Le philosophe grec Pyrrhon d’Élis (360-275 av. JC) s’abstenait de donner son opinion sur quoi que ce fût – ce qui est, à vrai dire, assez étrange pour un philosophe. Il niait qu’une chose fût en soi bonne ou mauvaise, ou même vraie ou fausse. D’ailleurs, il doutait même de l’existence des choses : les sens et la raison sont si faibles et si faciles à tromper… Lui et ses disciples se contentaient donc d’observer calmement ce qui se passait autour d’eux, sans émettre le moindre jugement. C’est de là que vient leur nom : skeptikos signifie « observateur » en grec.
Si on va jusqu’au bout de cette logique, le scepticisme – ou plus exactement le pyrrhonisme – a des conséquences inattendues. Certains des disciples du maître cherchaient la méthode qui permettait de parvenir à l’acatalepsie (état d’incompréhension) et au bonheur de ne savoir absolument rien.
Et alors ?
Et alors, la prochaine fois que vous rencontrerez des adolescents échoués sur un banc, fixant le vide la bouche ouverte, répondant « bof » à toutes les questions qu’on leur pose et semblant être d’une ignorance crasse, méfiez-vous : ce sont peut-être de grands philosophes…
Article suivant :
"Mon père est femme de ménage" : l'humiliation en héritage
Article précédent :
Hérauts touaregs
Tiébilé Dramé, président du Parti de la renaissance africaine (Parena).[...]
Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]