07/10/2009 à 09h:06 Par Financial Times et Jeune Afrique 2009
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
En août, le Nigeria a eu une offre chinoise portant  sur 6 milliards de barils En août, le Nigeria a eu une offre chinoise portant sur 6 milliards de barils © Corbis

Le géant chinois Cnooc aurait proposé 30 milliards de dollars au Nigeria pour prendre le contrôle du sixième de ses réserves pétrolières. Une offre qui fragilise les Occidentaux.

La China National Offshore Oil Corporation (Cnooc), l’une des trois plus grandes compagnies pétrolières publiques chinoises, est entrée en négociation avec le Nigeria pour racheter d’importantes parts dans des gisements pétroliers du pays, premier producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne et principal fournisseur des États-Unis. Cette tractation, si elle aboutit, reléguerait au second plan tous les investissements chinois effectués jusqu’ici à l’étranger dans le pétrole. Le dernier remonte au mois d’août quand Sinopec, une autre société d’État chinoise, a finalisé l’acquisition des actifs du suisse Addax au Nigeria, au Gabon et en Irak pour 7,2 milliards de dollars.

L’information a été révélée par le Financial Times, qui s’est procuré une copie d’une lettre de la présidence du Nigeria, adressée aux dirigeants du groupe chinois Cnooc. La valeur exacte de l’offre n’est pas indiquée dans la missive, mais certains détails font penser qu’elle se situe autour de 30 milliards de dollars. Des opérateurs du secteur parlent même de 50 milliards. Datée du 13 août, la lettre indique qu’une première proposition avait été jugée « insuffisante » par le gouvernement fédéral du Nigeria, qui a écrit aux dirigeants de la firme chinoise : « Votre intérêt pour tous les blocs cités ne sera pris en compte que si votre nouvelle offre nous paraît favorable. »

En fait, la Cnooc veut acquérir 49 % des parts des 23 principaux blocs pétroliers contrôlés (partiellement ou entièrement) par les groupes opérant dans le pays (Shell, Chevron, Total et ExxonMobil). Cela correspond à 6 milliards de barils, soit le sixième des réserves prouvées du pays. Selon Stewart Williams, analyste chez Wood Mackenzie, cabinet spécialisé dans l’énergie, la Chine, avec ses droits obtenus au Soudan, en Angola et ailleurs en Afrique, ne détient que le contrôle de 3 % du pétrole africain. En tout, l’expert estime que l’empire du Milieu exploite quelque 4,7 milliards de barils de réserves sur l’ensemble du continent. 

Discussions ouvertes

Si cette offre positionne désormais la Chine en concurrente sérieuse des groupes occidentaux, des interrogations demeurent cependant sur la manière dont pourrait s’opérer une redistribution du gâteau pétrolier nigérian. Rien ne dit, pour l’heure, si les firmes occidentales seront contraintes de céder certains de leurs actifs. Les licences d’exploitation de 16 des 18 blocs on­shore ont expiré l’année dernière. Et les cinq champs offshore sont encore sous contrat jusqu’en 2020. Selon un porte-parole du président nigérian Umaru Yar’Adua, « les discussions se poursuivent, non seulement avec les Chinois, mais aussi avec tous les autres acteurs de l’industrie pétrolière, aucune décision n’a encore été prise ».

Tanimu Yakubu Kurfi, un conseiller économique d’Umaru Yar’Adua, estime qu’il sera difficile à la Chine d’accéder aux 6 milliards de barils qu’elle convoite. Car, dit-il, « nous voulons retenir nos traditionnels amis ». Toutefois, l’intérêt chinois pour son pétrole met le pays en position de force dans la renégociation des licences accordées aux opérateurs. Quand ExxonMobil offre 78 millions de dollars pour renouveler trois licences d’exploration expirées, le gouvernement fédéral met en avant une contre-offre de 2,5 milliards de dollars. « Nous aimons voir ce genre de compétition », jubile Tanimu Yakubu Kurfi. Mais le groupe armé du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend), qui a prolongé à la mi-septembre son cessez-le-feu dans le sud du pays, est sorti de son silence pour se dire opposé à l’offre chinoise. Cette situation survient au moment où un projet de réforme de l’industrie pétrolière oppose déjà les groupes au gouvernement nigérian.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Trou d'air dans le ciel nigérian

Article précédent :
La zone franc ralentie par la crise

Continental

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été inco[...]

Afrique-Amérique du Sud : le Brésil aux premières loges

Prévu les 15 et 16 mai, le sommet Afrique-Amérique du Sud a été reporté sine die. Mais si ses voisins latino-américains manquent d'empressement, le Brésil s'implante[...]

France : l'AFD satisfaite de l'exercice 2011

Malgré une stabilisation des engagements sous la barre des 7 milliards d'euros l'an passé, le directeur général de l'Agence française de développement, Dov Zehra, s'est [...]

France : Hélène Le Gal, nouvelle "Madame Afrique"

Récusée comme ambassadrice de France au Rwanda, la diplomate Hélène Le Gal revient au premier plan par la grande porte : celle de l'Élysée, version Hollande.[...]

Hollande et l'Afrique : un continent, sept priorités

Le candidat Hollande en a très peu parlé durant la campagne. Mais un certain nombre de sujets devraient rapidement s'imposer à lui.[...]

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Mali - Soudan du Sud : Amadou Ousmane Guitteye, gardien du ciel africain

Passionné d'aviation civile depuis toujours, le Malien Amadou Ousmane Guitteye est en passe de faire entrer un 19e État (le Soudan du Sud) dans l'Agence pour la sécurité de la navigation[...]

Croissance : le pétrole ne fait pas le bonheur

Les investisseurs ne consacrent pas seulement aux seuls pays pétroliers, à l'instar de Schulze Global Investments, qui va consacrer 100 millions de dollars à l'Éthiopie. Quelle raison peut pousser[...]

France - Afrique : le PS ne manque pas d'amis !

Il y a ceux qui avaient fait le déplacement à Paris et ceux qui ont envoyé leurs félicitations depuis le continent. Par les canaux officiels, ou pas, la classe politique africaine n'a pas manqué[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers