07/10/2009 à 09h:02 Par Jean-Michel Meyer
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Les ministres des Finances de la zone se sont réunis à Paris le 29 septembre Les ministres des Finances de la zone se sont réunis à Paris le 29 septembre © Bruno Levy pour Jeune Afrique

Moins performantes que celles des autres pays d’Afrique subsaharienne, les économies de la zone franc ont malgré tout fait front face à la crise mondiale l’an passé. Mais leur capacité de résistance s’effrite en 2009.

Touchée mais pas coulée. Le diagnostic porté sur la santé de l’économie africaine a été établi lors de la réunion des ministres des Finances de la zone franc, qui s’est tenue à Paris, le 29 septembre. « Nous avons discuté de la force et de la stabilité dont a bénéficié la zone franc durant la crise. La monnaie commune a constitué un socle de défense utile », a insisté Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi. La perception par les grands argentiers d’une économie africaine qui ne s’effondre pas s’est appuyée sur le rapport annuel de la Banque de France sur la zone franc, publié le même jour. « Dans un contexte international très difficile, les économies des pays africains de la zone franc ont montré une remarquable résilience en 2008 comme en 2009 », notent même les économistes de la Banque de France. Dans un contexte mondial marqué par la crise financière internationale et un fort ralentissement de la croissance mondiale, qui est passée de 5,1 % à 3,1 % entre 2008 et 2009, les pays africains de la zone franc sont parvenus à stabiliser leur taux de croissance à 3,9 %. « Cette résistance, notent les rapporteurs de la Banque de France, résulte de la faible exposition internationale des systèmes financiers locaux, de la forte amélioration des termes de l’échange et de bonnes récoltes vivrières. » Une analyse qui se retrouve sur le terrain. « La crise existe, elle a touché nos pays, mais l’impact n’a pas été aussi intense que nous l’avons craint », confirme Soumaïla Cissé, le président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Satisfaction partagée en Afrique centrale. « Depuis le mois de mai, nous avons retrouvé un rythme d’activité normal au Cameroun que confirment les services fiscaux et douaniers », note Essimi Menye, le ministre des Finances et le président en exercice du Comité ministériel de l’Union monétaire d’Afrique centrale (Umac).
Il n’empêche. La performance de la zone franc est honorable, mais elle reste très en deçà des résultats des économies voisines. Si la croissance de l’Afrique subsaharienne a ainsi chuté fortement en 2008 à 5,5 %, contre 6,9 % en 2007, elle demeure à un niveau bien plus élevé que dans les deux régions de la zone franc. Dans le même laps de temps, en effet, le PIB de l’UEMOA est passé de 3,1 % à 3,8 % et celui de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) de 4,6 % à 4 %. 

Un report d’investissements

La zone franc parviendra-t-elle encore en 2009 à endiguer tant bien que mal les effets de la crise mondiale ? Rien n’est moins sûr. Avec un commerce international en recul de 12,2 % cette année, la Banque centrale des États d’Afrique centrale (Beac) estime que l’activité économique des pays de la Cemac accusera le coup avec une croissance du PIB de 2,1 % seulement. Plus pessimiste, le FMI prévoit un taux de 1,7 % en 2009. La projection de la Banque de France se fonde sur une stabilisation du secteur pétrolier, dont le PIB réel cesserait de progresser alors qu’il augmentait encore de 4,1 % en 2008. Cela se traduirait par une contribution nulle à la croissance globale (0,8 % en 2008). Le recul de la production pétrolière (– 1,9 %) serait compensé cette année par une hausse de la production de méthanol (+ 86 %). Mais la tendance à la remontée des prix du pétrole amorcée à la fin du premier semestre 2009 pourrait conduire à réviser à la hausse ces prévisions. Quant à la croissance du secteur non pétrolier (2,6 %), elle pourrait être la plus faible pour la Cemac depuis 1999 ! Au rang des bonnes nouvelles, les tensions inflationnistes s’atténueront en 2009, grâce à la baisse des prix alimentaires et de l’énergie sur les marchés mondiaux. Résultat ? L’indice des prix à la consommation s’élèvera à 4 % en moyenne annuelle après 5,9 % en 2008.

De son côté, l’UEMOA devrait connaître une croissance en recul, à 3 % en 2009. Un scénario qui s’appuie sur l’hypothèse de conditions climatiques « normales » et la continuité des politiques d’investissement engagées par les États. Pour apporter une réponse communautaire à la crise énergétique, l’UEMOA vient ainsi de lancer un fonds de développement des énergies renouvelables de 500 milliards de F CFA, dont la moitié a été décaissée. « Plusieurs facteurs pèsent sur un renforcement significatif et durable de la croissance : les difficultés de filières agricoles, l’insuffisance des infrastructures, en particulier dans la production électrique, et la situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire, qui représente 35 % du PIB de la sous-région », relève le rapport. Pour ce qui est de l’inflation, elle est aussi en phase de décélération pour s’établir sous la barre des 2,5 % (8,5 % à la fin de 2008).

La zone franc s’attend à des mois difficiles. La dépendance de la plupart de ces pays à l’exportation (les cours du bois ont chuté de 29 % depuis le dernier trimestre 2008) et la faible diversification de leur industrie auront un impact important sur les recettes des pays. Le déficit budgétaire devrait se creuser de + 2,9 % à – 4,1 % du PIB en moyenne pour la zone franc, dont – 6,6 % pour l’UEMOA (– 4,9 % en 2008) et de – 1,3 % pour la Cemac (+ 9,8 %). En parallèle, le tassement des flux des capitaux privés se traduit par le report de projets d’investissement, notamment dans les industries extractives et les infrastructures lourdes (routes, électricité). Les investissements directs étrangers (IDE), qui ont déjà chuté de moitié en 2008, devraient encore baisser en 2009. « Cette diminution augure mal la capacité de rebond des économies à court terme », note le communiqué issu de la réunion des ministres de la zone franc. « En l’absence de tout filet de sécurité sociale, les répercussions sociales pourraient être importantes dans les pays les plus dépendants des flux des transferts de fonds des migrants, qui ont déjà commencé à baisser significativement. » 

 

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