07/10/2009 à 09h:41 Par Olivia Marsaud
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La romancière marocaine Saphia Azzeddine La romancière marocaine Saphia Azzeddine © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Dans son nouveau roman, Saphia Azzeddine décrit le quotidien d’un jeune Français de banlieue qui a honte de la situation sociale de ses parents.

C’est l’histoire de Paul. Il vit dans une cité de la région parisienne avec son père « femme de ménage », sa mère, « paralysée et moche », et sa sœur qui rêve d’être miss. Le nouveau roman de Saphia Azzeddine est un petit livre très drôle et très bien écrit qui bouscule les clichés. « Quand on parle de banlieue, on a l’impression qu’il n’y a que les Noirs et les Arabes qui souffrent. C’est faux ! explique la Marocaine. Tout le monde vit dans un immeuble moche, dont la cage d’escalier sent la pisse. Chacun a ses problèmes, ses blessures. »

La jeune femme n’a pas la langue dans sa poche. Son regard noir et aiguisé se retrouve dans son livre. Elle décrit un monde où Paul rêve, selon les jours, d’être un prolo riche, d’appartenir à la famille de son pote Marwan, pour passer l’été au bled et parce que « les Arabes ne conjuguent rien à la première personne du singulier, ils préfèrent le pluriel ». Il aimerait être juif ou musulman parce que « c’est rassurant une communauté ». « Paul veut transcender sa vie, sa condition, et aller vers quelque chose de mieux, de plus grand. Pour ça, au lieu de tuer le père, il l’humilie, et il déteste sa sœur, stéréotype de “la bonne meuf”. » Une pause, puis la jeune femme d’asséner : « Dans mes livres, je ne suis ni du côté des femmes ni du côté des hommes mais, à choisir, je préfère être une bonne meuf de banlieue qu’un beau garçon de banlieue. Il y a toujours moyen de s’en sortir mieux. La cité, c’est trop dur pour les mecs. C’est pour ça que j’ai du mal avec une association comme Ni putes ni soumises, qui ne sert qu’à interpeller les gens des quartiers chics. Tout ce qui rassure la France d’en haut me dégoûte. Or c’est rassurant de tout mettre sur le dos des pères et des frères. On est dans l’émotionnel, pas dans le réflexif. Ce n’est pas viable. » 

Pierres précieuses

Saphia Azzeddine, donc, ne mâche pas ses mots, et c’est d’ailleurs ce qui l’a fait connaître, en 2007, lorsqu’elle publie son premier roman, Confidences à Allah, dans lequel elle décrit de façon très crue la vie d’une jeune prostituée marocaine qui devient femme d’imam. « On ne peut pas parler d’islam ni citer le nom d’Allah sans qu’on vous tombe dessus ! On vous condamne avant de lire… Or, dans ce livre, je ne parle pas de religion mais de foi. Ce qui m’intéresse, ce sont les trajectoires d’hommes, de femmes, la société, l’intolérance des autorités religieuses… Je ne suis pas pratiquante, mais j’ai été élevée dans la culture musulmane et j’en garde de très bons souvenirs. »

Née au Maroc d’une mère maroco-normande et d’un père marocain (originaire de Figuig, dans l’Oriental), cette licenciée en sociologie élevée à Ferney-Voltaire, à la frontière franco-suisse, a travaillé deux ans dans le monde des pierres précieuses à Genève, après avoir été mannequin pour Christie’s. L’écriture de son premier roman, elle ne l’explique toujours pas. « C’est venu comme ça, j’ai accueilli le livre… J’écris toujours d’une traite. Je fais des courses conséquentes et je ne sors plus de chez moi pendant un ou deux mois. Je ferme les volets. Je n’ai plus besoin de lumière. »

Confidences à Allah a été très bien accueilli au Maroc, a été adapté au théâtre en France en 2008, faisant salle comble à Avignon ainsi qu’au Petit Montparnasse, à Paris. Il a été repris cet été dans la cité des Papes et part en tournée cet automne. « Je suis très heureuse du parcours de ce livre. Je l’ai écrit sous forme de scénario et je vais bientôt le réaliser au cinéma. Je ne veux pas laisser le film à quelqu’un d’autre. C’est trop délicat de parler du personnage sans tomber dans les clichés. » Un nouveau défi que se lance la jeune écrivaine.

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