28/09/2009 à 14h:44 Par Béchir Ben Yahmed
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Depuis tout juste huit mois, il exerce le pouvoir exécutif à la tête des états-Unis d’Amérique et il en est le premier président non Blanc.

La minorité noire du pays (12 %) a voté pour lui à près de 97 % et les Blancs à 43 %.

On vient de le voir à Washington, à New York et à Pittsburgh intervenir sur plusieurs fronts : Barack Obama a fait entendre sa voix sur la réforme de l’économie et des finances (américaines et mondiales), sur la modernisation du système américain de santé, sur le conflit israélo-palestinien, sur la guerre d’Afghanistan, sur le dialogue avec la Russie et enfin sur l’Iran.

Il a renouvelé avec force son appel au désarmement nucléaire et dit que tous les pays, y compris le sien, devraient cesser d’ignorer les souhaits de la communauté internationale.

 

Dans son pays, où les conservateurs – et le racisme – reprennent des couleurs, sa popularité a très sensiblement baissé. Et auprès des Juifs israéliens, sa cote est au plus bas : on l’accuse de faiblesse, voire d’abandonner les positions traditionnelles des états-Unis, sans rien obtenir, en contrepartie, ni des adversaires des états-unis, ni de leurs alliés.

Les dirigeants d’Al-Qaïda et, pour une fois d’accord avec eux, le Guide suprême de l’Iran Ali Khamenei déclarent, à l’inverse, que cet homme courtois et qui tend la main aux adversaires de l’Amérique (et de l’Occident) est un hypocrite : la politique qu’il mène et les intérêts qu’il défend sont ceux-là mêmes qu’a personnifiés son prédécesseur, le peu regretté George W. Bush. Il a seulement mis des gants de velours, changé de langage et de rhétorique.

Quelle est la vérité de Barack Hussein Obama ? Ses huit mois à la Maison Blanche suffisent-ils pour porter un jugement sur l’homme et sa politique ?

Je pense que oui, et je vais vous donner le mien, en précisant qu’il ne s’agit que d’un premier jugement : dans cinq ou six mois, lorsqu’il sera entré dans sa deuxième année, on pourra aller plus loin et dire de son premier mandat s’il est bien parti ou non.

 

Evoqués ci-dessus, les jugements négatifs portés sur Barack Obama et sur les premiers résultats de sa politique sont formulés par les adversaires ou les victimes de cette politique.

Ils ignorent ou feignent d’ignorer les conditions dans lesquelles elle s’élabore et les impératifs nombreux et contraignants auxquels elle doit obéir.

1- Barack Obama est l’un des chefs du parti démocrate américain ; il a été élu sur un programme qui est le sien et celui de son parti : la majorité qui le soutient à la Chambre des représentants et au Sénat est démocrate ; elle est, de surcroît… relative, en tout cas fragile.

Aux états-Unis, pays fédéral et de régime présidentiel, le Congrès détient de larges pouvoirs qui contrebalancent ceux du président, le contraignent à négocier avec les deux Chambres, ralentissent son action et l’infléchissent.

2- Barack Obama a hérité :

- d’une situation économique et financière désastreuse qu’il fallait redresser dans l’urgence ;

- de deux guerres : celle d’Irak, dont on parle moins mais qui n’est pas terminée. Il a décidé de la conclure et, on le voit, c’est plus facile à décider qu’à faire… Celle d’Afghanistan, dont on parle beaucoup en ce moment parce qu’il l’a faite sienne, mais qu’il ne peut gagner à court terme, pas plus qu’il ne pourra s’en extirper avant de nombreuses années ;

- d’un système de santé défaillant. Ses prédécesseurs s’en étaient accommodés et il aurait pu le laisser en l’état pour se concentrer sur l’économie à l’intérieur et les foyers de tension à l’extérieur.

Il a décidé courageusement qu’il était temps de le réformer pour que 50 millions d’Américains accèdent aux soins médicaux dont ils étaient exclus.

On ne saura que l’année prochaine s’il a eu raison d’ouvrir ce formidable chantier sur lequel un autre président démocrate, Bill Clinton, s’est cassé les dents, il y a dix-sept ans.

Sur le front de la politique étrangère, Barack ­Obama n’a jusqu’ici trouvé que des mauvais partenaires ou des protagonistes voués à saboter la politique de dialogue et de réconciliation qu’il propose en remplacement des multiples croisades entreprises par son prédécesseur.

 

Examinons les pièces de l’échiquier :

- Les électeurs israéliens. Ils ont donné le pouvoir à la droite et à l’extrême droite, l’une et l’autre opposées, par calcul et par idéologie, à tout accommodement réel avec les voisins arabes et le rival iranien.

- Les conservateurs iraniens au pouvoir. Ils ont préféré, pour leur sécurité et en réplique à Israël, que l’interlocuteur des Américains soit un « faucon », Mahmoud Ahmadinejad.

- Les Palestiniens et les autres Arabes : divisés, sans chef fédérateur, sans cartes ni stratégie de négociation, ils attendent de Barack Obama qu’il obtienne, pour leur compte, des Israéliens ce qu’ils ne sont pas parvenus à leur arracher…

- L’Europe : elle se veut l’un des pôles principaux d’un monde multipolaire. Mais elle se présente face aux états-Unis, à la Chine ou au reste du monde comme un « multipôle » affichant ses divergences.

- La Russie : qui de Medvedev ou de Poutine donne le ton, a le dernier mot ? Lequel des deux sera le chef en 2012 ?

- La Chine : est-elle l’alter ego des états-Unis ? Leur rivale ou leur successeure ? Ou bien tout cela à la fois ? Comment traiter avec elle sans l’humilier ni la surestimer ?

Jusqu’à ce Japon qui rompt, tout d’un coup, avec soixante ans d’immobilisme politique pour faire sa révolution. Et confier le pouvoir à de nouvelles forces dont on ne sait pas jusqu’où elles pousseront le changement…

 

J’ai voulu énumérer et décrire, tels que je les vois, les contraintes intérieures et l’échiquier extérieur avec lesquels Barack Obama doit compter.

Selon une comparaison célèbre : « Le président est le chef en cuisine : il élabore les plats et les fait préparer. Les ministres, les secrétaires d’état et ambassadeurs sont chefs de salle, maîtres d’hôtel et serveurs ; ils présentent les plats et les expliquent. »

Obama est donc entouré et les états-Unis sont un énorme paquebot. « On ne manœuvre pas ce gros navire comme un petit zodiac, a dit Obama lui-même. Pour lui faire infléchir sa trajectoire, il faut s’y prendre avec douceur, imprimer de petites touches. Et il faut accepter que l’infléchissement soit ample, s’effectue avec lenteur. »

 

C’est ce qu’il fait, me semble-t-il. La question est de savoir si Barack Obama, prisonnier d’un système, ne fait que le gérer et n’a introduit, par rapport à son ou ses prédécesseurs, qu’un changement de style.

Ou bien s’il est en train d’imprimer sa marque sur son pays et d’en faire un acteur différent de la politique internationale.

Nous ne serons vraiment fixés qu’en 2010. Mais, pour ma part, je penche pour la seconde hypothèse.

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