Extension Factory Builder
07/10/2009 à 09:31
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Florence Crick et Babetida Sadjo (à dr.), dans 'L'Initiatrice', jouée à Bruxelles Florence Crick et Babetida Sadjo (à dr.), dans "L'Initiatrice", jouée à Bruxelles © DR

À l’origine d’une pièce sur l’excision, qu’elle interprète avec brio, Babetida Sadjo rend hommage aux femmes victimes de mutilations au nom de la tradition.

À 26 ans à peine, la Bissau-Guinéenne Babetida Sadjo voulait à tout prix monter une pièce sur l’excision. Depuis le mois de septembre, c’est fait. Sous son impulsion, L’Initiatrice a vu le jour. Un projet qu’elle porte en elle depuis des années. La comédienne a d’abord tenté – en vain – de rencontrer la Somalienne Waris Dirie. L’ancienne top-modèle somalienne, devenue ambassadrice à l’ONU chargée des questions de mutilations sexuelles, a raconté son histoire dans un roman, Fleur du désert, que Babetida Sadjo voulait adapter. Finalement, cette dernière s’est tournée vers Pietro Pizzuti. Et a demandé à cet auteur de théâtre prolifique un texte sur l’excision. « Je voulais, raconte Babetida Sadjo, qu’il entende non pas l’appel d’une jeune comédienne qui désire jouer, mais celui de la femme qui veut changer les choses. L’excision n’a plus sa place dans ce monde. » Pietro Pizzuti et Guy Theunissen, le metteur en scène, l’ont entendue.

Jusqu’au 31 octobre au Théâtre Le Public (Bruxelles), Babetida Sadjo joue donc Adama, une femme noire, fière, « entière », préservée par sa sœur contre la furie tranchante de sa mère, Nura, exciseuse. Florence Crick prête ses traits au médecin qui accompagnait Nura. Non pas par conviction, mais dans l’espoir que l’opération fasse le moins de dégâts possibles. Et dans la promesse (vaine ?) que l’exciseuse mette un terme à sa pratique. Il faut du temps pour que les mentalités évoluent. Voilà pourquoi cette doctoresse est prête à accorder sa patience. Pas Adama. Qui a vécu l’urgence de la fuite. 

Triptyque

À travers la rencontre de ces deux femmes, le débat sur l’excision épouse les enjeux sociétaux et médicaux sur l’importance de la tradition et des droits de l’homme. Servie par un texte fort, parfois quelque peu surchargé, aux élans touchants, crus et poétiques, L’Initiatrice visite ce choc entre le rite et le corps. La pièce évite les discours poussiéreux et les théories désincarnées. Les femmes s’emportent, racontent leurs anecdotes, rient, pleurent, s’invectivent. Babetida Sadjo frappe juste, chante l’amour en créole, tandis que Florence Crick incarne l’occidentalité, au physique plus froid, moins charnu, plus pointu. Mais les apparences sont trompeuses. Ces deux femmes portent l’amour. Et elles le font savoir, sans grandiloquence, mais avec un verbe juste et incarné. Elles évoquent l’être aimé, sa rencontre, sa mort, son amour. Les femmes parlent des attouchements, de la découverte des sexes en Afrique, de la naïveté mais aussi des sentiments qui les lient aux hommes. Des êtres enfin moins ennemis que partenaires dans une pièce qui défend les droits des femmes.

La mise en scène est sobre, à peine un fauteuil, mais chargé d’histoires. Les voix off des deux comédiennes donnent le décor et offrent au spectateur quelques répits entre deux moments riches en émotion. Des vidéos en triptyque promènent les deux femmes en extérieur, évoquent leurs souvenirs, rythment une pièce qui n’en manque pas. Il n’y a que peu de place pour le silence, le vide. La parole est à la fois anecdotique et essentielle, mais le débat est urgent. Raison de plus pour prendre le temps d’aller voir L’Initiatrice.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Musique : du neuf avec du Vieux

Article pr�c�dent :
3 questions à Nasser David Khalili

International

Livres : voyage au bout du Venezuela avec Miguel Bonnefoy

Livres : voyage au bout du Venezuela avec Miguel Bonnefoy

Le vénézuélien Miguel Bonnefoy publie un premier roman réjouissant, "Le Voyage d'Octavio". Chronique.[...]

États-Unis : un homme noir sans-abri, surnommé "Africa", abattu par la police de Los Angeles

Une vidéo montrant un groupe de policiers abattre un sans-abri noir dans un quartier défavorisé de Los Angeles, en Californie, a été publiée lundi sur les réseaux sociaux. Une[...]

Les Africains "joueront leur rôle" pour défendre la famille traditionnelle, selon le cardinal Robert Sarah

Le cardinal guinéen Robert Sarah assure que les Africains "joueront leur rôle" pour défendre la famille traditionnelle au prochain synode d'octobre, reconnaissant des incompréhensions[...]

Indignation après la destruction de trésors archéologiques en Irak

Une vidéo montrant des jihadistes du groupe État islamique (EI) en train de détruire des sculptures pré-islamiques en Irak a suscité l'indignation dans le monde et la crainte que d'autres[...]

Assassinat de deux Congolais en France : un procès au goût d'inachevé

Un accusé absent condamné à 20 ans de prison, l'autre acquitté. Quatorze ans après l'assassinat mystérieux de deux Congolais en France, de nombreuses questions restent sans[...]

Retour en 5 dates sur la vie d'Earl Lloyd, légende du basket et premier joueur noir de NBA

Earl Lloyd, surnommé "The Big Cat", est décédé le 24 février à l'âge de 86 ans. Retour en cinq dates sur la carrière d'une des légendes du basket[...]

Qui est Al-Fawwaz, condamné pour les attentats de Dar es-Salaam et Nairobi en 1998 ?

Khalid al-Fawwaz, un Saoudien présenté comme un fidèle lieutenant d'Oussama Ben Laden, a été reconnu coupable de complot en lien avec les attentats contre les ambassades américaines[...]

RDC : Benoît Chatel condamné à 20 ans de prison pour le meurtre d'opposants à Kabila père

Principal accusé meurtre, il y a 14 ans en France, de deux supposés opposants à Laurent-Désiré Kabila, l'homme d'affaires belge Benoît Chatel a été condamné à[...]

France : crispations dans le monde de l'art après l'attentat contre "Charlie Hebdo"

Après les attentats des 7 et 9 janvier à Paris, plusieurs oeuvres d'art ayant trait à l'islam ont été censurées en France. Le phénomène n'est pas nouveau : art et religion[...]

"American Sniper" : quand Eastwood se tire une balle dans le pied

Annoncé en grande pompe, le nouveau long-métrage de Clint Eastwood, "American Sniper", relate le parcours d'un tireur d’élite de l'armée américaine connu pour ses exploits[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2543p077.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2543p077.xml0 from 172.16.0.100