision. Pourquoi faire la fine bouche avec Obama ? Aung San Suu Kyi (1991) a-t-elle mis fin à l’oppression de la junte militaire ? Shirin Ebadi (2003) a-t-elle libéré les femmes iraniennes ? Al Gore (2007) a-t-il ralenti le réchauffement de la planète ? Mohamed el-Baradei (2005) a-t-il contenu les ambitions nucléaires de l’Iran ? Les Nobel sont de plus en plus politiques. La cuvée 2009 n’échappe pas à la règle. C’est un symbole fort.

Les jurés ont estimé que les multiples efforts d’Obama, élu il y a moins d’un an, méritaient d’être salués et encouragés. Premier Africain-Américain à la tête des États-Unis (ses électeurs méritent aussi une récompense…), rupture nette et profonde avec les années Bush – symboles de recul de la paix dans le monde –, puis une série d’engagements tous azimuts en faveur d’un monde meilleur (et non de simples vœux pieux, faut-il le rappeler) : dénucléarisation, Moyen-Orient, Corée du Nord, Cuba, réchauffement climatique, acte de décès des pratiques hors la loi de l’administration américaine dans sa lutte contre le terrorisme, fermeture de Guantánamo, discours fondateur du Caire à l’adresse du monde musulman, instauration d’un véritable dialogue diplomatique avec l’Iran…

En attribuant le Nobel de la paix 2009 à Obama – une pierre dans le jardin de Benyamin Netanyahou, qui s’évertue à lui mettre des bâtons dans les roues –, les jurés l’ont aussi pris au mot. En difficulté aux États-Unis, le président américain se voit conforté dans son discours, mais aussi placé dans l’obligation de le traduire en actes. C’est une récompense, mais aussi une obligation de résultats et un carcan.

Les mauvaises langues qui aiment à critiquer les choix d’Oslo reconnaîtront peut-être que, pour une fois, le prix Nobel de la paix pourrait bien servir à quelque chose…

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

International

Cinéma - Yousry Nasrallah : 'Je ne me suis jamais senti aussi libre'

Cinéma - Yousry Nasrallah : "Je ne me suis jamais senti aussi libre"

Le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, en compétition pour la Palme d'or, est arrivé à Cannes sans ses affaires, mais avec un film éminemment politique sur la révolution, dont les s[...]

Namibie : le génocide oublié

Au tout début du XXe siècle, en Namibie, les colons allemands entreprirent d'exterminer systématiquement les peuples herero et nama. Dans un documentaire poignant, la réalisatrice Anne Poiret[...]

Syrie : petits arrangements entre parias

Comment l'Iran aide-t-il la Syrie à exporter son pétrole, en dépit des sanctions internationales ciblant les deux pays ?[...]

France : Hollande et les Arabes

Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]

Festival de Cannes : Dieudonné, "L'Antisémite" indésirable

Dieudonné n’aura pas les primeurs du festival de Cannes. Le marché du film du Festival de Cannes a obtenu, jeudi 24 mai, l’annulation de la projection de son premier long-métrage, intitulé[...]

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

État-Unis - Sénégal : les éloges de Carson à... Wade

Barack Obama avait promis en 2008 de soutenir la démocratie partout en Afrique. Abdoulaye Wade ayant accepté le verdict des urnes, Johnnie Carson chargé des affaires africaines au côté d'Hillary[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

RDC : droit de réponse de l'ambassadeur congolais à Paris

Suite à la publication de l’article sur les dettes contractées par l’ambassade de RDC à Paris envers l’un de ses avocats, l’ambassadeur Ileka Atoki a tenu à nous faire part des[...]

Football : les damnés des stades

Corruption, racisme, violence... Le syndicat international des joueurs professionnels de football dénonce les dérives dont de nombreux pays sont le théatre. Surtout en Europe de l'Est.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers