28/09/2009 à 15h:26 Par John Ndlovu, envoyé spécial à New York
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Assemblée générale des Nations unies Assemblée générale des Nations unies © DR

Venus assister à la 64e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, une vingtaine de chefs d’État africains ont déjeuné avec Barack Obama. Au G20, à Pittsburgh, c’est l’UA qui représentait le continent.

Ce 22 septembre, à l’heure du déjeuner, c’est l’endroit où il faut être : le Waldorf Astoria, l’hôtel le plus chic de Manhattan (1 130 dollars la super-suite Deluxe). C’est là que le président américain régale vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement africains soigneusement triés sur le volet. Plusieurs francophones sont de la partie. Notamment le Sénégalais Abdoulaye Wade, le Burkinabè Blaise Compaoré, l’Ivoirien Laurent Gbagbo, le Togolais Faure Gnassingbé, le Camerounais Paul Biya, le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Tchadien Idriss Déby Itno. En revanche, Barack Obama a « oublié » d’envoyer un carton à quelques chefs d’État « à problèmes » : le Nigérien Mamadou Tandja, le Guinéen Moussa Dadis Camara, le Malgache Andry Rajoelina et, bien entendu, le Zimbabwéen Robert Mugabe. Bref, ce jour-là, l’Afrique est coupée en deux. Il y a les vingt-cinq du club Obama, et les autres…

Parmi les exclus figure un certain Mouammar Kaddafi. Comment justifier son absence ? « C’est une réunion réservée aux pays de l’Afrique subsaharienne », explique une diplomate américaine. « Oui, mais Kaddafi est le président en exercice de l’Union africaine », objecte un journaliste. « C’est vrai, mais l’UA est représentée par Jean Ping, le président de sa Commission », rétorque la diplomate. Déjà, en avril dernier, lors du G20 de Londres, les Britanniques avaient joué la carte Ping pour ne pas être obligés d’inviter le numéro un libyen. Visiblement, Gordon Brown a soufflé l’idée à son ami Obama…

Un message pour chacun

Vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement, et pourtant « ce n’est pas un sommet », annonce la Maison Blanche. « Juste un déjeuner de travail ». À croire que les convives n’auront droit qu’à un plateau-repas ! En réalité, le président américain n’a pas beaucoup de temps. Le matin, il a organisé dans la douleur la première rencontre entre l’Israélien Benyamin Netanyahou et le Palestinien Mahmoud Abbas. L’après-midi, il doit essayer de convaincre le Chinois Hu Jintao de voter des sanctions contre l’Iran, si ce pays s’obstine dans son projet de se doter de l’arme nucléaire. Barack Obama a donc « calé » deux heures de son agenda pour l’Afrique. C’est peu, mais c’est une première. Aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait. Et l’Américain a préparé un petit message à l’intention de ses convives.

D’entrée de jeu, le « style Obama » s’impose. Protocole minimal. Les chefs d’État sont seuls, à l’exception d’Obama, qui s’est entouré de la secrétaire d’État Hillary Clinton, de l’ambassadrice à l’ONU Susan Rice et du très influent conseiller à la Sécurité nationale, le francophone général James Jones.

« Il faut offrir des emplois à la jeunesse africaine en encourageant les investissements et en renforçant le secteur agricole. Et, pour cela, il faut lutter contre la corruption », lance l’homme qui sait que la carrière de son père a été brisée, au Kenya, par des intrigues de palais. Puis le maître des lieux distribue la parole. Trois chefs d’État ont été présélectionnés. La Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, le Rwandais Paul Kagamé et le Tanzanien Jakaya Kikwete s’expriment tour à tour sur les marges de croissance en Afrique. À un moment, le président sud-africain s’impatiente. Voilà cinq bonnes minutes qu’il a levé la main. Alors, Barack Obama : « Je vais donner la parole à notre ami Jacob Zuma, sinon je risque de recevoir un coup de pied. » Éclat de rire général. Officiellement, ce n’est qu’un lunch entre gens de bonne compagnie. Mais rien n’est improvisé. Chez Obama, si le style est décontracté, la méthode est directive. Et depuis le discours d’Accra, le 11 juillet, le message est clair : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ».

« Conseil de terreur »

Évidemment, le président américain n’a pas été la seule star de cette 64e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Pour sa première apparition à ce forum, le « Guide » de la révolution libyenne n’a pas déçu ses partisans, qui manifestaient devant l’immeuble de verre à l’appel de Nation of Islam et de Louis Farrakhan. Le 23 septembre, Mouammar Kaddafi a tenu une heure cinquante à la tribune de l’ONU. Quand un membre du protocole lui a glissé un mot pour lui rappeler que le temps de parole était limité à quinze minutes, il a jeté dédaigneusement la feuille en direction du président de l’Assemblée… qui n’était autre que son compatriote Ali Triki. Il est vrai que Barack Obama venait de s’exprimer pendant quarante minutes.

Kaddafi a dénoncé le droit de veto dont disposent cinq pays au « conseil de terreur », comme il dit. Logique avec lui-même, il a d’ailleurs boudé la réunion du Conseil de sécurité consacrée au désarmement nucléaire. Les photographes qui guettaient une poignée de main Kaddafi-Obama sont repartis bredouilles. « Le droit de veto, c’est contraire à la Charte de l’ONU », a affirmé le « Guide » en brandissant le document, avant de lancer le petit livre blanc en direction de ce pauvre Triki…

Très en forme, le numéro un libyen a aussi proposé le déménagement du siège des Nations unies. « Pourquoi pas chez moi, à Syrte ? » a-t-il lancé. Mais, entre deux diatribes anti-occidentales, le « Guide » a épargné le jeune président américain. « C’est un fils de l’Afrique, c’est mon fils, et je souhaite qu’il reste au pouvoir pour toujours », a-t-il proclamé. Perfidement, le soir même, la chaîne de télévision Fox News – la plus conservatrice des États-Unis – barrait son écran d’un grand bandeau « Obama, fils de Kaddafi »…

Incontestablement, la troisième « vedette » de cette Assemblée a été Mahmoud Ahmadinejad. Dans son discours à la tribune de l’ONU, le président iranien n’a pas nié à nouveau la Shoah, mais a repris à mots voilés le thème du complot juif : « Il n’est plus acceptable qu’une petite minorité domine dans une large partie du monde […] afin d’atteindre ses objectifs racistes. » Une douzaine de délégations, dont l’américaine et la française, ont alors quitté la salle.

Museveni, prix de l’humour

Le lendemain, à la même tribune, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le visage blême, a brandi une copie des plans du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau. « Ces plans sont-ils un mensonge ? » a-t-il martelé. Plus encore que par ce geste, beaucoup de délégations ont été frappées par les mises en garde des États-Unis et de la France à l’Iran si ce pays persiste dans son programme nucléaire militaire. « Dans ce cas, l’Iran devra rendre des comptes » (Obama). « Dans cette hypothèse, les dirigeants iraniens commettraient une tragique erreur » (Sarkozy). Des mots lourds de sens, d’autant que, pour la première fois, le Russe Dmitri Medvedev a fait un pas vers le camp occidental. « Quelquefois, les sanctions sont inévitables », a-t-il glissé. Au Conseil de sécurité, seule la Chine reste aujourd’hui hostile à des sanctions contre l’Iran.

Cette année, le prix de l’humour revient à l’Ougandais Yoweri Museveni. En pleine réunion du Conseil de sécurité sur le désarmement nucléaire, il a jeté à la volée : « Je sais bien que nous, les Africains, nous n’aurons jamais la bombe atomique. Mais, Messieurs les grands de ce monde, laissez-nous le nucléaire civil, à moins que vous nous prouviez scientifiquement que les Africains n’ont pas le droit à l’électricité. » Rires dans la salle. Ce n’est pas si fréquent !

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